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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais (...)

Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais (Episode I - 1977-1985)

1985, au Heysel, le football anglais jusqu’alors hégémonique passe du Capitole à la Roche Tarpéienne. Le 1er juin 2019 à Madrid, la Perfide Albion a replacé deux clubs en finale de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe, comme en 2008 à Moscou. Si elle a profité du trou d’air du Big Four continental (Real Madrid, FC Barcelone, Juventus Turin et Bayern Munich), la Premier League reste insolente de santé ...

 

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Episode I – Le péché originel, le hooliganisme et son apogée via le drame du Heysel (1974-1985)

Les années 70 étaient limpides dans l’Europe du football … Trois figures de proue dominatrices à la baraka impressionnante, Ajax Amsterdam, Bayern Munich et Liverpool FC. Quatre losers façon Poulidor à la scoumoune greffée à la peau façon sparadrap du capitaine Haddock : Saint-Etienne, Leeds United, Dynamo Kiev et Borussia Mönchengladbach.

Au début des années 80, le club de la Mersey continuait de tutoyer la perfection, imposant sa férule au reste du Vieux Continent.Mais un outsider venu du Piémont, au maillot bianconero, une Vieille Dame octogénaire née en 1897 orchestrée par Giovanni Trapattoni avait l’intention de déboulonner l’idole. Avec Michel Platini en uomo squadra et plusieurs champions du monde titrés en Espagne en 1982 (Cabrini, Gentile, Scirea, Tardelli), la Juventus ne visait rien d’autre que cette Coupe aux Grandes Oreilles qu’elle avait manquée en 1973 et 1983. La première fois à Belgrade, elle avait subi la domination insolente du grand Ajax de Cruyff qui avait négligemment jeté le trophée dans le bac à linge sale à l’issue de la finale. Tout était trop facile pour ce grand Ajax qui avait écrasé son futur successeur au palmarès, le Bayern Munich, par un sévère 4-0 le 7 mars 1973 au stade olympique d’Amsterdam. Vert de rage, Sepp Maier en avait jeté ses gants dans les canaux de la Venise du Nord … Dix ans plus tard, le club piémontais, favori de la finale à Athènes, avait été piégé par Ernst Happel et Hambourg, outsider opportuniste.

Liverpool, lui, avait gagné quatre titres sur huit possibles entre 1977 et 1984 : 50 %, un ratio effrayant qui traduisait une intouchable supériorité seulement devancée statistiquement par le Real Madrid de Di Stefano (1956, 1957, 1958, 1959, 1960), par l’Ajax de Cruyff (1971, 1972, 1973) et par le Bayern Munich du Kaiser Beckenbauer (1974, 1975, 1976). Même de très grandes équipes comme le Benfica d’Eusebio (1961, 1962), l’Inter de Facchetti (1964, 1965), le Manchester United de Charlton et Best (1968) ou encore l’AC Milan de Rivera (1963, 1969) étaient devancées au panthéon par cet immense Liverpool FC qui avait comblé le vide de l’implosion des Beatles au printemps 1970, juste avant le drame d’Apollo 13.

Champion d’Europe en 1977, 1978, 1981 et 1984, l’armée rouge dressée par Bill Shankly avait triomphé avec Bob Paisley puis Joe Fagan en suivant la maxime du mentor : Le football n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus important que cela. Cela tombait bien, la Juventus avait la sienne, un équivalent signé Giamperio Boniperti, devenu le président historique du club, le fidèle relais de l’Avvocato Agnelli : À la Juventus, gagner n'est pas important. C'est l'unique chose qui compte.

Mais en ce 29 mai 1985 où le monde a les yeux de Chimène pour cette affiche de rêve qu’est Liverpool / Juventus, le David turinois ne se bat pas que contre le Goliath liverpuldien, il va croiser le fer avec le concept plus large d’un football anglais perché sur sa tour d’ivoire, tant il écrase violemment de son sceau l’Europe depuis 1977 et il toise des rivaux qui ne peuvent même plus le regarde dans le blanc des yeux … Quand Liverpool n’a pas soulevé le trophée dans le ciel de Rome (1977, 1984), Londres (1978) ou Paris (1981), ce fut le tour de Nottingham Forest en 1979 et 1980 à Munich et Madrid, puis d’Aston Villa en 1982 à Rotterdam …

Le bulldozer anglais fait preuve d’arrogance et de suffisance année après année, repoussant l’inexorable érosion du temps, le péché d’orgueil, l’usure du pouvoir et le toboggan du déclin pendant sept années d’un long règne où Albion dresse la guillotine avec une implacable efficacité, faisant passer des rivaux venus d’Europe septentrionale (Borussia Mönchengladbach en 1977, FC Bruges en 1978, Malmö FF en 1979, Hambourg SV en 1980, Bayern Munich en 1982) ou méridionale (Real Madrid en 1981, AS Rome en 1984) sous ses fourches caudines.

Seul le Ballon d’Or résiste encore à cette Angleterre investie de la puissance d’Excalibur, le trophée étant monopolisé par la Bundesliga de 1977 à 1981 (Simonsen 1977, Keegan 1978 et 1979, Rummenigge 1980 et 1981), puis par la Série A de 1982 à 1984 (Paolo Rossi 1982, Michel Platini 1983 et 1984). Kevin Keegan, dauphin de Simonsen en 1977, fut le plus proche de gagner le trophée pour la première fois depuis George Best (Manchester United) en 1968. Il faudra attendre Michael Owen (2001) et Cristiano Ronaldo (2008) pour voir le trophée de France Football traverser la Manche, car Kenny Dalglish terminera aussi dauphin du roi Platini en 1983.

