Votre article est intéressant et fait réfléchir.
Quand vous dites, "Ma thèse, volontairement simplificatrice, est la suivante.
Alors que les Romains se battaient pour Rome, les Gaulois d’Alésia se
sont battus pour une certaine idée de la liberté.« , je ne pense pas que vous simplifiez à outrance.
Le thème d’une Rome qui serait quelque part antinomique avec l’idée de liberté revient souvent dans l’historiographie, même si c’est souvent pour parler de la période ultérieure de l’Antiquité Tardive. Il y a eu ainsi un numéro du magasine l’Histoire, il y a plusieurs mois, consacré aux Barbares et Rome. Il y avait une page avec deux points de vue opposés. Paul Veyne restait lui dans l’idée d’un 5ème siècle catastrophique, alors que le deuxième point de vue, par un historien étranger dont j’ai oublié le nom, expliquait que les Barbares avaient apporté l’idée de liberté.
J’étayerai cette idée en m’appuyant sur l’ouvrage d’Henri Irénée Marrou, »Décadence romaine ou Antiquité Tardive ?« . Dans un chapitre intitulé »En Occident, l’Empire ou la liberté ?« , l’auteur explique que si l’Orient a accepté de se plier à la tyrannie fiscale et bureaucratique de l’état de l’Empire tardif, il y eut, je cite, »une résistance profonde, en quelque sorte viscérale", qui a fait que le prix à payer fut perçu comme trop élevé. Marrou donne en exemple la révolte des Bagaudes de 285-86 en Gaule et ses équivalents en 408, 414 et dans les années 440, dirigées contre l’aristocratie et les représentants du pouvoir étatique.
Sans généraliser à outrance, on pourrait subodorer que quelque chose dans les structures sociales et les mentalités des peuples occidentaux (que l’on pense par exemple aux assemblées des hommes libres chez les Vikings ou les Germains), donnait une liberté individuelle qui présentait des incompatibilités avec un état comme celui de Rome.