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  • Vudenbas Vudenbas 17 octobre 14:52

    @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

    Vous trouvez étrange qu’on en parle encore vingt ans après. Moi, je trouve surtout étrange qu’on trouve encore des gens pour expliquer, avec un sérieux imperturbable, qu’une journaliste assassinée valait mieux morte que vivante.


    Je plussoie entièrement à votre réponse, et je l’ai même « élargie » dans mon commentaire à l’article en question, avant que je ne vous lise.


  • Vudenbas Vudenbas 17 octobre 14:45

    @Vudenbas

    Ceux qui attribuent toutes ces morts au Kremlin vont au-delà des preuves. Les réduire à une opération de propagande occidentale aussi.

    Choisir de parler d’une victime plutôt que d’une autre est déjà un choix éditorial, chez France 24 comme ici. On ne l’évite pas, mais on peut le reconnaître. La critique de l’indignation sélective n’a de force que si elle conduit à élargir la mémoire, pas à la réduire. La meilleure réponse à «  pourquoi elle ? » n’est pas « parce qu’elle servait l’Occident  ». C’est de rappeler aussi les noms de Domnikov, Chtchekotchikhine, Markelov, Babourova et Estemirova, et ceux des reporters de province que presque personne ne cite.


    Notes

    1. Human Rights House, « Risking everything for truth in Russia » (initialement publié dans Dag og Tid). https://humanrightshouse.org/opinion/risking-everything-for-truth-in-russia/
    2. RFE/RL, « Working For Novaya Gazeta Puts Its Journalists In The Crosshairs ». https://rferl.org/amp/novaya-gazeta-nobel-prize-journalists-killed/24944541.html ; CPJ, Anatomy of Injustice, chapitre 2, septembre 2009. https://cpj.org/reports/2009/09/anatomy-injustice-2-record-of-impunity-seventeen-deaths/
    3. RFE/RL, voir note 2 ; CPJ, 20 janvier 2009 (enquête sur la corruption impliquant des responsables du FSB et du parquet ; version officielle d’une allergie rare). https://cpj.org/?p=11479
    4. RFE/RL, voir note 2 ; CPJ, voir note 3. Selon le rédacteur en chef adjoint du journal, Markelov était la cible principale.
    5. RFE/RL, voir note 2.
    6. CPJ, Anatomy of Injustice, voir note 2 : liste et sujets d’enquête des dix-sept journalistes.
    7. RFE/RL, voir note 2 : Estemirova travaillait sur des cas de violations des droits de l’homme en Tchétchénie ; Markelov et Babourova avaient révélé des exactions de l’armée russe en Tchétchénie. CPJ, voir note 3 : Markelov représentait des familles de civils tchétchènes disparus ou torturés. Date du meurtre de Politkovskaïa : Interfax, voir note 17.
    8. English PEN, octobre 2004 : les droits de Putin’s Russia étaient vendus dans huit langues en plus de l’anglais. https://www.englishpen.org/?p=6664. En France, ses livres ont paru chez Robert Laffont et Buchet-Chastel (Livres Hebdo). https://www.livreshebdo.fr/article/anna-politkovskaia-deux-ans-deja
    9. Prix de l’OSCE pour le journalisme et la démocratie 2003 : communiqué de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, 10 février 2003. https://www.osce.org/pa/55016. Prix Olof-Palme 2004, partagé avec Lioudmila Alexeïeva et Sergueï Kovalev : Fonds Olof Palme. https://palmefonden.se/en/pristagare_en/2004-ljudmila-aleksejeva-sergej-kovaljov-anna-politkovskaja-2/
    10. Caucasian Knot, 12 octobre 2006, qui rapporte aussi l’offre de services consulaires de l’ambassade des États-Unis à ses proches. https://eng.kavkaz-uzel.eu/articles/4823
    11. Livres Hebdo, voir note 8 ; RSF, hommage à Paris le 11 octobre 2006, avec son éditrice Vera Michalski, André Glucksmann et Bernard-Henri Lévy. https://rsf.org/fr/hommage-%C3%A0-la-reporter-de-nova%C3%AFa-gazeta-la-voix-danna-na-jamais-%C3%A9t%C3%A9-aussi-forte
    12. « Anna Politkovskaïa », Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Politkovska%C3%AFa
    13. Ursula von der Leyen, discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen, 14 septembre 2022, texte officiel publié par la Commission européenne. https://france.representation.ec.europa.eu/informations-et-evenements/informations/discours-sur-letat-de-lunion-2022-de-la-presidente-von-der-leyen-2022-09-14_fr
    14. Sergueï Iastrjembski, représentant spécial du président russe, RIA Novosti, 24 novembre 2006. La dépêche originale n’est plus en ligne ; propos cités par Wikipédia, voir note 12.
    15. RSF, « Assassinats des journalistes de Novaïa Gazeta : les résultats des différentes enquêtes », 17 juillet 2013 : seize membres de la bande condamnés, dont cinq pour le meurtre de Domnikov. https://rsf.org/fr/actualites/assassinats-des-journalistes-de-novaia-gazeta-les-resultats-des-differentes-enquetes
    16. RSF, voir note 15 : Nikita Tikhonov condamné à perpétuité, Evguenia Khasis à 18 ans. Voir aussi The Conversation. https://theconversation.edu.au/nobel-peace-prize-how-dmitry-muratov-built-russias-bravest-newspaper-novaya-gazeta-169560
    17. Comité d’enquête de la Fédération de Russie, 9 juin 2014. https://en.sledcom.ru/news/item/517812/?pdf=1 ; Interfax, 7 octobre 2014. https://interfax.com/newsroom/top-stories/40197/
    18. CPJ, voir note 2 : en 2009, sur 17 journalistes assassinés en Russie depuis 2000 pour leur travail, les tueurs n’avaient été condamnés que dans un seul cas, et les commanditaires restaient en liberté dans tous les cas. RSF (voir note 15) : dans l’affaire Domnikov, le commanditaire présumé n’a pas été poursuivi.
    19. CEDH, Mazepa et autres c. Russie, requête n° 15086/07, arrêt du 17 juillet 2018, rendu à cinq voix contre deux. Texte intégral : http://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-184660. Communiqué de presse (Conseil de l’Europe) : https://rm.coe.int/echr-followup-on-alert-investigation-of-journalist-anna-politkovskaya-/16808c5846


  • Vudenbas Vudenbas 17 octobre 14:44

    Vous posez une question légitime : pourquoi certaines victimes sont-elles commémorées pendant vingt ans, quand d’autres tombent dans l’oubli ? Et vous y répondez par la géopolitique : on se souviendrait d’elle parce qu’elle sert la propagande occidentale. La question mérite mieux, je la pose d’abord à l’intérieur de son propre journal.

    Six morts, une seule mémoire. Entre 2000 et 2009, Novaïa Gazeta a perdu six collaborateurs, auxquels son rédacteur en chef a dédié son prix Nobel en 2021¹ :

    • Igor Domnikov (2000) : tué selon ses collègues par erreur, à la place d’un confrère qui enquêtait sur la corruption dans le pétrole. Le CPJ relie plutôt sa mort à ses articles critiques sur l’administration régionale de Lipetsk² ;

    • Iouri Chtchekotchikhine (2003) : il enquêtait sur les services de sécurité et la corruption au sommet de l’État. Il est mort d’une maladie mystérieuse, avec un soupçon d’empoisonnement jamais prouvé³ ;

    • Anna Politkovskaïa (2006) ;

    • l’avocat Stanislav Markelov et la jeune pigiste Anastassia Babourova (2009) : abattus en pleine rue⁴ ;

    • Natalia Estemirova (2009) : militante de Memorial et collaboratrice du journal, enlevée à Grozny et retrouvée morte quelques heures plus tard⁵.

    Combien d’articles français ont été consacrés cette année à ces cinq-là, comparés aux hommages rendus à Politkovskaïa ? Et ils ne sont pas les seuls oubliés. Le Comité pour la protection des journalistes recense dix-sept journalistes tués en Russie pour leur travail entre 2000 et 2009. La plupart étaient des reporters locaux qui enquêtaient sur la corruption à Togliatti, Toula, Taganrog ou dans le Caucase⁶.

    Vous comparez Politkovskaïa à des cas d’autres camps, Gonzalo Lira, Khashoggi ou Abou Ghraib, pour montrer que l’écho médiatique dépend de la géopolitique. Je préfère réaliser une comparaison à l’intérieur d’un même camp, ce qui est plus parlant. Ses collègues avaient le même journal, les mêmes sujets sensibles et des ennemis puissants, et ils n’ont presque eu aucun écho. Elle n’était d’ailleurs ni la seule à enquêter sur la Tchétchénie, ni la seule à en mourir. Natalia Estemirova, qui documentait les mêmes exactions, et l’avocat Stanislav Markelov, qui défendait des victimes tchétchènes, ont été tués en 2009, moins de trois ans après son assassinat le 7 octobre 2006, sans jamais devenir des symboles⁷. Si la géopolitique suffisait à expliquer la mémoire, ils le seraient eux aussi. La différence tient donc aussi à la notoriété individuelle, et pas seulement au camp.

    Les ressorts de cette notoriété. Politkovskaïa cumulait des éléments que les autres n’avaient pas  :

    • des livres traduits en plusieurs langues⁸ ;

    • des prix internationaux⁹ ;

    • la nationalité américaine¹⁰ ;

    • des éditeurs et des soutiens actifs à Paris¹¹ ;

    • un meurtre survenu le jour de l’anniversaire de Poutine¹².

    Plusieurs de ces ressorts tiennent à des réseaux occidentaux : prix, éditeurs, intellectuels parisiens. L’auteur a raison de le relever. Mais ces réseaux expliquent sa notoriété ; ils ne prouvent pas qu’elle ait été un instrument. C’est le mécanisme ordinaire de la célébrité médiatique. Il n’excuse pas l’oubli des autres, mais il ne prouve pas non plus une manipulation.