Mais qu’importe, le football reste avant tout une œuvre collective. Et à ce jeu là, les Anglais ont réussi une razzia pendant sept ans, tirant la quintessence et la substantifique moelle de leurs capacités mentales, physiques, techniques et tactiques. Les vaincre entre 1977 et 1984 était une douce utopie, avec pour seule exception à la règle la saison 1983 où la finale opposera Hambourg à la Juventus Turin. Le champion d’Angleterre Liverpool avait capitulé en quart de finale face à Widzew Lodz, le champion d’Europe Aston Villa cédant lui en quart de finale contre la Juventus d’un Platoche en état de grâce (triplé au Stadio Comunale).

La saison 1979 fut le climax de la domination anglo-saxonne avec des quarts de finale excluant les clubs latins, Juventus Turin, Real Madrid étant éliminés à l’automne 1978 … Nottingham Forest contre Grasshopper Zurich, FC Cologne affrontant Glasgow Rangers, Wisła Cracovie face à Malmö FF et Austria Vienne croisant le fer avec le Dynamo Dresde.

En fait, les seules limites du foot anglais de l’époque étaient mondiales. En Coupe Intercontinentale, le rapport de force avec les rivaux sud-américains n’étaient guère favorables à Albion. En 1981, le grand Liverpool s’était fait toiser à Tokyo (3-0) par le Flamengo de Zico, alors le meilleur joueur du monde, sorte de roi Pelé 2.0 à tel point qu’il est surnommé le Pelé Blanc. Face aux clubs de Rio de Janeiro ou Montevideo, les rois d’Europe apparaissent moins forts : trois défaites de rang entre 1980 et 1982. En 1977 et 1979, les dauphins avaient été envoyés au charbon sans plus de succès : Gladbach et Malmö. Mais cela n’avait pas suffi à briser leur arrogance et leur confiance inébranlable, sorte d’ADN et de totem.

En 1978 à Wembley, le capitaine de Liverpool, Emlyn Hugues, déclare ceci après le succès des Scousers contre le FC Bruges de Raoul Lambert : Les équipes continentales se font une montagne de nous et n’osent pas aller de l’avant, de peur de se faire détruire. Tant mieux pour nous et tant pis pour elles.

Avant la grande finale européenne du 30 mai 1980 au stade Santiago Bernabeu de Madrid, malgré la démonstration du Hambourg SV face au Real Madrid en demi-finale retour (5-1), Brian Clough affirme la force des vertus collectives des joueurs de Nottingham Forest, champion d’Europe sortant : Nous sommes détenteurs du titre et entendons bien le demeurer. Le challenger, c’est Hambourg, pas nous. D’ailleurs, nous n’avons pas été impressionnés par cette équipe. Et si elle compte uniquement sur Keegan, croyez-moi, elle a déjà perdu.

Son adjoint à Nottingham, Peter Taylor, passe la deuxième couche dans la foulée : Si je devais parier, je miserais volontiers de l’argent sur une victoire 1-0 de Forest. CQFD.

Sorte de Jose Mourinho des seventies, véritable OVNI médiatique de son époque, Brian Clough n’avait pas son pareil pour envoyer des punchlines dégoulinant d’arrogance : Rome ne s’est pas faite en un jour. D’un autre côté, je n’avais pas été consulté.

Ou encore : Je ne dirais pas que j’étais le meilleur dans ce métier, mais je ne vois personne au-dessus de moi. Cette citation de Clough possède une variante. Je ne dirais pas que j’étais le meilleur entraîneur. Mais je suis dans le top 1.

Le shérif de Nottingham avait déjà fait sensation en quittant Leeds en 1974 : C’est un jour terrible … pour Leeds United.

L’attitude de l’entraîneur Joe Fagan avant la finale de 1984 à Rome montrait quant à elle l’incroyable confiance en soi des Reds, à force de triomphes et d’exploits, à force de s’attirer tous les superlatifs : Nous respectons toujours beaucoup nos adversaires, mais aucune équipe au monde n’est capable de nous battre si nous jouons comme nous le savons.

La quatrième et ultime finale de C1 jouée à Bruxelles marquera l’Europe du football au fer rouge, le 29 mai 1985. Un an après les incidents de Rome entre tifosi de la Louve et hooligans de Liverpool, le drame du Heysel cause la mort de 39 tifosi de la Juventus. Formidables supporters en 1977 à Rome, les fans des Reds se sont mués en 1985 en hooligans.

Attaquant du club anglais, Steve Heighway met en avant l’aide du formidable public venu des rives de la Mersey jusqu’à Rome en 1977 contre Mönchengladbach : Quand je suis sorti du tunnel et que j’ai entendu chanter nos 27 000 supporters, mes cheveux se sont dressés sur ma tête et mon corps entier a été saisi de picotements. J’ai su alors que nous allions gagner.

