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#90 des Tendances

Une guerre menée pour engendrer une défaite magistrale tendant à faire exploser les profits au détriment de la survie du pays (123)

Pour honorer son alliance avec la Pologne, le 3 septembre 1939 à 17 heures, la France déclare la guerre à l'Allemagne nazie…

Vers la fin du mois d’octobre, une nouvelle rubrique apparaît dans le journal L’Époque. Elle est agrémentée d’un titre qui paraît évoquer une certaine prise de distance : « Commentaires aux communiqués  ». Elle se préoccupe de stratégie militaire. Elle est signée des seules initiales : A. P. Impossible de ne pas l’attribuer à André Pironneau… qui aura choisi de s’exprimer de façon aussi discrète que possible, sans se dissimuler, toutefois, complètement… À la date du 18 novembre 1939, on y trouve plus particulièrement ceci…
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k68208681/f1.item.zoom

« Toujours la même situation sur les frontières hollandaise et belge. De la mer du Nord à la Suisse, des millions d’hommes sont immobiles sous les armes. De cette immobilité les Allemands sortiront-ils et quand ? Ne risquons plus aucun pronostic. Attendons.
Attendre : telle est la position que, pour le moment, le Haut Commandement français, d’accord avec le gouvernement, a adopté. Et il a bien fait, car attendre, c’est nous permettre de devenir chaque jour plus forts, plus prêts. Attendre, c’est employer le temps à fabriquer : des chars d’abord, beaucoup de chars, des avions, beaucoup d’avions, des canons, des munitions. Car il ne faut plus lâcher l’Allemand, il faut en finir et en finir aux moindres frais en hommes. Or, fabriquer, c’est se garantir. Le travail à l’usine sauve des vies humaines sur le front.  »

Certainement, la mise au pas du travail, au nom d’une urgence aussi terrible que la guerre, offrait la perspective, pour les industriels de l’armement, de tirer un maximum de profits du matériel nécessaire à l’armée française… qui n’en a pas moins été dépouillée d’une partie très importante de ses moyens de combattre, par son propre état-major, et cela, au moment le plus crucial...

C’est ce que nous avons la surprise de découvrir grâce aux éléments réunis par le colonel Pierre Lyet dans un article rédigé en 1961 pour la Revue historique des Armées, sous le titre : Témoignages et documents 1939-1940, repris récemment par le site Persée...
https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1961_num_17_1_6373

Nous y trouvons la rubrique suivante : Cessions de matériels à l’étranger. Elle s’ouvre sur cette constatation qu’en présence d’une pénurie de matériels modernes, il aura fallu recourir à certains « vestiges » de la précédente guerre :
« Le 15 mai 1940 un bataillon de chars légers Renault F.T., de même modèle que ceux qui étaient en service en 1918 à la fin de la Première Guerre mondiale, contre-attaquait héroïquement les blindés allemands vers Vendresse dans la brèche qui venait de s’ouvrir à la charnière de notre dispositif entre la IXe et la IIe armée… Il était, cela va de soi, anéanti, balayé par les engins modernes de l’ennemi. Ce n’était pas le seul survivant de ces dix bataillons de même type existant encore à la mobilisation de 1939. Sept autres se trouvaient aux armées et il serait pénible d’insister sur la fin, souvent glorieuse, de ces pauvres unités encore armées d’un matériel vieux de vingt ans, archi-périmé et surclassé par les chars de construction récente… Il avait été bien prévu, avant même le début de la guerre, que ces formations seraient modernisées grâce au remplacement des modèles archaïques par des chars Renault 1935 (R 35), mais rien n’avait été fait.  » (page 88 du document papier)

Ou bien, ce qui « avait été fait  » ne pourra pas manquer de nous surprendre...
« Nombreux étaient cependant les chars modernes sortis de fabrication, et réceptionnés, mais ils avaient été en grande partie livrés à des pays étrangers.  » (Idem, page 88)

Imperturbablement, le colonel Lyet poursuit son propos plutôt décapant :
« Certes, le 12 mai, quarante-huit heures après le déclenchement de l’attaque allemande, le général Gamelin avait signé une lettre au ministre de la Défense Nationale et de la Guerre, attirant l’attention sur la nécessité de suspendre ces cessions de matériels de tout ordre « jusqu’à ce que la situation militaire soit suffisamment éclaircie sur le théâtre d’opérations du Nord et du Nord-Est  » ; le déroulement des opérations engagées « pouvant nous amener à faire appel à la totalité de nos ressources d’armement.  » Mais le mal était fait : depuis août 1939 jusqu’à mai 1940, 230 chars modernes R 35 avaient pris le chemin de pays étrangers…  » (Idem, page 88)