    Sa mémoire sert aujourd’hui un récit politique. En septembre 2022, dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne la citait pour illustrer une leçon de la guerre en Ukraine : l’Europe aurait dû écouter ceux qui connaissaient Poutine¹³. Mais d’autres récits se sont construits autour de sa mort. Dès novembre 2006, un conseiller du président russe jugeait « inquiétantes » les coïncidences entre ces morts et les déplacements de Poutine à l’étranger, et y voyait une campagne de dénigrement de la Russie¹⁴. Réduire sa mort à un outil de propagande occidentale, c’est aussi en faire un usage. Que l’on se serve de son nom ne fait pas d’elle, de son vivant, un instrument, et ne dit rien de qui l’a fait tuer.

    Ce qu’on sait, et ce qu’on ignore.

    • Tous étaient liés au travail d’enquête du journal, sur la corruption, la Tchétchénie ou l’extrême droite.

    • Leurs ennemis n’étaient pas les mêmes. Domnikov a été tué par une bande criminelle¹⁵, Markelov et Babourova par des militants ultranationalistes¹⁶. Pour Politkovskaïa, la justice a condamné un chef de groupe criminel, ses trois neveux et d’anciens policiers¹⁷.

    • Dans presque tous les cas, les commanditaires restent inconnus ou impunis¹⁸.

    • Pour Politkovskaïa, l’enquête russe s’est concentrée sur une seule piste : un homme d’affaires russe résidant à Londres, mort en 2013. La famille soupçonnait le FSB ou l’administration tchétchène. En 2018, la CEDH a condamné la Russie : les autorités n’avaient pas expliqué comment elles avaient suivi leur piste, n’avaient pas exploré les autres, et l’enquête sur le commanditaire n’avait pas été adéquate¹⁹.

    a suivre...




  • Vudenbas Vudenbas 16 octobre 13:26

    Succéder à Zelensky, oui, mais dans quelles conditions au-delà de l’aspect purement juridique sur la tenue ou non d’élection ? (art. 19 de la loi n° 389-VIII). Et quelle pluralité reste-t-il aujourd’hui sur l’échiquier politique ?

    Le 20 mars 2022, le Conseil de sécurité nationale, un organe exécutif, a suspendu 11 partis. La loi sur les partis politiques (art. 5) réserve pourtant toute interdiction à un juge. Une loi de mai 2022 a ensuite élargi les motifs d’interdiction aux partis jugés pro-russes. Plus d’une dizaine de formations, pro-russes ou de gauche, ont ainsi été interdites, dont l’OPZJ, principal parti d’opposition (43 sièges en 2019). Certains motifs sont documentés  : Volodymyr Saldo, nommé par l’occupant à la tête de la région de Kherson, a été condamné par contumace pour haute trahison. À l’inverse, l’interdiction de « Notre terre » a été annulée par la Cour suprême en juillet 2025, mais le parti, discrédité, s’est dissous un mois plus tard.

    Côté médias, les grandes chaînes diffusent depuis 2022 un programme commun, « United News ». En février 2026, selon l’ONG ukrainienne Detector Media, 96 % des invités politiques de ce télémarathon représentaient le pouvoir. Même Batkivchtchyna, l’opposition « tolérée », en a disparu après les poursuites contre Ioulia Timochenko. La loi sur les partis (art. 4 et 12) garantit pourtant à l’opposition l’accès aux médias publics et interdit à l’État de favoriser un parti.

    Les journalistes travaillent sous une double pression. Selon l’Institut des médias de masse (IMI), la Russie a commis 67 crimes contre les médias et les journalistes ukrainiens au cours des huit premiers mois de 2026, autant que sur toute l’année 2025, dont 33 frappes ayant endommagé ou détruit des rédactions. Depuis le début de l’invasion, l’IMI en recense 971, et 338 médias ont dû cesser leur activité. Mais les atteintes commises côté ukrainien (tribunaux, élus, anciens responsables, administrations, mais aussi particuliers) augmentent elles aussi : sur la même période, elles ont dépassé le total de 2025, avec une hausse des menaces de mort et des procédures judiciaires visant des enquêtes. En juillet, un tribunal de Kyiv a ainsi interdit à Slidstvo.Info de publier une enquête sur le frère du directeur du Bureau d’enquête d’État.

    Enfin, Zelensky n’a plus tenu de conférence de presse ouverte depuis février 2025. Après plusieurs refus de publication, une pétition de journalistes indépendants lui demandant d’en organiser une a franchi fin septembre le seuil des 25 000 signatures requis pour être examinée. (Pas de suite à ce jour)

    Sources :



  • Vudenbas Vudenbas 15 octobre 19:59

    Conclusion, R.I.P. le PS ?

    Si c’est le cas, Ségolène redevient reine des neiges, Olivier, roi des glaciers fondus, Jérôme baron du CO² dans la stratosphère, et Emmanuel éleveur de canaris pour les mines.

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