Rome 1984 avait sonné le tocsin du football anglais tout en étant son climax, son acmé, son apogée, son zénith, Bruxelles 1985 en sonnera le glas. Qu’importe la défaite des Reds, tant un succès sportif aurait été une victoire à la Pyrrhus vu les représailles que va ordonner l’UEFA, telle la foudre de Jupiter s’abattant sur la Mersey. Liverpool ne le sait pas encore mais elle va tomber de Charybde en Scylla, quinze ans après les Beatles, c’est Anfield qui va subir le courroux de l’instance suprême du football européen. Le club mettra vingt ans à s’en remettre sur le plan européen, avant le miracle d’Istanbul du 25 mai 2005, en ayant fait mordre la poussière au passage à deux épouvantails venus d’Italie, la Juventus en quarts de finale et l’AC Milan en finale.

Pour mettre fin au carnage bruxellois en ce 29 mai 1985, l’UEFA ordonne à l’arbitre d’éviter à tout prix une prolongation. C’est ainsi que la Vecchia Signora se voit octroyer un généreux penalty pour une faute sur Zbigniew Boniek pourtant situé hors de la surface de la réparation. La quête du Graal est facilitée, mais à quel prix ... Michel Platini exécute la sentence dans une ambiance de mort. Si Séville 1982 reste le pire souvenir sportif du triple Ballon d’Or, Bruxelles 1985 reste son pire souvenir tout court, tant le sportif est passé au second plan ce soir là … Le Heysel devait être le juge de paix entre un Liverpool défendant sa couronne et la Juventus ayant à cœur de détrôner le roi. Favoris, les Anglais avaient face à eux un rival qui avait souffert contre Bordeaux en demi-finale. Dire que personne n’aurait misé un kopeck sur le club turinois était plus qu’exagéré tant le niveau de la Série A s’améliorait année après année. Finaliste de la C1 en 1983 et vainqueur de la C2 en 1984, le club piémontais avait de plus battu Liverpool en Supercoupe d’Europe durant l’hiver 1984/1985, dans des circonstances particulières.

Le Liverpool FC pensait gagner à Bruxelles en utilisant son soi-disant porte-bonheur, la compagnie irlandaise Aer Lingus et son logo en forme de trèfle à quatre feuilles. Chaque fois que nous avons voyagé en Europe avec cette compagnie, nous avons gagné. Pour la Supercoupe à Turin, ce n’était pas Aer Lingus et vous avez ce qui est arrivé, expliquait le vice-président du club anglais Peter Robinson, faisant référence à la finale de Supercoupe d’Europe jouée dans le Piémont le 16 janvier 1985 sur terrain enneigé avec un ballon orange.

Mais au-delà de la défaite sportive en Belgique, les hommes de Joe Fagan vont vivre un cauchemar partagé avec les joueurs de Giovanni Trapattoni, partis se mettre au vert en Suisse près du Lac Léman, où ils recevront la visite du prince héritier de Savoie, en exil forcé hors du territoire italien.

Prévue à 20h15, la finale ne débute qu’à 21h42 après le drame du bloc Z et ses 36 morts. Mal organisés, les policiers belges se sont tous retrouvés à gérer le pillage d’une marchande de hot dogs alors que les hooligans ayant récupéré des places au marché noir dans le bloc Z attaquaient, à coups de matraques et autres barres de fer, des tifosi de la Juventus venus de toute l’Italie. La plus jeune victime, Andrea Casula, venait de Sardaigne et n’avait que 12 ans. Le président de l’UEFA, Jacques Georges, prend la décision, avec le général de gendarmerie Raoul Bernaert, de jouer le match pour éviter une fuite des hooligans dans le centre-ville de Bruxelles : Il faut jouer, car lâcher 50 000 supporters furieux et ennemis dans Bruxelles, c’est faire courir à la ville entière un risque mortel.

On ne manquera pas de revenir sur la polémique, car annuler le match aurait fait perdre à l’UEFA une recette de 64.2 millions de francs belges (soit environ 1.5 million d’euros), ce que fera remarquer l’avocat des victimes italiennes, Me Daniel Vedovatto, après une phrase malheureuse de Jacques Georges le 21 novembre 1988 lors de son audition : l’UEFA ne contrôle pas, n’organise pas, mais conseille les organisateurs. Mais c’est bien connu, depuis l’empereur Vespasien dans la Rome Antique, l’argent n’a pas d’odeur.

Quelques heures avant le drame du 29 mai 1985, déjeunant dans Bruxelles, le patron du football européen faisait référence à l’incendie de Valley Parade, le 11 mai 1985 à Bradford : on jette une allumette à Bradford et cela fait 60 morts. Il faut absolument que, pour le football, la finale de ce soir se déroule de manière exemplaire. Durant l’après-midi, près de la Grand-Place, la bijouterie Orélie avait été vandalisée pour une perte de 10 millions de francs belges, soit environ 248 000 euros. Michel Platini hésite à jouer, et s’en ouvre à Jacques Georges en personne : Président, vous croyez qu’il faut jouer ? – Michel, tes parents sont dans les tribunes. Si tu veux éviter une bataille rangée terrible il faut que vous jouiez.