D’où venait donc cette très étrange décision de dépouiller l’armée française de ce qui devait servir à rien moins qu’à… sauver la France ? En tout cas, certains responsables s’en seront vivement émus...
« Dès septembre 1939, la Direction de l’Infanterie avait cependant tiré la sonnette d’alarme. Le général Stehlé, directeur, faisait remarquer que l’envoi d’une centaine de chars hors de France, déjà effectué, mettait en péril la reconstitution éventuelle des 17 bataillons de chars R 35 existant aux armées, par suite d’un « volant » insuffisant tombé pour l’ensemble de l’armée à 29 chars. En somme, pour les 745 R 35 composant les 17 bataillons, il manquait 190 chars constituant le volant prévu.  » (Idem, page 88)

Entrons, dans quelques détails de la « redistribution »...
« En fait, 5 bataillons de chars R 35 et non 3 ou 4 comme l’a indiqué le général Gamelin furent livrés : 1 à la Pologne (août 1939), 1 à la Roumanie (10 août-30 septembre 1939), 2 à la Turquie (janvier-avril 1940), 1 à la Yougoslavie (mars 1940), soit au total 230 chars R 35 complets. » (pages 89-90)

Si, maintenant, nous nous tournons vers le Rapport fait au nom de la Commission chargée d’enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, nous découvrons bientôt une...
« Note de l'État-Major de l'armée pour le Secrétariat général de la Défense nationale (25 juillet 1939) - Programme d'Armement  » (page 197)
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6531459j/f207.item.texteImage.zoom

Nous y apprenons, tout d’abord, ceci...
« Au cours de la réunion tenue le 24 juillet au Secrétariat général, il a été indiqué : 1° Que les crédits du programme d'armement en préparation ne sauraient s'élever au volume estimé nécessaire par l'État-Major de l'armée. 2° Que des mesures de restriction de la production pourraient intervenir en vue de freiner en conséquence le régime actuel des fabrications d'armement. » (page 197)

D’où il résulte que les fabricants, dûment émoustillés par les nouvelles conditions de travail impulsées à partir de la mise en œuvre des pouvoirs spéciaux, se sont d’abord outillés jusqu’à pouvoir réaliser les désirs de l’État-Major de l'armée… et ceci, pour des sommes que le budget mis en œuvre ne permettait pas d’atteindre…

Les militaires auront alors pris le mors-aux-dents, et voici à quoi nous aboutissons...
« En ce qui concerne la réduction éventuelle de la production industrielle, l'État-Major de l'armée ne peut souscrire à l'opinion qui a été émise : a) Il serait fâcheux que les fabrications, montées ou en train d'être montées sur un grand pied et à grand frais, soient freinées dans leur rendement, alors que quatre années du régime actuel sont encore nécessaires pour doter nos forces mobilisées ; b) Il serait inopportun de ralentir la marche de nos usines d'armement et, par suite, le démarrage des fabrications de guerre au moment où de nombreux indices annoncent l'imminence d'une nouvelle tension. Comment admettre et faire admettre qu'une classe supplémentaire soit maintenue sous les drapeaux alors que, dans le domaine des matériels, l'effort national subirait un coup de frein ? c) Même si les besoins de notre armée mobilisée ne justifiaient pas le maintien du rythme de nos fabrications, les demandes des Gouvernements étrangers ouvriraient à celles-ci les débouchés les plus larges. » (pages 197-198)

En ce qui concerne les chars, voici les firmes et les modèles concernés : chars légers Renault Z.M. (R 35), chars légers Hotchkiss, chars moyens Renault D 2…

Quant aux destinataires, c’est le colonel Lyet qui nous en fournit la liste et qui souligne l’hémorragie :
« En fait, 5 bataillons de chars R 35 et non 3 ou 4 comme l’a indiqué le général Gamelin furent livrés : 1 à la Pologne (août 1939), 1 à la Roumanie (10 août-30 septembre 1939), 2 à la Turquie (janvier-avril 1940), 1 à la Yougoslavie (mars 1940), soit au total 230 chars R 35 complets. » (op. cit., pages 89-90)

En route pour une catastrophe bien préparée ?…

Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/

Michel J. et Christine CUNY


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1 réactions à cet article    


  • sylvain sylvain 5 octobre 20:17

    bismarck deja avait dit que les liberaux francais etaient ses meilleurs allies

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