Depuis que j’ai fait des études, tout le monde, absolument tout le monde, m’explique que la clé du progrès, c’est l’innovation. A entendre ces augures, on ne fait jamais assez de recherche, jamais assez d’innovation. On est dans la merde ? Pas de problème, on va innover ! On plafonne un peu ? la solution s’impose : innover ! On étouffe sous le chômage ? La réponse est évidente : pas assez d’innovation !
Or, la réalité est tout autre. Voyez :
Pratiquement (1), comment innove-t-on ? En injectant massivement du fric et du temps dans la recherche. En attendant la Grande Innovation, on passe beaucoup de temps et d’énergie à faire des améliorations minimes, qui font que le produit est mieux, mais vendable,et à quel prix ? ça c’est une autre histoire. Comme tout le monde est exsangue, passer du temps et injecter du fric, c’est juste. Le Grand Emprunt Dédié à l’Innovation, c’est comme dire à quelqu’un qui crève de soif dans le désert : « attends, je vais t’apprendre à inventer toi-même le puits du XXIIe siècle, celui qui marchera à la fusion froide ».
Pratiquement (2), qui fait du chiffre ? La Chine et ses saloperies en plastique. Comme innovation, on fait mieux. Qui a eu le prix de l’innovation en France l’an dernier ? Poweo, la boîte qui va nous faire des centrales thermiques, retour aux années 50. Qui gagne encore plein de sous ? Les pays pétroliers, profitant d’une rente de situation. D’ailleurs, les USA n’ont pas envahi un pays plein de brevets innovants, il sont envahi l’Irak (pour le pétrole) et l’Afghanistan (pour l’oléoduc).
Pratiquement, (3), que produisent les laboratoires de recherche ? TRES PEU D’INNOVANT ! Des médicaments clonés à vendre d’urgence, sous peine de perdre du fric (voir les vaccins grippaux, l’innovation au degré zéro, ne parlons même pas de la sécurité). Des fers à repasser performants. Des autos qui consomment (un peu) moins. Citez-moi UNE invention récente innovante, et qui en plus va changer notre vie ? Aucune, sauf à la rigueur Internet, qui propose un autre mode de communication (mais vraiement, à la rigueur).
DONC, toute cette histoire d’innovation, c’est du PIPEAU pour faire croire qu’on s’occupe des choses. Les entreprises crèvent du manque de commandes, licencient à tour de bras parce que personne n’achète leurs prouits, il y a le feu à la maison, et nous, on met du fric d’urgence (et à crédit) dans la recherche de la fusion froide ou l’excellence des facs. C’est bien, mais ce n’est pas la vraie question.
En gros, on crait résoudre les problèmes de court terme avec des solutions de long terme, prestigieuses dans les salons parisiens, et pas très adaptées.
Alors, en attendant les résultats, c’est-à-dire en attendant le retour à l’excellence des universités, la fusion froide et les nouvelles perspectives ouvertes par le théorème de Hillbert, le chef d’entreprise, il fait quoi ? Le chômeur, il fait quoi ?
Et ben il crève.