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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais (...)

Du Heysel au Brexit, trois décennies de mutation du football anglais (Episode II - 1985/1989)

1985, au Heysel, le football anglais jusqu’alors hégémonique passe du Capitole à la Roche Tarpéienne. Le 1er juin 2019 à Madrid, la Perfide Albion va replacer deux clubs en finale de la prestigieuse des Coupes d’Europe, comme en 2008 à Moscou. Si elle a profité du trou d’air du Big Four continental (Real Madrid, FC Barcelone, Juventus Turin et Bayern Munich), la Premier League reste insolente de santé.

Episode II – L’exode des hirondelles vers le printemps méditerranéen et les racines du mal (1985-1989)

L’Exode … le terme désigne le deuxième livre de l’Ancien Testament avec la fuite du peuple juif d’Egypte vers la Terre Promise sous l’égide du prophète Moïse, mouvement immortalisé par Cecil B. De Mille dans les Dix Commandements (1956) avec l’inoubliable séparation de la Mer Rouge par Charlton Heston.

Dans l’Histoire du football, bien des mouvements de joueurs, des diasporas sportives, furent causés par des évènements dramatiques, qu’ils soient politiques, financiers ou liés au hooliganisme, voire la simple rançon du succès qui enclenche le phénomène de Tonneau des Danaïdes bien connu chez les clubs issus des ligues les plus riches, historiquement Espagne ou Italie avant que la Premier League ne leur tienne la dragée haute :

