@Giuseppe di Bella di Santa Sofia
J’ai grandi en Lorraine à Pompey, une ville sidérurgique, tout le monde se côtoyait, certains trouvaient ça surement malsain, le paternalisme patronal. Mais en gros, l’usine logeait ses ouvriers, certes, ce n’était pas très joli les cités ouvrières, et il payait des impôts locaux qui faisaient que mon équipe de handball avait la plus belle salle du coin, du matos, un mini bus pour se déplacer etc...
Le patron habitait la ville même, sa maison était plus belle, mais il n’avait pas un château, un hélicoptère, un yacht sur la Moselle.
Et quand les vents étaient contraires, même lui, respirait les saloperies que son usine dégageait.
Bref, les gens étaient OK avec ça, j’ai un boulot dur à l’usine, mais j’ai une petite maison, un petit jardin, et mes enfants peuvent faire du judo, du tir à l’arc, l’école était mixte, le fils de prolo croisait le fils de l’ingénieur de l’usine.
Maintenant, il n’y a plus d’usine, on va dire OK, c’est Schumpeter, la création destructrice. On fait de l’acier en Inde, on sera quitte de respirer toutes les saloperies des fumées de l’usine. Mais, les remplaçants n’embauchent plus que des intérimaires, plus de maison, le patron, c’est un type aux USA un jour, un fond Qatarien le lendemain, avant d’être repris par un conglomérat Luxo-Batave qui ne paie aucun impôt. Autant dire que le bon stade de handball, il n’est pas entretenu, et à l’école, il ne reste que les prolos. Les fils des ingénieurs, ils vont à Nancy dans le privé.
Personne ne sait qui est le patron de la boite pharmaceutique qui a remplacée l’usine, boite qui va prendre un paquet de subventions avant de se casser.
Pompey a eu un député de gauche pendant 42 ans... maintenant un FN... j’ai quantité de potes d’enfance dont les parents sont des braves types, et quand je les vois, c’est toujours le même refrain... Cette nostalgie de cette époque ouvrière, où la vie était dure... Mais elle était plus solidaire, plus fraternelle, plus égalitaire. Presque la devise de notre république. Devise 100 fois dévoyée maintenant.