@samy Levrai
« Les peuples démocratiques qui ont introduit la
liberté dans la sphère politique, en même temps qu’ils accroissaient le
despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités
bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut
suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables ; s’agit-il du
gouvernement de tout l’État, ils confient à ces citoyens d’immenses
prérogatives ; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses
maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les
différents systèmes d’élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils
s’étonnent et cherchent encore ; comme si le mal qu’ils remarquent ne tenait
pas à la constitution du pays bien plus qu’à celle du corps électoral.
Il est, en effet,
difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à
l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui
doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral,
énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de
serviteurs. »
Alexis
de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique