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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Quand l’idole devient icône

Quand l’idole devient icône

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Avec la complicité de l’évêché.

Il y a deux ans, celui qui fut l’idole des jeunes quittait cette vallée de larmes, laissant derrière lui des arriérés fiscaux, une veuve éplorée et des milliers d’admirateurs en deuil. Même notre bon président y alla de son couplet, histoire de glaner quelques points de popularité, n’hésitant pas à évoquer Victor Hugo pour célébrer la mémoire de ce phare de la culture. La mort a ceci de merveilleux qu’elle efface toutes les ardoises.

C’est donc fort d’une virginité toute nouvelle que le chanteur affronta le bon Saint Pierre. Le responsable des clefs n’ayant rien d’un rockeur, la négociation fut ardue et il n’est pas certain que le postulant fut admis au Paradis. Mais qu’importe, son éternité était déjà en marche sur cette Terre si prompte à vénérer les dieux factices.

Deux ans plus tard, son chemin de sainteté est en marche sans coup férir. Le bon évêque d’Orléans, soucieux sans doute de remplir une cathédrale qui habituellement sonne le creux, ouvrit les portes de son édifice sacré, oint par la main de Dieu, faut-il le rappeler aux mécréants, pour honorer un Saint homme à la vie aussi irréprochable que sa discographie est pléthorique.

Pour respecter la grande tradition biblique, à cette magnifique occasion, les marchands du temple avaient élu domicile sur le parvis de la maison du seigneur afin de vendre tous les produits dérivés pour le culte du bienheureux : affiches, disques, CD, photographies, médailles, médaillons, bibelots et boucles de ceinturon. Le tout venant de la dévotion confite.

Les cloches sonnèrent à la volée sans parvenir à se faire entendre. Pour avoir le bourdon et un gros mal de tête, une centaine de motocyclettes bruyantes beuglaient à leur manière l’hommage à cet ange de la route avec des gros cubes d’une marque américaine bien connue sous le regard bienveillant d’une police municipale peu sensible aux décibels et à l'oxyde de carbone.

À l’intérieur de l’édifice sacré, 500 admirateurs se pressaient pour participer à la messe célébrant l'icône d’une société qui perd tous ses repères. Une homélie, deux lectures de la bible, une eucharistie le tout sonorisé à grand volume pour que retentissent dans la nef les chansons de Johnny. Pour ne pas choquer les oreilles du très haut, deux chansons écrites par Sainte Thérèse sont venues servir de prétexte à cette mascarade.

Un écran géant placé derrière l’autel prit le relais de la messe pour redonner vie au défunt La dévotion était à son comble, l’émotion était telle que les gorges se nouaient et que les chanteurs manquaient terriblement de justesse. La vedette du jour, du haut de son purgatoire, devait parfois se frotter les yeux tout en se bouchant les oreilles.

Tout ce cirque pour un drôle de paroissien qui ne fut en rien natif ou résident dans la ville. La cathédrale doit-elle ouvrir ses portes pour une telle adoration païenne ? Le clergé local se déshonore à faire d’une idole une icône devant laquelle il convient de s’incliner et même de prier. La doctrine catholique en prend un sacré coup.

Je sais que je risque le bûcher ou tout au moins une volée de bois vert de la part des admirateurs inconditionnels du chanteur. Je ne leur reproche nullement leur désir d’honorer chaque année la mémoire de celui qu’ils ont tant aimé, c’est leur droit. Ce qui relève à mes yeux du blasphème, de l’action impie par excellence, c’est, monseigneur l’évêque, de le faire dans votre cathédrale.

Que la honte retombe sur ces ecclésiastiques qui ont bradé leur âme en participant à cette messe noire, ce rite absolument païen. Je vous plains de tout mon cœur. Fort heureusement pour vous, le ridicule ne tue pas !

Idolâtrement vôtre

 


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21 réactions à cet article    


  • juluch juluch 11 décembre 2019 10:06

    Bien dis !


    • C'est Nabum C’est Nabum 11 décembre 2019 10:28

      @juluch

      Il faut bien admettre que c’est Freluquet qui a commencé


    • V_Parlier V_Parlier 11 décembre 2019 19:35

      @juluch
      Et pour une fois un article qui a quelque chose de percutant à dire, pas sinistrement consensuel !


    • C'est Nabum C’est Nabum 11 décembre 2019 20:25

      @V_Parlier

      Je ne pense pas mériter pareille étiquette


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 11 décembre 2019 10:57
      En organisant ce blasphème, cette action impie par excellence, l’évêque d’Orléans, représentant ici d’un faux christianisme devenu très à la mode, ajoute effectivement une honteuse contribution à la construction de cette société qui perd tous ses repères.

      • C'est Nabum C’est Nabum 11 décembre 2019 18:22

        @Pierre Régnier

        Après vérification l’évêque n’y est pour rien c’est le recteur le coupable

        Manque total de repères


      • arthes arthes 11 décembre 2019 15:42

        https://youtu.be/MoPh9rKCPzk

        J’espère qu’ils ont passé cette délicieuse chanson.

        Mais non Nabum, vous ne risquez pas le bûcher, un avé et deux pater suffiront., et vous vous sentirez mieux....

        Allez, courage, Goethe, il en a vu d’autres (ah que je l’aime lui : Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime...)


