« »« »« » Mais que c’est beau un chœur. Que c’est beau des gens ensemble avec des voix différentes mais harmonisées.
Je pense aussi à cette fameuse idée : Faut-il que l’Etat se mêle de tout ? Il n’y a pas de grande harmonie sans chef d’orchestre. Si chacun part dans son coin avec son violon et son piano, si chacun joue sa partition, quand pourrons-nous entendre cette musique à l’unisson qui invente la beauté et l’offre à tous ? « »« »« »«
Bonjour chère Ariane,
Votre sujet m’invite à un surf sur quelques idées vagues
Oui un choeur, une messe, ça dégage une valeur qu’un individu seul ne dégage pas.
De là, l’homme plussiste se demande si un choeur géant, une messe géante ne produirait pas un effet encore plus riche, plus flamboyant. Et il se met à concevoir des systèmes géants.
C’était une belle chose que la réalisation d’une chaîne de confiance entre 2 ou 3 financiers du temps des premiers voiliers. On empruntait ici, on remboursait là-bas. Mais alors que cette petite chaîne de confiance avait quelque chose de réjouissant pour tous, l’usine à gaz qu’est devenue la finance aujourd’hui n’est plus qu’un monstre profitable pour quelques uns et déprimant pour la grande majorité.
Pouvoir, en live ou en différé, voir un spectacle vivant qui se tient ou s’est tenu hors de notre vue directe, n’est possible que grâce à une usine à gaz technologique.
Elle semble apporter un plus. C’est par exemple ce qui permettrait à un Himba
de découvrir ce qui se passe dans nos théâtres. C’est aussi ce qui nous permet à nous, de voir un peu comment vivent les Massaïs et les Korowaïs. En l’espèce, ça nous permet d’ici de voir le meilleur du Met. Le meilleur.
Plus d’information, plus de connaissance, plus de culture, plus d’ouverture, bla bli bla blo... des merveilles que tous ces plus avons-nous dit et répété, en particulier quand il s’agissait d’aller civiliser le monde.
Ce spectacle que permet l’usine à gaz cinématographique, nécessite de la part des spectateurs, un travail de transposition et même de transfiguration. On voit ce que l’on est, on voit ce qu’on a envie de voir et comme on est bon public, devant un film, on s’efforce de transposer, transfigurer pour avoir l’impression d’y être, d’être devant du vrai alors qu’on n’est que devant une image. »Ceci n’est pas une pipe" rappelait Magritte.
Mais au cinéma, malgré cette transfiguration in petto, on n’y est pas. On ne peut pas applaudir sinon à l’adresse de l’acteur projeté dans notre petite salle de ciné intérieure. On n’applaudit donc qu’à ses projections, quà ses fantasmes, qu’à soi-même.
Et pendant ce temps qu’on est là à se faire des films devant un écran, on n’est pas devant de vrais acteurs ou de vraies personnes en chair et en os qui ont besoin de notre présence physique bien réelle. Dans certains cas extrêmes, assister en live au spectacle d’un acteur révolté ou dissident, constitue un acte militant et peut lui sauver la vie (là je pense au militantisme d’Ariane Mnouchkine qui permet à des comédiens Afghans de ne pas être broyés)
Les banquiers non plus ne voient pas en ces endettés qui pendouillent au bout de leurs ficelles, des personnes en chair et en os. Eux aussi transfigurent et ne voient de leurs clients pendus que ce qu’ils veulent voir.
La vraie vie avec une vraie personne impose d’accepter et la beauté de ses iris et l’odeur de sa sueur, de ses pets. Automatiquement, pensant bien faire, au fil des millénaires, nous avons cherché à éliminer la sueur, la merde et les furoncles pour ne garder que la grâce, le sent bon et les caresses. Ce principe du tri sélectif, induit des pensées sélectives et on acquiert des automatismes sélectifs.
On trie sans y penser.
On ne voit de la vache que son fromage et son rumsteak ; on ne voit de la poule que son oeuf et sa cuisse ; on ne voit du pétrole que ce qui nous permet de nous déplacer.
On ne voit de l’actrice que ce qui nous est supportable et c’est bien plus facile à opérer au cinéma qu’au théâtre, plus facile au théâtre qu’à la maison. Un banquier, un grand patron ne voit des consommateurs, de ses employés, que ce qui lui est supportable et c’est bien plus facile à faire quand il ne les voit pas en chair et en os, quand il ne les voit plus qu’à travers une grosse tuyauterie.
A force de trier sans y penser, on n’accepte plus personne en son entier. On veut le parfait de A + le parfait de B + le parfait de C.
A la moindre imperfection on est sifflé, hué, jeté aux chiens (ça vaut pour Alagna comme pour Guerlain). On est si nombreux, un de jeté, dix de retrouvés.
Mort au triste
Vive le triisme et le jetage.
On se fait des idéaux composites en recourant à des machines et machinations (concrètes ou abstraites) de plus en plus labyrinthiques. Et, selon cette logique, une jeune personne offre tout de même une meilleure base qu’une vieille pour y projeter nos idéaux issus de triisme.
Récemment, une équipe de yourteurs était venue nous parler de ce mode d’habitat. Ils nous semblent marginaux, ils nous semblent rétifs au progrès. Je pense qu’ils sont surtout moins trieurs, moins sélectifs, moins perfectionnistes, plus récupérateurs. Moins idéalistes, acceptant leur fragilité, ils ne rejettent rien ni personne. Ils n’applaudissent ni ne sifflent.
Comment ne pas voir dans la standing ovation, son revers, le lynchage ?
La sélection naturelle se réalise très progressivement et sur des milliers d’années sans que jamais un individu ne se sente rejeté.
La sélection idéaliste, née de la perversion intellectuelle, exige une perfection immédiate, hors réalités ou contraintes naturelles. Follement sélective, elle élimine quasiment tout le monde. Il devient alors extrêmement difficile d’être accepté en son entier dans la réalité.
En revanche, dans la fiction du cinéma, du théâtre, de la politique, c’est possible puisqu’on choisit son moment, son éclairage, son décor, son rôle. Tout est sous contrôle, au pet, à la chute d’un décor et au trou de mémoire près. C’est donc surtout par ce biais de la mise en scène, du contexte contrôlé qu’on va chercher à exister. Notre monde civilisé est devenu une grande Machinerie théâtrale où ne vaut que le spectaculaire, où chacun cherche à devenir acteur d’un rôle fantasmatique faute de pouvoir être apprécié en son entier vrai, banal et parfois triste.
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