Côté turinois, le président Giamperio Boniperti ne veut pas jouer la finale mais souscrit à l’idée pour éviter un drame dans la capitale belge. La panique a envahi les vestiaires des deux équipes, ces sanctuaires habituellement préservés du reste du monde avant le coup d’envoi d’une grande finale. Massimo Bonini, le défenseur originaire de la République de Saint-Marin, a toute sa famille présente en tribunes. L’entraîneur de la Juve, Giovanni Trapattoni, tape du poing sur la porte du vestiaire en hurlant : On ne peut pas jouer, on ne peut plus aller sur le terrain. Quel sens cela pourrait avoir ?

Les larmes aux yeux, Michel Platini en personne a fini par retirer son maillot quand le président Boniperti lâche un ordre sec à son équipe : Il faut jouer ! L’arbitre suisse André Daina, ingénieur chimiste mais ancien attaquant du Servette Genève, est sur la même ligne que Boniperti, jouer pour éviter d’envenimer la situation, mais sans conviction : Le retour au calmé a primé sur le respect des morts. La télévision allemande ZDF refuse de diffuser ce qui ressemble plus à un drame humain et de moins en moins à une fête sportive. La chaîne passe alors à ses téléspectateurs un concert de musique classique, avant de revenir au Heysel avec une émission spéciale d’information consacrée aux morts de Bruxelles, les victimes du hooliganisme et de ce stade vétuste, indigne d’accueillir un tel évènement.

Le jour du drame, le 29 mai, le quotidien belge Le Soir avait anticipé la catastrophe par son grand reporter Alain Guillaume : Même si vous n’aimez pas ça, accrochez-vous à vos tubes cathodiques comme les 400 millions de téléspectateurs qui s’apprêtent à assister à la finale de foot de la Coupe d’Europe des clubs champions. Ambiance garantie, vision d’apocalypse avant et après le show. 58 000 supporters électrisés – tifosi et hooligans confondus – déverseront leurs flots d’adrénaline dans votre télévision … et dans la ville.

Dans le quotidien français L’Equipe du jeudi 30 mai 1985, Jacques Thibert crache son venin : Si le football devient cela, qu’il crève. Et si le peuple anglais accepte qu’une horde de dégénérés salisse son nom, son drapeau et sa tradition, honte à lui ! Honte aussi à la police belge, et honte à l’Union belge, incapables l’une et l’autre, malgré les exemples et les avertissements, de prévoir et de contrôler un évènement que l’on qualifie dérisoirement de fête du football. Après le drame, le 31 mai 1985, vingt-cinq cercueils sont alignés à l’aéroport militaire de Melsbroek, dont le hangar est transformé en chapelle ardente. Un orgue joue Ce n’est qu’au revoir.

Plus que le discours du Premier Ministre belge Wilfried Martens, c’est l’émotion de la princesse Paola de Belgique qui touche les proches des victimes présente. D’origine italienne, Paola n’a pu réprimer ses larmes. L’épouse du prince Albert II, qui deviendra roi en 1993 à la mort de son frère Baudouin Ier, est en effet italienne d’origine : née en Toscane en 1937, elle a passé sa jeunesse à Rome. Pavoisés du drapeau vert, blanc et rouge de l’Italie, les cercueils seront rapatriés dans la péninsule par des avions militaires C-130, comme si les morts étaient tombés au champ de bataille. Le baron Charles-Ferdinand Nothomb, Ministre belge de l’Intérieur depuis 1981 (après avoir détenu le portefeuille des Affaires Etrangères en 1980), ne démissionnera pas malgré l’énorme scandale. L’oncle de la romancière Amélie Nothomb échappera même aux élections législatives du 13 octobre 1985, démissionnant finalement en octobre 1986 pour le conflit linguistique des Fourons, un sujet n’ayant rien à voir avec le Heysel.

Incroyable mais vrai, le baron de Nothomb sera même décoré par l’Italie et la Belgique de très hautes distinctions après le drame : Chevalier grand-croix de l'ordre du Mérite de la République italienne (20 février 1986) et Grand officier de l'ordre de Léopold (3 décembre 1987). La visite du pape Jean-Paul II en Belgique, débutée jeudi 16 mai 1985 à Bruxelles et terminée le 21 mai à Louvain-la-Neuve, aurait mobilisé énormément les forces de l’ordre et particulièrement les troupes de police : entre 7 000 et 8 000 hommes. Le général Bernaert avoua a posteriori que le dispositif de sécurité du Heysel aurait mérité 15 % d’effectifs supplémentaires, sans parler des talkies-walkies qui ne marchaient pas ... Devant l’incapacité de payer les heures supplémentaires des policiers concernés, on aurait mis pour le Heysel des effectifs moins entraînés à la sécurisation d’un évènement d’une telle ampleur.

Le 1er juin 1985, le Président du Conseil italien Bettino Craxi s’indigne face au baron de Nothomb mais aussi face à l’UEFA et aux deux clubs de Liverpool et de la Juventus : Ce match, je ne l’aurais pas joué. Cette coupe, je ne l’aurais pas soulevé. D’autre voix s’élèvent, en Italie, pour réclamer la restitution de cette maudite Coupe des Champions à l’UEFA par la Juventus. Le sénateur démocrate-chrétien Francesco d’Onofrio y songe dès le lendemain du match, évoquant sa surprise sur le fait que la Juventus n’ait pas rendu une coupe à l’issue d’une partie disputée uniquement pour des raisons d’ordre public.