  • Insurrection de Budapest en 1956 pousse la majorité de l’Aranycsapat hongroise en Europe occidentale où les attendait leur ex-compatriote Laszlo Kubala, star du FC Barcelone : le Major Galopant et capitaine du onze d’or magyar, Ferenc Puskas, en 1958 au Real Madrid après une retraite prématurée dont il sortira pour épauler Kopa et Di Stefano, ses acolytes Zoltan Czibor et Sandor Kocsis au Barça …
  • Le succès de l’Ajax Amsterdam en Europe entre 1972 et 1973 pousse ses meilleurs joueurs à partir en Espagne : Johan Cruyff alias Money Wolf en 1973 au Barça, rejoint dès 1974 par son fidèle lieutenant Johan Neeskens en Catalogne, Johnny Rep en 1974 au FC Valence avant de venir jouer en France (Bastia puis Saint-Etienne) sans oublier Arie Haan transféré en 1975 à Anderlecht puis Ruud Krol en 1979 en partance vers Naples.
  • La vague de départs de grands joueurs vers la North American Soccer League entre 1973 et 1979 : Pelé, Johan Neeskens, Carlos Alberto et Franz Beckenbauer au Cosmos New York, Johan Cruyff et George Best aux Los Angeles Aztecs, Eusebio aux Bostons Minutemen, Bobby Moore au San Antonio Thunder, Gerd Müller et Gordon Banks au Fort Lauderdale Strikers, Robbie Rensenbrink aux Portland Timbers et Roberto Bettega aux Toronto Blizzards …
  • La victoire fulgurante de l’Etoile Rouge de Belgrade en 1991 va priver le club yougoslave de ses plus beaux joyaux : Robert Prosinecki transféré en 1991 au Real Madrid, Dejan Savicevic à l’AC Milan, rejoint un an plus tard dans la capitale lombarde par Darko Pancev sous le maillot de l’Inter. Plus globalement, le conflit dans les Balkans avait fait venir en Europe de l’Ouest toute une génération de joueurs privés d’Euro 92 par l’UEFA : Davor Suker au FC Séville, Zvonimir Boban à l’AC Milan, Alen Boksic à l’Olympique de Marseille, Robert Jarni, Srecko Katanec et Vladimir Jugovic à la Sampdoria Gênes, Aliosha Asanovic au FC Metz, Sinisa Mihajlovic à la Lazio Rome et enfin Dragan Pixie Stojkovic à l’Hellas Vérone après un passage raté du côté de l’OM …
  • La chute du bloc communiste entre 1989 et 1991 va faire émigrer une cohorte d’excellents joueurs d’Europe de l’Est vers les meilleurs championnats situés à l’Ouest du Vieux Continent : les Bulgares Hristo Stoïtchkov en 1990 au FC Barcelone et Emil Kostadinov en 1990 au FC Porto, le Tchèque Tomas Skuhravy en 1990 au Genoa 1893, les Roumains Gheorghe Hagi en 1990 au Real Madrid et Gheorghe Popescu en 1990 au PSV Eindhoven pour ne citer que les cas les plus célèbres et immédiats.
  • L’affaire OM-VA de 1993 va porter un coup fatal au club phocéen, déjà privé de Supercoupe d’Europe 1993 contre Parme et de seizième de finale de Ligue des Champions 1994 contre l’AEK Athènes par l’UEFA et de Coupe Intercontinentale 1993 face au Sao Paulo FC par la FIFA. Relégué en Deuxième Division par la DNCG à l’été 1994, le club dirigé par Bernard Tapie avait déjà dû laisser partir six joueurs en 1993 pour renflouer ses caisses : Pascal Olmeta, Manuel Amoros et Abedi Ayew Pelé vers l’Olympique Lyonnais, Alen Boksic à la Lazio Rome, Paulo Futre à la Reggina et Marcel Desailly à l’AC Milan, recrutant le jeune espoir brésilien Sonny Anderson da Silva auprès du Servette Genève. En 1994, la saignée est encore plus violente pour Marseille : Didier Deschamps s’en va à la Juventus Turin, Basile Boli aux Glasgow Rangers, Jocelyn Angloma au Torino, Eric Di Meco et Sonny Anderson à l’AS Monaco, Rui Barros au FC Porto, Rudi Völler au Bayer Leverkusen, Alain Boghossian à Naples, Dragan Stojkovic au Nagoya Grampus Eight, William Prunier et Daniel Dutuel aux Girondins de Bordeaux. Seul Fabien Barthez acceptera avec dignité le purgatoire de la D2 où il sera rejoint par Tony Cascarino en provenance de Chelsea.
  • Le grand retour au sommet de l’Ajax en 1995 via un titre retentissant en C1 contre le grand Milan de Capello va causer, avec la coïncidence temporelle de l’arrêt Bosman, une fuite des talents lancés au plus haut niveau par Louis van Gaal vers l’Italie et l’Espagne principalement dans la foulée du succès en 1992 en Coupe UEFA (qui avait causé le recrutement de Wim Jonk et Dennis Bergkamp en 1993 par l’Inter) : Clarence Seedorf en 1995 à la Sampdoria Gênes, Edgar Davids et Winston Bogarde en 1996 à l’AC Milan, Nwankwo Kanu en 1996 à l’Inter Milan, Michael Reiziger et Patrick Kluivert en 1997 à l’AC Milan, Marc Overmars en 1997 à Arsenal, Frank et Ronald de Boer en 1998 au FC Barcelone, Edwin van der Sar en 1999 à la Juventus Turin et enfin Jari Litmanen en 1999 au FC Barcelone.
  • Le scandale du Calciopoli de 2006 va laisser la Juventus exsangue du fait d’une relégation en Série B où l’attachement viscéral au maillot bianconero de Gigi Buffon, Alessandro Del Piero, Pavel Nedved, Mauro Camoranesi et David Trezeguet sera à signaler. Les autres cadres du vestiaire piémontais partent dès l’été 2006 pour l’Inter Milan (Zlatan Ibrahimovic et Patrick Vieira), le FC Barcelone (Lilian Thuram et Gianluca Zambrotta) ou encore le Real Madrid (Fabio Cannavaro et Emerson).

Logiquement, le Heysel ne fera donc pas exception pour le football anglais, et non seulement pour Liverpool Football Club.

