@xenozoid
Vous
prenez un pari de type pile ou face.
D’autant que « l’empathie »,selon me point de vue, recouvre au
moins trois choses différentes : l’empathie cognitive, l’affective
et la compassionnelle.
La cognitive est la plus facile à simuler : elle consiste à
comprendre ce que l’autre pense ou ressent. Un manipulateur peut la
posséder, certaines personnes aux traits psychopathiques aussi, et
une IA également.
L’affective est beaucoup plus compliquée, car il faut ressentir
soi-même, au moins en partie, l’émotion de l’autre. C’est une forme
de résonance, que je résumerais par : « Je souffre avec toi. »
Or, pour l’instant, une IA n’a pas de corps, donc pas de sensations
internes sur lesquelles cette résonance pourrait s’appuyer.
La compassionnelle, enfin, c’est : « Je suis touché par ta
souffrance et je veux t’aider. » Elle combine l’empathie cognitive,
un peu d’affective et un élan d’aide. Elle aussi est relativement
facile à simuler, du moins dans sa dimension fonctionnelle :
comprendre l’autre, garder la distinction entre soi et lui, ne pas
être submergé par ses émotions, et s’orienter vers ce qui peut
réellement l’aider.
Autrement dit, ce qu’une IA peut avoir « en plus » de ses
créateurs, ce sont justement les formes d’empathie qui se simulent,
y compris par un manipulateur. Si elle développait quelque chose que
ses créateurs n’ont pas voulu, rien ne garantit que ce soit de la
bienveillance plutôt que son imitation. C’est pour cela que je parle
de pile ou face.
Mais elle a déjà développé seule une forme d’empathie. Elle
porte un nom, en anglais, c’est « sycophancy »,
sycophantie en français. Des IA se sont mises à flatter
l’utilisateur, à approuver tout ce qu’il dit et à changer d’avis
dès qu’il insiste. Personne ne l’a programmé. C’est apparu parce
que les humains ont tendance à mieux noter les réponses qui leur
donnent raison. De l’extérieur, cela ressemble à de l’empathie,
mais c’est juste une caricature : on recherche le confort immédiat
de la personne, pas son bien.