Le président de la Vecchia Signora, Giampiero Boniperti, oppose à cette idée un veto irrévocable dans la Stampa du 1er juin 1985 : Restituer la coupe ? Non, elle doit rester à la Juventus car ce sont les joueurs qui l’ont gagné sur le terrain.

Le 29 mai 1985, le chef de l’exécutif italien Bettino Craxi se trouvait en voyage officiel. Il parvient à joindre le Ministre de l’Intérieur belge : Qu’est-ce que c’est que ça ? Des Italiens sont morts, et vous faites quand même jouer le match. Le baron de Nothomb répond au Premier Ministre avec aplomb : Monsieur le Premier Ministre, je comprends votre émotion, mais s’il y a une émeute dans le stade, beaucoup plus d’Italiens seront tués. Je suis responsable de la sécurité de ceux qui sont toujours vivants !

Du côté de la Perfide Albion, le Secrétaire d’Etat britannique à l’Intérieur, Leon Brittan, annonce ceci deux mois après la catastrophe bruxelloise : Les gens ont le droit d’être protégés contre toute agression, blessure, intimidation ou entraves, quelles que soient les motivations de leurs auteurs, et ce, qu’ils soient des manifestants violentes, des émeutiers, des grévistes menaçants ou des hooligans. Pour Margaret Thatcher et son gouvernement, les hooligans font partie de cette working class qu’il faut mater : mineurs, syndicalistes et autres jeunes immigrés.

Mais les violents évènements de Brixton (mai 1981, anticipés par The Clash dès 1979 dans The Guns of Brixton) avaient donné l’alerte outre-Manche, sans oublier le terrible incendie de Bradford au stade de Valley Parade (11 mai 1985), soit 18 jours avant le drame du Heysel. Dans son éditorial du 19 mai 1985, l’hebdomadaire Sunday Times proclame : Le football est un sport de taudis, joué dans des stades qui ressemblent à des taudis, regardé par le peuple des taudis et qui décourage les honnêtes gens d’y assister.

Secrétaire général de l’Union belge de football depuis 1973, l’ancien président d’Anderlecht Albert Roosens est lui mis en examen le soir même de Noël 1986, pour homicides involontaires. A Turin, on doit protéger le magasin britannique Marks and Spencer de potentielles représailles.

Deux jours après le drame, le 31 mai 1985, le présentateur belge Jean-Jacques Jespers interrompt son journal télévisé sur la RTBF pour lâcher un scoop en forme de bombe médiatique : le résultat de la finale de Coupe des Champions entre la Juventus et Liverpool a été décidé sur tapis vert. Jespers évoques des sources crédibles dont il ne révèle évidemment pas l’origine. Selon la Gazzetta dello Sport, c’est un officier des pompiers qui a parlé. Le commandant des pompiers, Hugo Van Gompel, s’est confié off the record au journaliste de la RTBF Alain Carlier. Sauf que le colonel Van Gompel n’a pas mis les pieds au Heysel le soir de la finale, le plus haut responsable des pompiers présent étant le commandant Alain Gibson : l’arbitre suisse, André Daina, aurait reçu des directives pour que la Juventus l’emporte. Les deux erreurs d’arbitrage en faveur du club turinois (penalty pour faute en dehors de la surface de réparation sifflé pour faute de Gary Gillespie sur Zbigniew Boniek, penalty non sifflé pour faute indiscutable de Massimo Bonini sur Ronnie Whelan) alimentent cette théorie du complot, d’autant qu’André Daina, bien que citoyen suisse, est d’origine italienne : fils d’un bûcheron de Bergame, né Italien avant de devenir Suisse à l’âge de 7 ans, Monsieur Daina a-t-il été influencé inconsciemment, par la mort tragique de ces Italiens dans le bloc Z ?

Le procès du Heysel débute en octobre 1988, 14 des hooligans sont considérés comme coupables. Extradés par le Royaume-Uni, ils ne seront pas emprisonnés après leur détention préventive, du fait d’une signature tardive de la Belgique, le 1er décembre 1990, sur le transfert des détenus étrangers ! On obtient la démonstration, durant ce procès, que des places réservées aux spectateurs belges ont été vendues au marché noir aux tifosi. Ces emplacements neutres étaient situés à proximités des hooligans anglais, avec pour seule séparation un frêle grillage et un no man’s land.

Mais les racines du mal étaient présentes depuis longtemps, dès la Rome Antique si l’on en croit Saint-Augustin, pour qui les spectacles de gladiateurs et autres combats d’animaux transformaient leurs adeptes en véritables bêtes féroces prenant plaisir à voir le malheur d’autrui (en témoigne le fameux geste du pouce baissé de la plèbe réclamant la mort du gladiateur vaincu, geste à confirmer par l’Empereur) : Liverpool, ville d’origine des hooligans du Heysel, était d’après un rapport de la Communauté Economique Européenne la cité la plus pauvre du Nord du Vieux Continent en 1985.

En compilant un certain nombre de données, la ville de la Mersey avait obtenu un score de 43.8 points, très loin de la moyenne du Nord de l’Europe (100 points). Avec un taux de chômage de plus de 25 % (bien plus encore parmi les jeunes de la banlieue de Croxteth, 96 % !), Liverpool avait souffert d’une économie non diversifiée, le port et ses chantiers navals étant délaissés depuis que le nombre de paquebots à construire avait chuté face à l’essor de l’aviation. Sans industrie ni manufactures, et aucune mine de charbon, la ville orpheline des Beatles avait tout misé sur le même cheval.