Premier de cordée en 1986 parmi les hirondelles parties chercher le soleil vers le Sud, Gary Lineker est suivi par Mark Hughes, qui tourne le dos à Manchester United pour le même Barça. Un an plus tard en 1987, Ian Rush quitte Liverpool pour la Juventus Turin, orpheline de son triple Ballon d’Or Michel Platini. Avec Maradona, Platini, Zico, Socrates, les stars allemandes (Rummenigge, Mätthaus, Klinsmann, Völler, Brehme …) et néerlandaises (Van Basten, Gullit, Rijkaard), le Calcio était devenu le nouvel Eldorado des années 80.

Le buteur gallois, loin d’égaler le bilan de son aîné John Charles dans le Piémont, repartira tête basse à Anfield où il formera un formidable tandem avec le buteur irlandais John Aldridge en vue de la saison 1989. Devenu entraîneur-joueur de Liverpool en 1985, Kenny Dalglish saura convaincre Ian Rush que Liverpool était plus que son port d’attache, mais sa maison. Ayant voulu s’émanciper du cocon, Rush avait coupé le cordon ombilical avec la même violence que celle que fut le retour du boomerang. Ne succède pas à Michel Platini, nourri par les fées du destin au nectar et à l’ambroisie, qui veut sous le maillot bianconero … Il faudra attendre d’autres uomo squadras comme Roberto Baggio, Zinédine Zidane, Pavel Nedved, Andrea Pirlo puis Cristiano Ronaldo, tous nourris au lait du football latin, exception faite du marathonien tchèque Nedved, lequel avait cependant appris le Calcio entre 1996 et 2001 avec la Lazio Rome.

L’échec de Ian Rush avec la Vecchia Signora ne portera pas l’estocade à ce mouvement des hirondelles britanniques parties rechercher le printemps dans la péninsule : Glenn Hoddle signe en 1988 à l’AS Monaco en provenance de Tottenham, Chris Waddle rejoint l’Olympique de Marseille (qui n’avait pu faire venir El Pibe del Oro sur la Canebière) toujours en provenance des Spurs, David Platt quitte en 1991 Aston Villa pour Bari (avant de signer à la Juventus Turin puis à la Sampdoria Gênes), Paul Gascoigne rejoignant lui la Lazio Rome en tant que transfuge de Tottenham.

Jose Antonio Chamot comparera celui que tout le monde appelle Gazza à un certain Diego Maradona. Toutes proportions gardées, le passage de Gascoigne dans la Botte sera comparable à celui du Pibe del Oro : il y connaîtra son zénith puis la décadence personnelle …

Et si Diego Armando Maradona, pantin manipulé par la Camorra napolitaine et invité en 1991 par le baron colombien de la drogue Pablo Escobar dans sa propriété de Medellin, n’avait jamais touché un gramme de cocaïne, combien y aurait-il de Coupes du Monde et de Ballons d’Or, ou d’autres buts surréalistes comme ce slalom de martien en 1986 contre l’Angleterre, vengeant au passage la guerre des Malouines ? La réponse donne le vertige, tout comme ce dialogue ubuesque avec un autre génie ayant brûlé sa vie et sa carrière par les deux bouts, Paul Gascoigne, en 1992 lors d’un match amical Lazio Rome / FC Séville. Gazza raconte : J’avais bu trois bouteilles de champagne avant le match. Je me souviens avoir dribblé quatre ou cinq gars avant de marquer. A un moment, je croise Maradona et je lui lance : « Diego, je suis complètement déchiré. » Il me répond : « Paul, moi c’est pareil ».

Dans le temps, le voyage en Italie était un séjour initiatique pour se cultiver, voyage réalisé par Montaigne, Goethe, Schiller, Chateaubriand, Guy de Maupassant, Charles Dickens, Lord Byron, John Keats et bien entendu Stendhal, qui immortalisa le syndrome portant son nom à la vue des merveilles artistiques de Florence, capitale de la Renaissance.

