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Préfectures - La nuit la plus longue

Ah qu’elle va être bien longue cette nuit du 29 janvier dans toutes les Préfectures de France et de Navarre. Le temps va s’égrener presqu’aussi lentement qu’au guichet des cartes grises, c’est dire. Et le moral, le moral de nos chers, très chers hauts fonctionnaires (62 000 euros en moyenne) est au plus bas.

Pourtant on pouvait penser le plus dur derrière eux après cette journée de mobilisation sociale de tous les dangers. Mais foin de soulagement, encore moins de petit sursaut d’adrénaline à l’approche du week end à venir sur les greens du golf voisin, non, la peur paralyse les plus audacieux. La crise économique qui a pourtant bon dos n’est même que trés indirèctement mise en cause tandis que la réforme des collectivités territoriales n’est pas encore suffisament avancée pour justifier quelqu’inquiétudes. Non cette nuit est devenue la plus longue de la Préfectorale depuis que Jean a tiré le gros lot, enfin surtout le mauvais, en tout cas il va le quitter, le lot, Saint Lô plus exactement.

Préfet depuis peu de cette charmante et supposée paisible bourgade de 20 000 âmes, Jean Charbionnaud vient d’être prié de quitter la ville et le département avec pour n’avoir pas assez préservé notre présidentissime des quolibets de la plèbe. Mais qu’a t’il donc fait Jeannot pour mériter une telle punition, 6 mois après la première ? est-il donc récidiviste ? Bah oui parce que tout de même, être nommé Préfêt de la Manche, voilà qui vous habille pour l’hiver. Quand vous apprenez que votre Préfecture est basée à Saint Lo, dîte "capitale des ruines", vous ne me ferez pas croire qu’on le vit bien...

La ville fut totalement détruite pendant la seconde guerre mondiale au point que même la préfecture ne retrouva la commune qu’en... 1953. Et il a traversé tout ça le Jean, le poids de l’histoire, le crachin local pour tomber par la faute d’un incroyable concours de circonstances qui a voulu que Nicolas 1er de Sarkozy choisisse Saint Lo pour présenter ses voeux. Déjà un sacré coup du sort. Mais en plus au monde enseignant ! alors qu’il aurait présenté ses voeux au monde des sourds et muets par exemple cela aurait été plus tranquille. Et bien non il a fallu que cela tombe sur le Charbionnaud ! alors on ne doute pas qu’il ait fait de son mieux le gaillard comme tous ses collègues finalement occupés un bon tiers de leur temps à préparer la venue de ces illustres élus, avec la hantise du couac qui change tout, même la carrière.

Et puis il a fait avec ses moyens le gars, peut être même avec les moyens qu’il jugeait utile à la situation. Parce que voyez-vous, ce Préfet avait peut être un peu de respect pour le droit à s’exprimer dans ce qui s’appelle encore une République. Il aurait pu faire comme son confrère de Meutrhe-et-Moselle et distribuer aux manifestants qui demandaient l’autorisation de le faire de... faux parcours présidentiel. Non, il les a tenu à bonne distance, celle qu’il a jugé bonne mais qui n’était pas celle voulue par le visiteur funeste. Comme le relate Ouest France, "Furieux, le locataire de l’Élysée a marqué à plusieurs reprises son énervement hors caméra", une phrase bien curieuse qui signifie si je comprends bien que notre Chef de l’Etat n’était furieux que quand les caméras ne filmaient pas, content quand elles filmaient, pas content quand elles ne filmaient pas, content... bon j’arrête je commence moi aussi à prendre des tics.

Et puis dans la charette, le directeur départemental de la Sécurité Publique peut aussi faire ses bagages. Espérons que du département il ne soit bientôt pas amené à la faire, la manche, aux abords de quelques bouches de métro.

Alors comprenez l’ambiance quand l’info s’est propagée dans toutes les préfectures : un Préfet viré pour des dizaines de manifestants alors que le lendemain se déroule un mouvement social national de grande ampleur. Mais c’est presque un complot contre les grands corps de l’Etat, une nouvelle nuit des longs couteaux, un carnage annoncé.

C’est dire que la nuit est veillée avec apreté chacun cherchant à minimiser l’impact et le nombre de manifestants dans ses chefs-lieu.

Mais reconnaissons aussi quelques envies. "Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes" disait Chateaubriand. Pour certain le redoublement frise la relégation, Jean Charbonneaud devient préfet hors cadre pour siéger comme "membre du Conseil supérieur de l’administration territoriale de l’État", merci Chateaubriand !

Pour d’autres cependant cette nuit sera tout de même la nuit de toutes les espérances, de toutes les folies même car ceux-là n’ont rien à perdre. Les préfets d’Arras, de Charleville-Mézières, de Bar-le-Duc, Melun, de Nevers, de Gueret ou de Mende vous croyez qu’ils en ont peur de la mutation, qu’ils la perçoivent comme un possible sanction ? qu’ils ne sont pas prés à manifester eux-même ? Non cette nuit sera pour eux parsemée de rêves enflammés où résonnent comme un parfum d’André Malraux, un souffle de reconnaissance pareil à celui d’un illustre préfet résistant : « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique et les combats d’Alsace, entre ici, préfet d’Arras, de Charleville-Mézières, de Bar-le-Duc, Melun, de Nevers, de Gueret ou de Mende, avec ton terrible cortège...".

La nuit sera longue mais dans tous les cas, c’est surtout le matin qui sera le plus douloureux !


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