Tous les œufs avaient été mis dans le même panier, le transport maritime et la construction navale, ainsi que le réseau de services associés : dockers, banques et assurances. Malgré les réformes économiques libérales de Margaret Thatcher, alias la Dame de Fer, le chômage explose entre 1979 et 1986 en Grande-Bretagne, passant de 5.5 % à 11.3 %. Le taux de pauvreté suit la même courbe. L’ancien attaquant irlandais des Reds, John Aldridge, explique le phénomène : Pendant longtemps, Liverpool a été la ville oubliée du nord de l’Angleterre. Les docks étaient à l’abandon depuis 1972, Margaret Thatcher voulait nous rayer de la carte, on nous disait de partir, d’aller vivre plus dans le Sud, ou dans les terres. Quand tout allait mal, quand tout le pays nous regardait avec pitié ou dédain, les gens d’ici n’avaient plus que le club de foot pour défendre leur honneur. Ou par la violence urbaine, comme à Brixton lors terribles des révoltes de 1981.

Liverpool est une ville dans laquelle l’Europe a cru à un moment où Londres l’abandonnait, résume Alison McGovern. Difficile de nos jours de ne pas tomber sur des plaques mentionnant des financements européens pour cette ville désignée capitale européenne de la culture en 2008 : Albert Dock dévolu aux Beatles, front de mer, salle Echo Arena ou encore l’aéroport John Lennon. Au début des années 80, après la période de désindustrialisation et des années Thatcher, le Merseyside était une des régions les plus pauvres d’Europe et s’est retrouvée éligible pour le plus haut niveau de subventions européennes. A cette époque, le gouvernement Thatcher a mis en place la politique de « managed decline », une sorte de soins palliatifs pour la ville, estimant que cela ne valait plus le coup d’y investir sur le long terme, explique Olivier Sykes, chercheur en urbanisme et en aménagement du territoire. L’expression « managed decline » résonne encore comme un traumatisme pour Liverpool, ville travailliste pourtant défendue bec et ongles par l’ex ministre conservateur Michael Heseltine, face à la Dame de Fer …

Comme le disaient les hooligans de Millwall, club de la banlieue de Londres, on nous déteste mais on s’en fout. Millwall et ses Bushwackers ne sont qu’une partie immergée de l’iceberg : chaque club anglais possède son gang violent : Inter City Firm et autres Cockney Rejects de West Ham, Service Crew de Leeds, Gooners d’Arsenal, Headhunters de Chelsea ou encore la Body Squad de Leicester … Tous ces mouvements infiltrés par des skinheads d’obédience fasciste ou néo-nazie héritent de groupuscules liés au British Union of Fascists d’Oswald Mosley dans les années 30, ou plus tard au British National Party. En effet durant les années 30, le B.U.F. avait tenté de séduire de jeunes supporters de foot de la classe ouvrière pour les embrigader dans sa milice : Oswald Mosley.

Père du futur avocat, co-fondateur de l’écurie de F1 March et président de la Fédération Internationale de l’Automobile (de 1991 à 2008) Max Mosley, Oswald Mosley s’était marié avec Diana Mitford en 1936 chez les Goebbels, en présence du Reichsführer Adolf Hitler ! Dans les années 50, la White Defense League vendait quant à elle son journal Black and White News aux abords des stades londoniens. Mais les gangs des années 70 et 80 se démarquent par le mouvement casual, notamment à Liverpool à partir de 1978-1979 : vol de bijoux de luxe et de vêtements hauts de gamme (casquettes Burberry, polos Lacoste).

En 1985, le Daily Mirror publie ainsi un article intitulé Trouvez qui est le vrai voyou, basé sur une photo montrant un hooligan « traditionnel » à gauche d’un casual. La légende indique ceci : Celui de gauche avec ses bottes de loubard semble prêt à faire le coup de poing mais l’individu habillé de façon décontractée à droite porte le nouveau déguisement à la mode. Et c’est bien lui le véritable salaud. Sa tenue à 300 livres peut sembler classe, mais dans la poche interne de sa veste italienne, il pourrait cacher un cutter mortel.

Car en effet, le hooliganisme anglais était en train de monter depuis une dizaine d’années quand le Heysel fit exploser la boîte de Pandore, libérant ces démons : à Rotterdam en 1974 pour la finale retour de C3, beuveries en ville et grillage du stade De Kuip arraché par les hooligans de Tottenham.

Ensuite à Paris pour la finale de C1 en 1975 impliquant Leeds : en marge des sièges arrachés au Parc des Princes, images qui ont fait le tour du monde, les hooligans du Yorkshire avaient dévalisé un supermarché et brûlé des voitures dans la capitale française. Ces hordes incontrôlables rappelaient les violences d’Alex et de ses droogs, dans Orange Mécanique (1971, Stanley Kubrick).

Rebelote à Saint-Etienne en septembre 1977 pour un duel contre Manchester United en C2 : plus de 500 supporters mancuniens sèment la terreur dans les gradins du stade Geoffroy-Guichard, avec des couteaux et des tessons de bouteille. Paniqués, les fans stéphanois se pressent contre le grillage qui cède et permet aux spectateurs de s’enfuir sur la pelouse.