La cité des Médicis, au même titre que Rome, Naples ou encore Venise, faisait partie des passages obligés de ce rituel qui connut son âge d’or au XVIIIe siècle … Le football des années 80 connut donc pareil engouement pour le championnat transalpin devenu l’épicentre du ballon rond en Europe …

Avant 1985, peu de Britanniques avaient tenté leur chance à l’étranger, tels John Charles à la Juventus Turin (1957), Denis Law au Torino (1961), George Best aux Los Angeles Aztecs (1974), Bobby Moore au San Antonio Thunder (1976), Gordon Banks aux Fort Lauderdale Strikers (1977), Kevin Keegan à Hambourg (1977), Mark Hateley au Milan AC (1982) puis à Monaco (1987) et aux Glasgow Rangers (1990), Graeme Souness à la Sampdoria Gênes (1984).

Après 1991, la Perfide Albion restera à nouveau une île pour ses locaux, avec de très rares exceptions : Paul Ince à l’Inter Milan (1995), John Collins à l’AS Monaco (1996), Steve McManaman au Real Madrid (1998), Owen Hargreaves au Bayern Munich (2001), David Beckham au Real Madrid (2003), au Milan AC (2009) puis au PSG (2013), Michael Owen au Real Madrid (2004), Jonathan Woodgate au Real Madrid (2005), Joe Cole à Lille (2011), Gareth Bale au Real Madrid (2013).

Pourquoi la Série A italienne ? Car le Calcio avait rouvert ses frontières en 1980, après une fermeture de quatorze ans ayant suivi la World Cup 1966 … en Angleterre, et un camouflet de la Squadra Azzurra face à la Corée du Nord.

L’humiliation suprême pour la Nazionale est atteint lors d’une défaite sans gloire face à l’invité surprise du tournoi, la Corée du Nord, vaincue 3-0 par l’Union Soviétique dans une sorte de derby communiste. Battus 1-0 à Middlesbrough, les Transalpins sont accueillis avec des tomates pourries et des œufs à l’aéroport de Gênes. L’évènement provoqua une émotion si vive que dans le langage courant, l’interjection Corea ! devint rapidement synonyme de désastre inattendu, de malchance, voire de catastrophe comme la terrible défaite militaire de Caporetto à l’automne 1917 face à l’Autriche-Hongrie. Le Parlement se saisit de l’affaire qui aboutit au renforcement de la fermeture des frontières du Calcio jusqu’en 1980. Mais surtout, une folle rumeur enfle, selon laquelle le sélectionneur asiatique aurait en fait changé ses onze joueurs à la mi-temps, alors même que les remplacements étaient encore interdits à cette époque ...

De 1955-1956 à 1965-1966, la Coupe d’Europe fut essentiellement latine, les Anglais n’ayant jamais atteint la finale de la prestigieuse C1 (demi-finales pour Manchester United en 1957 et 1958, pour Tottenham en 1962).

  • Espagne 13 Coupes d’Europe (6 C1 avec Real Madrid 1956, 1957, 1958, 1959, 1960 et 1966, 1 C2 avec Atletico Madrid 1962, 6 C3 avec FC Barcelone 1958, 1960, 1966, FC Valence 1962 et 1963, Real Saragosse 1964)
  • Italie 5 Coupes d’Europe (3 C1 avec AC Milan 1963, Inter Milan 1964 et 1965, 1 C1 avec Fiorentina 1961, 1 C3 avec AS Rome 1961)
  • Portugal 3 Coupes d’Europe (2 C1 avec Benfica Lisbonne 1961 et 1962, 1 C2 avec Sporting CP 1964)
  • Angleterre 2 Coupes d’Europe (2 C2 avec Tottenham Hotspur 1963, West Ham United 1965)
  • Allemagne de l’Ouest (RFA) 1 Coupe d’Europe (1 C2 avec Borussia Dortmund 1966)
  • Hongrie 1 Coupe d’Europe (1 C3 avec Ferencvaros 1965)

De 1966-1967 à la saison 1979-1980, soit pendant quatorze ans, l’Italie (tout comme les autres pays latins) fut largement dominée par ses voisins anglo-saxons dans les trois Coupes d’Europe

