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Absurde 11 novembre 2008 15:04
Absurde

La simplicité volontaire, ça me fait penser au volontariat concernant le travail du dimanche et la retraite à 70 balais. Je les imagine déjà, ces braves ascètes-écolos-bénévoles-z’humanistes-néobabas-volontaires qui se referont gentiment le néolithique sous l’oeil goguenard de tout ceux qui n’auront voulu renoncer à rien de ce à quoi nous sommes tous en droit de prétendre, même sans avoir la possibilité d’y atteindre, parce que la solution ne se tient pas dans le renoncement, que le renoncement est une abdication, parce que brandir la question du bonheur, de l’âge présumé du bonheur et du pourquoi du bonheur à tel âge plutôt qu’à tel autre n’a d’autre intérêt que noyer le poisson, du moins pour ceux qui ont tout intérêt à ce qu’il se noie. 

Cela dit, pourquoi pas ? On ne demande qu’à croire en vos postulats mais perso, comme j’ai l’esprit peu imaginatif, j’ai besoin qu’on me démontre par l’exemple. Réduire sa dépendance à l’argent. On va squatter ? Se chauffer au bois qu’on aura coupé à la scie et transporté jusqu’au squatt avec une charrette ? On va faire pousser nos pommes de terre ? Chasser le sanglier au javelot ? 

La dépendance à la vitesse, ensuite. Je connais pas mal de précurseurs : les pauvres et les petits vieux qui sont obligés d’aller à pied ou de se taper les transports en commun. J’en connais même qui ne sortent plus très souvent de chez eux, soit qu’il n’ont pas où aller en dehors des commissions, soit qu’ils sont fatigués, déprimés, qu’ils ont froid ou plus envie de voir des gens. D’autres font du vélo, pas toujours par choix. Si vous leur posez la question, ils vous répondront qu’ils préfèreraient se déplacer en bagnole. Mais ils sont fauches, là est leur principal problème. Ne rien avoir donne envie d’avoir tout, et non encore moins. Cioran l’avait déjà remarqué, lui qui s’intéressait aux bouddhistes et à leur comédie du détachement des biens matériels (voir Richard Gere et le somptueux décorum des ashrams). 

Libérer du temps pour la communauté... c’est à dire faire encore plus le bénévole, autrement dit faire à quelques-uns le sale boulot de gestion de la misère dont l’Etat s’est désengagé ? Piquer le travail des intermittents du Spectacle en allant faire le guignol pour distraire les petits vieux des hospices ? Risquer sa santé à nettoyer les décharges sauvages pour éviter aux z’élus locaux de créer des emplois dans ce sens ? Militer pour les dix milliards de causes perdues qui n’intéressent que les principaux concernés et ne concernent tous les autres que dans la mesure où il ne leur en coûtera que leur nom en bas d’une pétition promise à la corbeille à papier ? 

Je comprends les gens obsédés par l’avoir. l’achat, la possession, l’accumulation, et qui se sont laissés vendre comptant la mytho du "travailler + pour gagner +". Car c’est avec + que l’on vit mieux... le temps de faire le tour du mieux en question. Ensuite il faudra trouver autre chose, mieux que mieux. C’est tout bêtement humain et c’est pour ça que je ne crois pas à votre thèse. On ne va pas se refaire les communautés hippies qui ont toutes échoué. On ne va pas la jouer "Lost" avec les moyens du bord. On ne va pas dépoussiérer le New Age ni réinventer la solidarité à quoi même les cathos ont renoncé (du moins sous nos latitudes pas encore assez sinistrées), et je ne parle même pas des cocos ! On ne sait peut-être pas où on va, mais tâchons d’aller de l’avant. La régression volontaire, le "repli sur les valeurs de la simplicité", non, très peu pour moi, j’ai donné, j’ai testé, j’ai vécu dix ans dans la cambrousse à essayer de me faire croire que je pouvais vivre comme ça, résultat je suis revenu vivre en ville et je suis super-content de n’avoir plus à parcourir cent kilomètres aller-retour pour pouvoir m’acheter un bouquin, une cartouche d’imprimante ou une paire de bonnes chaussures. Mieux encore, j’ai connu par le passé un ermite, un vrai de vrai, un religieux qui habitait un hameau à la montagne où il gagnait sa vie comme cantonnier. Il a tenu dix ans au bout desquels il a rendu sa robe et viré sa 4L pourri pour embrasser une carrière de fonctionnaire avec femme, appart et crédits. 

Bon j’arrête là, il y aurait trop à dire et je ne voudrais pas avoir l’air de monopoliser. 
Juste un truc, encore : le bonheur, je crois qu’il a un peu le joli cul de la femme du voisin... C’est pour ça qu’on n’est pas rendus. 



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