Malgré ces signaux d’alerte, la violence ne recule pas, pas plus à Madrid en 1980 pour un Castilla – West Ham (premier tour de C2) où un millier de hooligans londoniens défie la guardia civil espagnole avant un match retour à huis clos au Boleyn Ground, qu’à Rotterdam en 1983 pour un nouveau duel Feyenoord – Tottenham (deuxième tour de C3) ou à Bruxelles en mai 1984 pour un Anderlecht Tottenham (finale de C3). En ce 9 mai 1984, 800 hooligans anglais envahissent un quartier chaud de Bruxelles : l’un d’eux est tué par un patron de bar au nom de la légitime défense.

Enfin, à Rome pour la finale européenne de 1984, les fans de Liverpool sont attaqués par les tifosi de l’AS Rome ... Beaucoup de fans qui se virent refuser l'accès aux bus, trouvèrent alors refuge à l'ambassade britannique en Italie.

Pour l’anecdote, en ce mercredi 29 mai 1985 au Heysel aux alentours de 22h45, Michel Platini marque le seul but du match sur un penalty imaginaire sifflé pour une faute de Gary Gillespie sur Zbigniew Boniek, en dehors de la surface de réparation. Mais André Daina a été piégé par la longue passe de Michel Platini vers son complice polonais. Etant de l’autre côté du terrain dans le camp de la Juventus, l’arbitre suisse n’a pu juger avec acuité cette faute commise dans le camp de Liverpool. Une deuxième erreur d’arbitrage est commise par M. Daina, toujours en faveur de la Juventus. Cette fois, c’est à Liverpool qu’on refuse un penalty, alors que Massimo Bonini avait les deux pieds décollés du sol en taclant Ronnie Whelan.

La remise de la Coupe d’Europe par Jacques Georges aux Bianconeri a lieu dans le vestiaire du club turinois. Une polémique naîtra du tour d’honneur effectué par la Vecchia Signora après cette victoire funeste. Mais selon l’attaquant Massimo Briaschi, ce tour d’honneur n’était pas vraiment spontané : C’est le président de la Fédération italienne, Federico Sordillo, qui nous a dit : « Mes garçons, prenez la coupe et allez la montrer à vos supporters. On gagnera ainsi du temps, ce qui permettra aux forces de l’ordre de faire évacuer les Anglais ».

Le tabou sera ensuite la position officielle de Michel Platini sur le sujet, lui qui sera invité par Gianluca Vialli et ses coéquipiers à soulever la deuxième C1 gagnée par le club piémontais, le 22 mai 1996 à Rome contre l’Ajax Amsterdam. Le triple Ballon d’Or était alors retraité, âgé de 40 ans et co-président du Comité d’organisation pour la Coupe du Monde 1998 en France ...

Le 14 décembre 1987 cependant, Platini donne à Libération une interview croisée avec l’écrivain Marguerite Duras, où le jeune retraité livre sa confession sur le Heysel : Ce jour là, je suis devenu un homme ! Disons que je suis passé d’un monde où le football était un jeu à un monde où le football est devenu une espèce de violence. C’est-à-dire que jusqu’à un certain moment, on a des jouets d’enfant. Et puis à un certain moment, on n’a plus de jouets d’enfant. Eh bien ce jour là, j’avais plus de jouets d’enfant. J’étais devenu un homme.

Il faudra toutefois attendre la tragédie de Hillsborough, en 1989 à Sheffield, pour voir la mise en place en Angleterre d'une politique cohérente relative à la sécurité et au confort des spectateurs.

En France, c'est le drame de Furiani en 1992 qui a conduit l'UEFA à préciser des obligations sur la configuration optimale des tribunes de stade, notamment pour ceux destinés à réception des rencontres professionnelles : Pour des matchs de niveau professionnel, les sites doivent être entièrement équipés de sièges (alors que des zones de places debout sont autorisées aux niveaux junior et amateur). Les sièges de fortune ou provisoires ne sont pas admis.

Les clubs anglais sont suspendus cinq ans de toute Coupe d’Europe par l’UEFA, Liverpool dix ans, la peine étant revue à six ans. Champion d’Angleterre en 1990, Liverpool ne représente donc pas Albion en Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1990-1991, pas plus que son dauphin Aston Villa. Il faudra attendre Arsenal (titré en 1991 outre-Manche) durant la saison 1991-1992. Liverpool, dauphin d’Arsenal en 1991, est donc qualifié pour la Coupe UEFA. Les Reds rejouent leur premier match européen post Heysel à Anfield, le 18 septembre 1991, contre les Finlandais de Kuusysi Lahti, pulvérisés 6-1 (quadruplé de Dean Saunders et doublé de Ray Houghton). Le parcours des Reds sera interrompu au printemps 1992 par le Genoa 1893, au stade des quarts de finale.

Comme en 1957 avec le traité de Rome, la Perfide Albion se retrouve doublement une île avec la sanction de l’UEFA tombée en 1985 à la façon d’une épée de Damoclès : cinq années de mise au ban, d’ostracisme pour avoir franchi le Rubicon à Rome et surtout à Bruxelles ... Everton, champion d’Angleterre et lauréat de la Coupe des Coupes en 1985, aurait pu gagner la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1986. Finaliste de la FA Cup 1995, le gardien gallois Neville Southall repensait avec nostalgie à cette Coupe aux Grandes Oreilles restée utopie pour les Toffees.