  • Angleterre 16 Coupes d’Europe (5 C1 avec Manchester United 1968, Liverpool 1977 et 1978, Nottingham Forest 1979 et 1980, 2 C2 avec Manchester City 1970, Chelsea 1971, 8 C3 avec Leeds United 1968 et 1971, Newcastle 1969, Arsenal 1970, Tottenham Hotspur 1972, Liverpool 1973 et 1976, 2 Supercoupes d’Europe Liverpool 1977, Nottingham Forest 1979)
  • Pays-Bas 8 Coupes d’Europe (4 C1 avec Feyenoord Rotterdam 1970, Ajax Amsterdam 1971, 1972 et 1973, 2 C3 avec Feyenoord Rotterdam 1974 et PSV Eindhoven 1978, 2 Supercoupes d’Europe avec Ajax Amsterdam 1972 et 1973)
  • Allemagne de l’Ouest (RFA) 8 Coupes d’Europe (3 C1 avec Bayern Munich 1974, 1975, 1976, 2 C2 avec Bayern Munich 1967 et Hambourg SV 1977, 3 C3 avec Borussia Mönchengladbach 1975, 1979, Einthracht Francfort 1980)
  • Belgique 4 Coupes d’Europe (2 C2 avec Anderlecht 1976 et 1978, 2 Supercoupes d’Europe avec Anderlecht 1976 et 1978)
  • Italie 4 Coupes d’Europe (1 C1 avec AC Milan 1969, 2 C2 avec AC Milan 1968 et 1973, 1 C3 avec Juventus Turin 1977)
  • Union Soviétique 2 Coupes d’Europe (1 C2 avec Dynamo Kiev 1975, 1 Supercoupe d’Europe avec Dynamo Kiev 1975)
  • Ecosse 2 Coupes d’Europe (1 C1 avec Celtic Glasgow 1967, 1 C2 avec Glasgow Rangers 1972)
  • Espagne 2 Coupes d’Europe (2 C2 avec FC Barcelone 1979 et FC Valence 1980)
  • Allemagne de l’Est (RFA) 1 Coupes d’Europe (1 C2 avec FC Magedbourg 1974)
  • Tchécoslovaquie 1 Coupe d’Europe (1 C2 avec Slovan Bratislava 1969)
  • Yougoslavie 1 Coupe d’Europe (1 C3 avec Dinamo Zagreb 1967)

Pendant les quatorze saisons suivant la fermeture des frontières italiennes (de 1980-1981 à 1993-1994), avant le bouleversement de l’arrêt Bosman (1995-1996), la Série A allait prendre sa revanche avec les plus grandes stars du monde entier … Malgré cinq années perdues via le Heysel, Albion se classait second.

  • Italie 17 Coupes d’Europe (4 C1 avec Juventus Turin 1985, AC Milan 1989, 1990 et 1994, 3 C2 avec Juventus Turin 1984, Sampdoria Gênes 1990 et Parme 1993, 5 C3 avec Naples 1989, Juventus Turin 1990 et 1993, Inter Milan 1991 et 1994, 5 Supercoupes d’Europe avec Juventus Turin 1984, AC Milan 1989, 1990 et 1994, Parme 1993)
  • Angleterre 9 Coupes d’Europe (3 C1 avec Liverpool 1981 et 1984, Aston Villa 1982, 2 C2 avec Everton 1985, Manchester United 1991 et Arsenal 1994, 2 C3 avec Ipswich Town 1981 et Tottenham Hotspur 1984, 2 Supercoupes d’Europe avec Aston Villa 1982 et Manchester United 1991)
  • Espagne 6 Coupes d’Europe (1 C1 avec FC Barcelone 1992, 2 C2 avec FC Barcelone 1982 et 1989, 2 C3 avec Real Madrid 1985 et 1986, 1 Supercoupe d’Europe avec FC Barcelone 1992)
  • Allemagne 3 Coupes d’Europe (1 C1 avec Hambourg SV 1983, 1 C2 avec Werder Brême 1992, 1 C3 avec Bayer Leverkusen 1983)
  • Belgique 3 Coupes d’Europe (1 C2 avec FC Malines 1988, 1 C3 avec Anderlecht 1983, 1 Supercoupe d’Europe avec FC Malines 1983)
  • Pays-Bas 3 Coupes d’Europe (1 C1 avec PSV Eindhoven 1988, 1 C2 avec Ajax Amsterdam 1987, 1 C3 avec Ajax Amsterdam 1992)
  • Ecosse 2 Coupes d’Europe (1 C2 avec Aberdeen 1983, 1 Supercoupe d’Europe avec Aberdeen 1983)
  • Portugal 2 Coupes d’Europe (1 C1 avec FC Porto 1987, 1 Supercoupe d’Europe avec FC Porto 1987)
  • Roumanie 2 Coupes d’Europe (1 C1 avec Steaua Bucarest 1986, 1 Supercoupe d’Europe avec Steaua Bucarest 1986)
  • Suède 2 Coupes d’Europe (2 C3 avec IFK Göteborg 1982 et 1987)
  • Union Soviétique 2 Coupes d’Europe (2 C2 avec Dinamo Tbilissi 1981 et Dynamo Kiev 1986)
  • France 1 Coupe d’Europe (1 C1 avec Olympique de Marseille 1993)

