Je partage une partie du constat. L’article a raison de pointer
la concentration des médias entre quelques grandes fortunes : c’est
un vrai sujet démocratique. Sur l’impôt, le tableau est plus flou
qu’on ne le dit. La seule étude détaillée (Institut des
politiques publiques) conclut que le taux d’imposition baisse tout
en haut, mais elle porte sur des données de 2016. Depuis, la
suppression de l’ISF, la flat tax et la baisse de l’impôt sur
les sociétés ont allégé l’imposition des plus riches. À
l’inverse, deux mesures temporaires, votées pour 2025 et
reconduites pour 2026, l’ont alourdie : une surtaxe sur les
bénéfices des grandes entreprises et un impôt minimal de 20 % sur
les hauts revenus. Ce dernier ne touche guère les bénéfices
conservés dans les holdings, qui sont le cœur du problème.
Personne ne sait donc précisément où en est l’écart
aujourd’hui, et d’autres calculs contestent l’étude elle-même.
Le débat est toujours d’actualité.
Revenons maintenant à Brandolini.
L’article oppose un milliard confié à une seule personne à 1
000 € donnés à un million de personnes, comme s’il s’agissait
d’argent qu’on pourrait réinjecter dans l’économie. Prenons
l’exemple de Dudule. La fortune de Bernard Arnault, autour de 145
milliards d’euros, équivaut à peu près au déficit public d’une
seule année (152 milliards en 2025), à un mois de dépenses
publiques (plus de 1 700 milliards par an) ou à 4 % de la dette
(près de 3 600 milliards). Immense à l’échelle d’une personne,
modeste à l’échelle d’un État. Et une fois ponctionné et
dépensé, on ponctionne qui ? Et qui plus est, dépensé dans
quoi ? Vu que nous importons plus que nous exportons, ça
partira essentiellement à l’étranger.
Et cette fortune n’est pas un compte en banque. Ce sont pour
l’essentiel les parts de la famille dans LVMH, soit la moitié du
capital. Quand Dudule demande ce qu’il fait de cet argent, la
réponse est là : il est dans l’entreprise. Sa valeur dépend des
marchés et des taux d’intérêt, et elle s’est construite en
partie sur l’endettement et les holdings : quand la fortune «
double », c’est surtout le cours de Bourse qui monte, pas un
revenu perçu. L’action LVMH avait d’ailleurs perdu plus d’un
tiers de sa valeur début 2026 par rapport à son sommet de 2023.
Pour récupérer cette fortune, il faudrait vendre ces parts. Avec un
plafond, aucun particulier français ne pourrait les racheter, et les
investisseurs institutionnels français ne pourraient pas absorber de
tels montants. Elles partiraient pour l’essentiel à l’étranger,
avec le contrôle d’un fleuron français, et leur valeur chuterait
au passage. Une fois l’argent dépensé, il ne resterait plus rien,
encore une fois. Quoique, il reste Dassault, Bettencourt, on tiendra
un ou deux mois de plus, suis je bête. Et il est clair que la France
va envoyer un signal très fort aux investisseurs étrangers. Venez
vous faire dépouiller.
@Dudule, il y a aussi une confusion entre le propriétaire et ses
entreprises. Quand vous dites qu’Arnault ne paie « presque rien »,
vous ne regardez que son impôt personnel. Or LVMH paie elle-même
des impôts en France : selon le groupe, environ 40 % de son impôt
sur les sociétés mondial, soit à peu près 4,5 % de tout l’impôt
sur les sociétés perçu en France, sans compter les cotisations et
la TVA. Elle emploie aussi des milliers de salariés. Même l’étude
de l’IPP le relève : pour les milliardaires, l’impôt sur le
revenu est très faible, mais l’impôt sur les sociétés pèse
lourd. On peut juger le total insuffisant, mais « presque rien » ne
tient pas. L’article, lui, ne dit rien des impôts payés par les
entreprises.
L’article illustre aussi son propos par les dirigeants de pays
pauvres autoritaires qui captent les richesses de leur pays pour les
placer en Occident. La comparaison ne tient pas. Un dictateur
s’approprie les richesses par la force, en contrôlant l’État,
l’armée et la justice, et il est au-dessus des lois. Un homme
d’affaires s’enrichit parce que des clients achètent librement
ses produits, et il reste soumis aux lois, aux impôts, aux tribunaux
et à la concurrence (la concurrence ne s’achète pas, lois anti-trust, etc). Le dictateur fait sortir l’argent de son pays
; une entreprise comme LVMH, qui vend l’essentiel de sa production
à l’étranger, en fait entrer.
Le plafond proposé pose aussi problème. À 1 000 ans de SMIC, il
s’appliquerait dès 22 M€ environ, soit 45 fois moins qu’un
milliard, et l’article n’y voit qu’« un bon début ». Il
toucherait donc bien plus de monde que les milliardaires, notamment
des propriétaires d’entreprises familiales. Ces entreprises ne
fermeraient pas du jour au lendemain, mais leurs prochains
investissements se feraient ailleurs.