        • C'est Nabum C’est Nabum 11 décembre 2019 18:22

          @arthes

          Je vais demander mon apostasie


        • eau-pression eau-pression 12 décembre 2019 09:34

          @arthes

          A voir la vidéo où un prêtre chante « dansez sur moi » à l’église de St André des Alpes, tu as pensé à des pratiques SM dont on a une version sur les terrains de rugby avec le châtiment reçu par celui qui ne rejoint pas assez vite son camp.

          Etant étranger à ce passage à l’acte, je ne vois aucune perversion à avoir chanté avec les autres. Au contraire, je me suis bien plus senti en communion avec ces inconnus que dans le serrage de main forcé qui se pratique en fin de messe (où je vais rarement).


        • arthes arthes 12 décembre 2019 13:44

          @eau-pression

          « dansez sur moi » , on peut l’interpréter de toutes les manières en fait, alors si chacun pense que l’autre l’ interpréte comme lui même dans un grand élan de communion...Gaffe quand même...(lol)


        • eau-pression eau-pression 12 décembre 2019 13:55

          @arthes

          Même pas peur du haka, maîtresse !

          Par contre, le serrage de mains permet tous les insidieux gratouillis qu’échangent discrètement les adorateurs de la raison, les boss d’après Vatican 2.

          Bise de Gaston


        • arthes arthes 12 décembre 2019 14:19

          @eau-pression

          Les gratouillis au creux des mains, comme ça ...Ce sont les frères 3 points ? Il parait...Mais quel drôle de rituel.


        • eau-pression eau-pression 12 décembre 2019 14:52

          @arthes

          C’est bien ça.
          Devrons-nous joindre nos efforts pour éliminer la pudibonderie de nos églises ?
          Tu dirais un discours commençant pas « la frustration, c’est bon », qui à la fois enfièvrerait et paralyserait les enfants de coeur, tellement qu’à la fin le cierge se courberait dans leurs mains moites.

          Mais d’abord, comme les jeunes d’aujourd’hui, promettons-nous de ne pas tomber amoureux.


        • arthes arthes 12 décembre 2019 16:04

          @eau-pression

          Mais chez les cathos, les femmes n’ont pas le droit de donner la bonne parole...Donc, le discours sur le bienfait et la vertu de la frustration (ou renoncement...Au sens goethéen ) , oualou...

          J’ai pas le sentiment que les jeunes ne veulent pas tomber amoureux..Et puis.... l’amour, l’amour...N’a jamais connu de loi
          tu crois le tenir
          il t’évite
          Tu crois l’éviter
          Il te tient


        • eau-pression eau-pression 13 décembre 2019 09:49

          @arthes
          On est un peu con, dans la famille masculine, un peu lent à détecter qui elle a dans la peau, on comprend jamais vraiment pourquoi leur charme nous obsède, alors on essaie simplement de s’adapter. Ceci dit pour ceux qu’auraient pas pigé qu’ils n’ont pas leur chance avec toi.

          Bref, même toi tu te dégonfles à dépudibonder nos églises. Comme Brassens, tu laisses Padilla épouser Dieu et Onan dicter sa loi aux enfants de choeur.

          Tu verses du Goethe bouillant dans nos cerveaux saturés de références à maximes, que les bergers de Marx continuent à pousser vers le refuge du matérialisme dialectique, alors que nos esprits encore ardents attendent la maîtresse de leur désir.
          Rimbaud le couillu dit ce qu’il advient du coeur qui s’offre.

          Au nom de l’esprit perdu, je t’autorise à monter en chaire et déclarer « pas d’amour sans amour partagé ».


        • eau-pression eau-pression 13 décembre 2019 09:55

          @eau-pression
          amour réciproque (partagé=tic verbal)


        • eau-pression eau-pression 15 décembre 2019 10:40

          @eau-pression
          Toujours pas bon. Meilleur : « pas d’amour sans amours réciproques »

          De cette façon, il n’y a pas réification de l’amour dans un objet (celui qui serait partagé) mais deux êtres qui se renvoient leur désir indéfinissable, emportés chacun dans un paysage spéculatif qu’il croit pouvoir partager un jour.
          Ainsi rêvassait Marcel, devant le spectacle des amoureux enlacés sur les bancs, tandis que des landaus défilant sur les allées montaient les gazouillis des êtres en re-construction.

          Jamais il n’avoua à Maman Proust qu’il avait cédé à l’attrait de la réciproque, selon laquelle les aspirations réciproques auraient besoin d’un assouvissement physique.

          Concrètement, je n’aime pas tonseigneur, et comprendre la domination c’est s’y soumettre.
          Bise


        • eau-pression eau-pression 15 décembre 2019 10:51

          @eau-pression
          Aux enfants androïsés de la quantique, je précise : les allées du parc Monceau, près de la place Catroux, générial inventeur du landau (sans Lifshitz)


        • Yann Esteveny 11 décembre 2019 18:08

          Message à avatar Nabum,

          Merci pour votre bon texte.

          Que les fanatiques de l’idole des jeunes et ex-jeunes n’aperçoivent même pas l’ombre d’un problème est une chose, mais que des catholiques participent ce 7 décembre 2019 à Orléans à cette messe blasphématoire interroge sur leur niveau de possession.

          Il aurait beaucoup mieux valu mourir de ridicule qu’entraîner les âmes vers l’Enfer. Même les athés commencent à comprendre que tout cela va très mal finir.

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