Le drame du Heysel était le résultat d’une année 1985 tout simplement désastreuse pour le football anglais. Pas le temps de souffler ! L'administration Thatcher venait de passer l’année 1984 à lutter contre les mineurs et à démanteler l'industrie du charbon. Mais ce combat presque gagné, et alors que la Grande-Bretagne basculait en 1985, le gouvernement de la Dame de Fer avait désormais dans son viseur l’une des institutions les mieux aimées et les plus établies du pays : le football.

L'histoire a montré que les cinq premiers mois de 1985 ont été parmi les plus misérables jamais vécus en Angleterre. Il a fallu une prise de conscience et des mesures radicales, après l'émeute de Luton Town, le feu de Valley Parade et le drame du Heysel, pour que le football anglais commence un long processus de guérison.

Avant cela, l’avenir même du foot anglais a été remis en question. L’establishment a vu le football comme un problème et ce jeu magnifique était sur le point de mesurer son impopularité parmi les décideurs du pays.

Deux Grande-Bretagne ont émergé dans les années 80, a écrit Andrew Marr dans son Histoire de la Grande-Bretagne Moderne. Les riches sont devenus plus riches et les 10% les plus pauvres du pays ont vu leurs revenus diminuer d'environ 17%. Beaucoup de gens ont sombré. La Grande-Bretagne était fière de n’avoir personne qui dormait dans la rue ou qui vivait de mendicité. Mais ce n’était plus le cas.

Le football n’échappait pas à la déprime. A la fin de la saison 1983-1984, la fréquentation moyenne dans les stades de Première Division était tombée à 18 834. Une baisse inquiétante de près de 8 000 personnes depuis le début de la décennie. Aston Villa, vainqueur de la Coupe d'Europe deux ans auparavant, n'accueillait que 21 371 personnes par match à Villa Park. Pendant que Wolverhampton se contentait d’une affluence de 12 478 au Molineux Stadium.

Alors que les stades se vidaient, les queues ont augmenté de façon exponentielle devant les organismes d’allocation. La faute à un taux de chômage de 12% en janvier 1985, dans un pays divisé comme rarement dans toute son histoire.

Bien évidemment, dans les championnats inférieurs, la situation était encore bien pire que dans l’élite. Des supporters contraints d’accepter des conditions dignes du siècle précédent. Sans parler du hooliganisme...

Nous avons tous été mis dans le même sac par les autorités, explique Paul Davison, un fan de Bradford City qui était présent à Valley Parade lors de l’incendie de mai 1985, en marge d’un match face à Lincoln City.

Il n'y avait pas d'argent dans le football et en tant que supporter visiteur, vous aviez un traitement encore pire. Des tribunes en ruine, des toilettes à l'extérieur avec un mur d'étain et une tranchée creusée dans le sol…

Bien que monopolisée par sa bataille face aux mineurs après avoir gagné la guerre des Malouines en 1982 face à la junte militaire argentine, Thatcher a toujours considéré que le hooliganisme était le pire des maux de la nation. A l’issue d’une saison 85 tumultueuse et finalement tragique, la Dame de Fer - deux mois après avoir regardé les mineurs reprendre le travail - a annoncé des changements importants dans le foot britannique.

