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Renaud Bouchard 25 mars 2017 10:28
Renaud Bouchard

@Pierre JC Allard
Bonjour Pierre et merci pour votre commentaire.
Trancher le noeud gordien est effectivement la meilleure solution.Vient un moment où le coup d’Etat - bien qu’illégal et anticonstitutionnel - constitue l’ultime recours pour mettre un terme à des situations irrémédiablement bloquées soit par une sitauation qui a dégénéré soit par une classe politique qui « sabote » l’alternance démocratique. Tout dépend de savoir si la société est « mûre » pour cette solution effectivement tranchée...

1er juin 1958 Le « Coup d’Etat démocratique » du général de Gaulle réussit puis installe la 5ème République lundi 20 mars 2017.
 

Rappelons les faits. Le 13 mai 1958 ont lieu à Alger une grève générale et une grande manifestation, en réaction à la fusillade par le FLN quelques jours plus tôt de trois soldats français. Parmi la grande masse des partisans de l’Algérie française, des activistes favorables à un gouvernement militaire réussissent à détourner ce mouvement, qui tourne à l’émeute et débouche sur la prise du Gouvernement général (GG). C’est que le 13 mai est aussi le jour où, à Paris, Pierre Pflimlin doit être investi par l’Assemblée nationale comme nouveau Président du Conseil, succédant à Félix Gaillard (démissionnaire depuis le... 15 avril). Or, des activistes aux pieds-noirs en passant par l’armée, personne à Alger ne veut de ce démocrate-chrétien « libéral », qui avait fait connaître son choix d’une solution négociée en Algérie.

Face à cette insurrection, l’attitude de l’armée française en Algérie est un mélange de complaisance, de complicité et de laisser-faire. Depuis de longs mois, les militaires ne supportent plus l’absence de ligne politique ferme du Gouvernement en métropole. Par télégramme secret du 9 mai adressé au Président de la République René Coty, le général Salan, chef des forces françaises en Algérie, avait d’ailleurs prévenu : « l’Armée française, d’une façon unanime, sentirait comme un outrage l’abandon de ce patrimoine national [i.e. : l’Algérie française]. On ne saurait préjuger sa réaction de désespoir ».

Profitant du coup de force des manifestants, les gaullistes - qui depuis des mois réclament et tentent d’organiser le retour du général de Gaulle au pouvoir - essaient de tirer leur épingle du jeu. Quoique minoritaires à Alger, ils le feront avec brio.

La prise du GG aboutit à la création d’un « Comité de salut public », présidé par le général Massu, partisan d’un retour de Gaulle : l’armée sort clairement de la légalité pour prendre en main l’insurrection. Le général Salan, quoique non gaulliste et réservé sur le mouvement, ferme les yeux. Il est pourtant immédiatement conforté dans ses pouvoirs par le Gouvernement de métropole qui lui confère la totalité des pouvoirs civils, afin de ne pas perdre la face et de donner l’illusion de maîtriser la situation.

Au sein du Comité de salut public, les gaullistes sont bien représentés, notamment par Léon Delbecque qui en est le vice-président. Ils ont un seul but : que de toute cette agitation sorte un grand appel au général de Gaulle. De fait, en fin de journée, Salan adresse un télégramme au Président Coty réclamant le recours à « un arbitre national, afin de constituer un gouvernement de salut public »[i]. Quelques heures après, c’est Massu qui au balcon du GG lance, explicitement cette fois, un appel à de Gaulle devant la foule.

En réaction, à 1h20, l’Assemblée nationale finit par s’accorder pour trouver une majorité à Pierre Pflimlin et l’investir à la présidence du Conseil. Les gaullistes sont déçus, la situation politique incertaine.

Le lendemain, l’équivoque est à son comble : Pflimlin confirme Salan dans ses pouvoirs, sans qu’il ait désavoué les insurgés d’Alger, évidemment hostiles au nouveau Gouvernement. Le surlendemain, devant une foule algéroise toujours aussi nombreuse, Salan saute le pas et lance le fameux « vive la France, vive l’Algérie française, vive de Gaulle ! »[ii]. Ce dernier sort enfin de son silence et se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». La joie est d’autant plus grande à Alger que le général ne condamne pas le coup de force militaire. Jusqu’à son retour au pouvoir, il restera sur cette ligne ambiguë, consistant à jouer le jeu du respect des procédures institutionnelles tout en s’appuyant sur les insurgés d’Alger et en les encourageant par son approbation tacite.

À Paris, on craint la guerre civile. L’état d’urgence est voté par l’Assemblée nationale. Dans son livre L’agonie de la IVe République (Gallimard, 2006, p. 178), Michel Winock décrit ainsi la situation le 16 mai : « le président de l’Assemblée, André Le Troquer, a requis le préfet de police et le gouverneur militaire de Paris afin d’assurer la sécurité du Palais-Bourbon. Au centre de la ville, au Quartier latin, aux carrefours stratégiques, des cars de police, des voitures-radio, des patrouilles de CRS révèlent le danger. Autre signe de l’inhabituel : dans les magasins, les clients font des provision de guerre par peur de la pénurie. Les pommes de terre commencent à manquer, on emporte chez soi des réserve de sucre, d’huile, de pâtes, de sel ».

Le 19 mai, de Gaulle donne une conférence de presse où il condamne « le régime des partis » et se prévaut de sa légitimité historique (« j’ai rétabli la République ») pour justifier son nécessaire retour au pouvoir. Mais de Gaulle ne veut pas se plier aux procédures constitutionnelles. Parlant de lui à la troisième personne, il déclare : « si de Gaulle était amené à se voir déléguer des pouvoirs exceptionnels, pour une tâche exceptionnelle, dans un moment exceptionnel, cela ne pourrait évidemment se faire suivant la procédure et les rites habituels, tellement habituels que tout le monde en est excédé. Il faudrait adopter une procédure elle aussi exceptionnelle ».

Mais pendant ce temps se déroule le plus ahurissant : la voie démocratique semblant bouchée, une partie de l’armée en Algérie prépare secrètement - en liaison avec les gaullistes - un débarquement sur Paris : c’est l’opération dite Résurrection. Massu en parla plus tard comme une « arme supplémentaire » offerte par les rebelles d’Alger au général de Gaulle, au cas où le retour au pouvoir par le processus parlementaire n’aurait pas été possible. La pression est forte, elle continue de monter les jours suivants : les manifestations et les appels à un gouvernement gaulliste de salut public se multiplient ; la Corse se rallie au mouvement insurrectionnel le 24 mai sur l’initiative de Massu, preuve que le complot militaire est bien réel.



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