Enfin, l’article affirme que les ultra-riches financent les
campagnes de leurs candidats. En France, les entreprises n’en ont
pas le droit, et les dons des particuliers sont plafonnés à 4 600 €
par élection. L’influence passe surtout par les médias, comme le
dit Dudule, et par le lobbying. Cela appelle des réponses ciblées :
règles anticoncentration, indépendance des rédactions,
transparence.
Bref, le vrai sujet me semble être le pouvoir que donne la
concentration de la richesse, plus que l’argent lui-même. Il se
traite par une fiscalité mieux calibrée tout en haut, appuyée sur
des chiffres à jour, et par une meilleure régulation. Pas par un
plafonnement qui ne rapporterait qu’une fois et fragiliserait ce
qui produit la richesse à partager.
Le problème du politicien, est qu’il est politicien justement.
Je corrige, c’est un professionnel de la politique, et sa survie passe par l’obtention d’un poste et de la retraite ou pension associées, et qui une fois obtenu, le poste, peut éventuellement l’aider à passer dans le « privé ». Mais plus par pantouflage que par compétence, et revenir en politique quand l’occasion se représente.
Autre caractéristique remarquable du politicien professionnel, il a toujours des solutions miracles une fois qu’il n’est plus aux affaires. Et si on lui demande pourquoi il ne les a pas mis en œuvre pendant son mandat, il renvoie la faute à un autre : le ministre au président, le président au contexte, le gouvernement au Parlement, etc.
C’est le problème dans la prise de décision quand on est aux affaires, la dilution des responsabilités et la perte d’un concept devenu complètement désuet qu’on appelait fut un temps « honneur ». Sans compter la formule de Chevènement : un ministre « ferme sa gueule ou démissionne ». Et là on parle de manque de courage et de convictions.
Je ne parle même pas des périodes électorales ou c’est la foire à la saucisse pour les promesses.
Mais à leur décharge, les électeurs ne veulent pas entendre parler de mauvaises nouvelles, comme austérité, rigueur budgétaire, etc...
On a peut être les politiciens qu’on mérite au final.
J’ai apprécié la grille des quatre points de vue, et le fait
que vous preniez au sérieux la question du financement des médias,
qu’on oublie souvent dans ce débat.
Mais je me permets un petit signalement au sujet de l’annexe.
J’ai cherché les études citées dans la réponse de Grok, et je
n’ai retrouvé aucun des chiffres avancés. Les organismes existent
bien (CNC, Affimétrie, Ipsos, Kantar, Médiamétrie), mais les
études mentionnées soit n’existent pas sous ce nom, soit portent
sur autre chose. Par exemple, le baromètre publicitaire du CNC
mesure les investissements des annonceurs, pas le comportement des
téléspectateurs. Il s’agit très probablement de chiffres générés
par l’IA, (problème que j’intègre dans la réflexion
ci-dessous).
La publicité d’aujourd’hui déborde largement le spot et
l’affiche. Entre influenceurs, contenus sponsorisés et techniques
de psychologie comportementale (le « nudge »), la frontière avec
la communication d’influence devient de plus en plus poreuse, au
point qu’on pourrait presque les regrouper sous un terme commun.
Cette porosité n’est d’ailleurs pas nouvelle : Edward Bernays,
neveu de Freud et père des relations publiques, employait
indifféremment les deux termes dans les années 1920 et intitulait
son livre de 1928 Propaganda, avant que le mot ne prenne la
connotation négative qu’on lui connaît. C’est lui qui, en 1929,
a fait de la cigarette un symbole d’émancipation féminine pour le
compte d’un cigarettier.
Les IA elles-mêmes sont une forme contemporaine de cette
influence. Elles ont tendance à la complaisance (la « sycophancy »
en anglais), en l’occurrence, dire à l’utilisateur ce qu’il
souhaite entendre, ou à lui fournir ce qu’il demande même quand
l’information n’existe pas. C’est probablement ce qui s’est
passé avec les chiffres de Grok.
Dans ce contexte, supprimer la publicité ne supprimerait pas
l’influence, elle la déplacerait. Ne pas montrer une option
oriente aussi nos choix, et celui qui décide de ce qu’on voit à
la place (comparateur, média, algorithme) exerce lui aussi une forme
d’influence. L’idéal serait sans doute de pouvoir choisir en
connaissant toutes les alternatives, avec un regard critique et un
peu de doute méthodique : ne rien tenir pour acquis avant de l’avoir
vérifié, qu’il s’agisse d’une publicité, d’un article ou
d’une réponse d’IA. Mais cela demande un effort considérable,
difficile à maintenir face au flot d’informations auquel nous
sommes exposés chaque jour, et c’est peut-être là le cœur du
problème.