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Patrick Adam 6 août 2006 09:21
Patrick Adam

@ Moi l’arabe l’algérien le musulman et le revendicatif/revanchard

Pourquoi cette obstination à tout mélanger. De deux choses l’une : ou bien c’est ainsi que vous procédez toujours dans la vie, ou bien vous prenez vos interlocuteurs pour des ignares.

Personne ne mélange les mots « islamiste, islamique, islamisant, pro-, pré, ....à tout va » ainsi que vous le dites. Bien au contraire. L’utilisation choisie de ces termes permet de faire la distinction entre ceux qui pratique leur religion à usage personnel et ceux qui veulent, par tous les moyens, en faire un levier de pouvoir.

Tout le monde fait la différence entre un musulman et un islamiste. Pas vous ?

J’ai longtemps vécu en Algérie et j’y ai rencontré de nombreuses femmes dans l’administration et ce à des postes importants. La même situation se retrouvait en Tunisie, et vous oubliez que c’est très certainement Bourguiba qui, dans le monde arabe, a fait le plus pour libérer les femmes. Il n’a d’ailleurs pas voulu libérer son peuple que de cela. Il a aussi tenu à libérer les consciences par rapport au poids de la religion, notamment en venant boire un verre d’eau à la télévision un jour de ramadan.

Mais vous parlez d’une époque révolue. Les islamistes qui ont cherché à prendre le pouvoir en Algérie n’avaient pas dans leur programme de libérer qui que ce soit, mais plut^to de faire rentrer les femmes à la maison pour assurer leur rôle de « femelles reproductrices ». Il s’avère que j’étais à Oued Souf, à une époque où l’on ne parlait pas encore du Savonarole algérien qu’a été le plus grand des faux-cul qu’a connu ce pays ces dernières années, Ali Beladj. Je logeais souvent dans un petit hôtel, à l’entrée de la ville sur la route de Tébessa. Cet hôtel vendait de la bière et, le soir, quelques Algériens venaient s’y approvisionner, puis ils partaient entre amis, passer une bonne soirée, au creux des dunes en entonnoir qui constituent une des plus belles palmeraies qu’il m’ait été donnée de voir dans le pays. C’était en 1989. Un soir Ali Belajd a mis le feu à cet établissement (ou il l’a fait mettre - car cet homme ne s’est jamais illustré par son courage personnel). J’ai trouvé le fils du patron de l’hôtel qui pleurait en silence. La suite des évènements parle d’elle-même. Les larmes ont fait déborder les oueds dans le pays.

Alors arrêtez de pensez que nous confondons ceux qui pratiquent une religion dans l’intimité de leur conscience avec des monstres qui ont mis le pays à feu et à sang au nom de l’islam. Nous ne sommes pas des veaux ni des moutons.

Autre point que je voudrais soulever. Vous dites « Vous avec colonisé tout le Maghreb et qu’en avez vous rapporté à part le mot toubib, merguez et couscous, RIEN ! » On pourrait inverser le théorème et demander au Maghrébins ce qu’ils ont gagné à cette colonisation. J’en connais beaucoup qui auraient l’honnêteté de reconnaître qu’elle a, dans bien des cas, permis à ces pays de faire un saut dans la modernité. Songez que quand la France a imposé au Maroc un protectorat conjoint avec l’Espagne, ce pays comptait 3 millions d’habitants et qu’il en compte aujourd’hui plus de trente millions. Mêmes statistiques en ce qui concerne l’Algérie. Qu’est-ce qui empêchait ces pays de se développer sinon d’incessants conflits, une mortalité infantile effrayante, et le peu de respect en général qu’on accordait alors à la vie.

Je vous recommande la lecture d’un ouvrage écrit par un diplomate français en poste à Alger en 1724. L’auteur, Laugier de Tassy, fait une description des plus intéressantes et sans parti pris de ce qui n’était encore que des « principautés » gouvernées par des soldats Turcs et qui, plus tard, sous la domination française, allait devenir l’Algérie que nous connaissons tous. Je sais, vous allez dire que le témoignage d’un Français est de peu de valeur. Alors, en parallèle, je vous recommande celui d’un ministre marocain envoyé en mission en Europe pour étudier le moteur de développement de celle-ci, au moment où de nombreux intellectuels maghrébins ainsi que des hommes d’Etat éclairés, réalisaient l’écart abyssal qui, au plan politique, économique et culturel, séparait les deux rives de la Méditerranée. Cet ouvrage s’intitule « Voyage d’Europe - Le périple d’un réformiste ». Son auteur, Muhammad Ibn Al Hassan Al-Hajwi est l’un des intellectuels marocains les plus considérables de la première moitié du XXIème siècle. Il a notamment publié à Médine un ouvrage brossant parait-il (je ne l’ai pas lu car à ma connaissance, il n’existe pas de traduction en français) un remarquable tableau de la pensée juridique maghrébine sous le titre « Al-fikr al-sämi fi târikh al-fiqh al-islâm ».

Quant à ce que vous appelez une « bêtise administrative » dans voter largesse d’esprit, permettez à certains démocrates (je n’aime pas le mot) ou à certains républicains (je préfère) de ne pas apprécier ce genre de « bêtise » et d’y voir, effectivement une manifestation d’apartheid culturel qui gagne peu à peu l’Occident confronté non à des musulmans (il y en a sur notre sol depuis belle lurette) mais à des intégristes qui cherchent à gagner du terrain dans les consciences en se faisant remarquer sur le terrain (voile à l’école - revendication concernant la nourriture - salles de prières sur les lieux de travail, etc... etc... ) Dernière nouveauté des « penseurs » éclairés de l’islam : interdire par une fatwa une crème pour la peau qui contiendrait une substance extraite du porc...

Dernier point : la laïcité permet de respecter chacun dans la foi, comme vous nous le recommandez gentiment. En est-il de même en Kabylie, où, paraît-il pas mal de vos concitoyens (mais le mot n’est pas approprié puisque vous vivez dans la France profonde) se convertissent au christianisme, qui sait, peut-être en souvenir de leurs aïeux qui pratiquaient cette religion ainsi que la religion juive avant que des conquérants arabes viennent leur imposer par la force un nouveau culte et de nouvelles règles de vie ?

J’attends avec impatience le jour où, en Algérie, quelqu’un aura le courage d’élever une statue à Koseïla qui, du côté de Biskra, mit fin au périple du grand conquérant de l’islam Oqba ben Nafi, ou bien à La Kahenna, cette « reine » des Aurès qui lutta avec acharnement contre les troupes de Hassan ben Noman, fortes de 40 000 hommes, envoyées par le calife de Damas (via Kairouan) pour en finir avec la résistance berbère qui ne s’éteignit vraiment que des siècles plus tard.

Patrick Adam



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