Le gouvernement a estimé que quelque chose devait être fait, a déclaré Peter Garrett, co-fondateur de la Fédération des Supporters de Football (FSF). Et c'était le fan ordinaire qui allait payer les pots cassés. Il y avait tellement de projets, d'idées… Oui, il y avait des hooligans et oui, il y avait des problèmes. Mais beaucoup d’incidents reportés étaient plutôt des rituels que des vraies menaces. Pour un supporter lambda, il fallait vraiment manquer de chance pour être confronté à cela. Beaucoup de choses étaient de la mythologie.

Des événements, très réels ceux-là à Kenilworth Road lors d'un mercredi soir anodin, ont pourtant renforcé la volonté de Thatcher d’intervenir sur les libertés civiles.

Ce quart de finale de FA Cup entre Luton et Millwall a vu une arrivée massive de supporters visiteurs, approximativement deux fois plus que le nombre prévu dans leur tribune. Avec également la présence de fans de Chelsea et de West Ham venus en découdre, de graves incidents n’ont pas tardé à gâcher la fête (81 blessés, 31 arrestations).

Pour David Evans, président de Luton et proche de Thatcher, l’émeute qui s’est déclenchée sur la pelouse de son stade s'est avérée être une bénédiction. L’enceinte avait été partiellement détruite mais cela lui a offert l'occasion parfaite de se rapprocher de la Dame de Fer et de gagner ses faveurs, en proposant d'interdire les supporters visiteurs et d’imposer la présentation des cartes d'identité.

Nous sommes devenus des parias, a déclaré David Pleat, alors manager de Luton, à The Guardian lors du 30e anniversaire du conflit. David Evans était le jouet de Mme Thatcher. Il voulait un siège et un bon poste. Il n'y a pas eu de discussion, pas de débat…

Tout s’est passé comme Thatcher le voulait. Et Evans a eu son siège, étant élu en 1987 comme député de Welwyn Hatfield… Deux jours après les incidents de Kenilworth Road, Brentford a déclaré forfait avant son match contre Millwall, invoquant des craintes liées à la sécurité. Le ministre de l'intérieur, Leon Brittan, a alors parlé d’un emprisonnement à perpétuité pour les personnes reconnues coupables d'activités sérieuses liées au hooliganisme.

Les émeutes dans le football ne sont que des éclats de sauvagerie. Elles menacent l'avenir du football et salissent l’image de l’Angleterre à l'étranger, a-t-il déclaré.

En avril 1985, Thatcher a rencontré des officiels de la Fédération et de la League, dévoilant un plan de bataille en six points. Avec notamment l'introduction des cartes d'identité pour les supporters, de meilleures barrières et une télévision en circuit fermé. Ce n’était pas tant une série de propositions mais plutôt une liste de revendications pour les clubs de football qui, selon elle, n’en faisaient pas assez pour s'attaquer aux problèmes.

Les clubs avaient six semaines pour se mettre en conformité. Mais aucune des personnes assises autour de cette table de Downing Street n’aurait pu envisager la tempête qui allait se déchaîner les jours suivants.

Le 11 mai, le football anglais assiste à une catastrophe causée par la négligence et non le hooliganisme. Bradford dispute un dernier match dans son stade de Valley Parade, avant une reconstruction planifiée de la tribune principale, quand un terrible incendie ravage une partie de l'enceinte.

Les flammes tuent 56 fans, venus chanter et fêter la première montée du club en près d’un demi-siècle. La pire tragédie subie par le foot britannique depuis que 66 supporters avaient trouvé la mort à Ibrox en 1971. Elle laisse le pays en état de choc.

Le même jour, à St-Andrew, un mur s'effondre alors que des fans de Birmingham s’affrontent avec des supporters de Leeds, provoquant la mort de Ian Hambridge, une jeune de 15 ans. Il assistait à son premier match en compagnie de son père, qui avait jusque-là refusé de venir au stade en raison des violences et des mouvements de foule.