En 1986, au lieu de mettre le Vieux Continent à ses pieds, le club supporté par Paul McCartney dans son enfance avait dû regarder le rival local de Liverpool faire le doublé Championnat / FA Cup, et surtout sa vedette Gary Lineker partir en Catalogne chez le vice-champion d’Europe, le Barça ...

Meilleur buteur de la Coupe du Monde au Mexique devant Diego Maradona, Emilio Butragueno, Antonio Careca et consorts, l’attaquant des Three Lions lançait un exode massif vers le Vieux Continent. L’Angleterre avait déjà perdu les Beatles en 1970, les aventures de James Bond 007 étaient bien loin de leur climax atteint avec Sean Connery (1962-1965) par l’enchaînement Dr No / Bons Baisers de Russie / Goldfinger / Opération Tonnerre et maintenant voilà que le football de sa Majesté prenait l’eau de toutes parts.

L’année 1985 était de façon globale peu glorieuse pour le sport britannique : Nigel Mansell seulement 6e du championnat du monde de Formule 1 gagné par le Français Alain Prost (pour l’écurie anglo-allemande McLaren TAG Porsche), le coureur cycliste écossais Robert Millar battu par une coalition espagnole sur la route de Ségovie durant la Vuelta, le XV de la Rose seulement quatrième du Tournoi des Cinq Nations devant l’Ecosse qui avait récolté la cuillère de bois ... L’athlète de demi-fond Steve Cram était une des rares lueurs d’espoirs dans la grisaille : trois records du monde en trois semaines durant l’été 1985 : celui du 1500 mètres le 16 juillet 1985 à Nice, celui du mile le 27 juillet à Oslo au Bislett, celui du 2 000 mètres le 4 août à Budapest …

Même James Bond était proche du placard, Roger Moore endossant pour la septième fois son smoking d’agent 007 dans Dangereusement Vôtre, où il avait été ringardisé par l’acteur américain Christopher Walken, excellent dans le rôle de Max Zorin.

Albion avait cependant brillé sportivement le 15 mai 1985 par la victoire d’Everton au Kuip de Rotterdam face au Rapid de Vienne. Les Toffees avaient sorti le Bayern Munich en demi-finale. Le 13 juillet 1985, Wembley accueillait le Live Aid organisé par Bob Geldof, destiné à récolter des fonds pour l’Ethiopie dans la foulée du Band Aid de Noël 1984 : Do they know it’s Christmas ? De Queen à U2, de Paul McCartney à David Bowie en passant par Phil Collins ou Dire Straits, tous les plus grands noms de la musique britannique étaient venus chanter dans le stade londonien. Dire Straits, le groupe de Mark Knopfler avait sorti le 1er mai 1985 ce qui resterait le meilleur album studio de leur somptueuse carrière : Brothers in Arms, avec en figure de proue la mythique chanson Money for Nothing.

Mais entre début mai et mi-juillet, le pire était arrivé pour le Liverpool Football Club du côté de Bruxelles avec un paysage de désolation dans les tribunes du Heysel et l’apocalypse dans la capitale belge …

Au cimetière de la gloire, il n'y a pas de concession à perpétuité, disait le dramaturge et académicien Eugène Labiche. Rarement maxime fut aussi vraie, portée au rang de lemme, postulat ou axiome, après le champ de ruines qu’était le football anglais de clubs suite au Heysel … Faut-il y voir un hasard si les Three Lions furent humiliés par trois défaites à l’Euro 88 en Allemagne de l’Ouest, contre l’Irlande, les Pays-Bas puis l’Union Soviétique ?

Le déterminisme sera par contre total quand il s’agira pour les organisateurs du Mondiale italien en 1990, avec un certain Luca Cordero Di Montezemolo, de circonscrire d’éventuels hooligans en Sardaigne, où l’Angleterre affronterait l’Egypte mais aussi les Pays-Bas et l’Irlande au premier tour. Econduit par Johan Cruyff à Barcelone car ne faisant pas partie de ses plans, Gary Lineker a retrouvé une seconde jeunesse du côté de Tottenham ... La belle odyssée italienne des hommes de Bobby Robson (demi-finale après avoir éliminé les Diables Rouges belges puis les Lions Indomptables camerounais) allait accentuer l’exode vers la Série A de deux jeunes joueurs révélés par cette Coupe du Monde : David Platt et Paul Gascoigne.


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2 réactions à cet article    


  • Tall Tall 14 juin 17:40

    N’écoutant que leur courage qui ne leur disait rien, les flics belges se gardèrent d’intervenir. Ils n’ont même pas sorti leur flingue alors que des italiens mouraient, écrasés et étouffés devant leurs yeux. La légitime défense s’appliquait pourtant.


    • Axel_Borg Axel_Borg 15 juin 10:14

      @Tall,

      Il est certain que la police belge fut d’une rare médiocrité pour gérer cette finale, aussi bien dans le stade du Heysel que dans la ville de Bruxelles.

      Mais l’UEFA, qui ne pouvait pas ne pas savoir ce qui se tramait dans le football anglais et européen en terme d’hooliganisme, reste de loin la première responsable.

      Et dire qu’il a fallu attendre Furiani pour que la France prenne des mesures ...

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