Ne s’exprimant jamais sur la décision de disputer une finale de Coupe d'Europe dans un stade en ruine et mal équipé pour un match de cette ampleur, Thatcher ne tarde pas à s’attaquer aux supporters de Liverpool.

La Dame de Fer évoque très vite la possibilité de retirer les clubs anglais des compétitions européennes. Une décision alimentée par des rumeurs selon lesquelles le drame du Heysel a été orchestré par des groupes d’extrême-gauche à travers le continent.

Les faits sont encore imprécis mais il est fondé de penser que l'agression, clairement organisée par des partisans présumés de Liverpool dans le stade du Heysel, avait un soutien financier et idéologique de groupes d’extrême-gauche en dehors de la Grande-Bretagne, a écrit David Miller dans The Times.

Avec ce genre de raisonnement paranoïaque dans les couloirs du pouvoir à Whitehall, il n'est pas étonnant qu'une nouvelle bataille ait été lancée entre le gouvernement et les fans de football. Face à une faible résistance (les conservateurs avaient près de deux fois plus de députés), Thatcher a saisi l'opportunité de remettre le sport à sa place, annonçant finalement une loi imposant aux supporters de présenter leur carte d'identité.

Elle n'avait pas été informée par quelqu'un qui savait ce qui se passait et ce qui s'était passé au Heysel, explique Garrett. Graham Kelly, alors secrétaire de la Ligue de football, a été révolté par cette idée que les clubs anglais devaient être interdits de compétition européenne. Car il savait ce qui allait se passer et que cela prendrait une éternité pour revenir. C'était catastrophique.

C'est en marge de cette décision que la Fédération des Supporters de Football (FSF) s’est formée. Destinée à fournir une plate-forme pour les fans opprimés mais aussi à s'opposer et mettre en évidence le traitement des supporters par une administration apparemment déterminée à les considérer comme la principale cause des maux du pays…

La FSF a également permis de proposer une opposition à Thatcher, ce qui manquait cruellement à Westminster, bien qu'il soit déjà trop tard pour réagir après la suspension auto-imposée des clubs anglais en Coupe d’Europe (décision rapidement confirmée par l'UEFA et maintenue jusqu'en 1990). Au point d’inciter les plus grands clubs anglais à se réunir et à entamer des discussions sur un nouveau championnat… Le Heysel a donné naissance à la Premier League. Une autre organisation née d'une tragédie, a écrit plus tard Rogan Taylor, premier président de la Fédération des Supporters de Football.

Bien que la Dame de Fer aurait été ravie de savoir que l'avenir du football impliquait non seulement une réduction significative du hooliganisme mais également une organisation extrêmement rentable utilisant les forces du marché pour exporter des clubs britanniques vers une audience mondiale, rien de tout cela n'était encore en marche quand elle se tenait debout à la porte du 10 Downing Street, deux jours après la catastrophe du Heysel.

Nous devons éradiquer le hooliganisme en Angleterre et peut-être que nous pourrons de nouveau retourner jouer à l'étranger, a-t-elle lancé sur son perron. En seulement 16 jours lors de ce mois de mai, 96 fans avaient perdu la vie en regardant un sport qu'ils avaient aimé, laissant le football anglais établir un triste record.

Le pire était à suivre mais quand la saison 1985-1986 a commencé, le combat de supporters a commencé. Les mineurs avaient peut-être été vaincus mais Thatcher était sur le point de réaliser qu’un ballon de football était encore plus difficile à fissurer que du charbon…


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1 réactions à cet article    


  • Axel_Borg Axel_Borg 21 juin 16:10

    La conclusion du drame du Heysel en revient à feu Pierre Desproges, mort en 1988 soit avant les répliques du séisme, le 15 avril 1989 à Hillsborough (Sheffield) et le 5 mai 1992 à Furiani (Bastia) : Je vous hais, footballeurs. Quelle brute glace, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, un certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?

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