Dans un pays en guerre, il y a forcément des biais dans les sondages.
les hommes qui ne sortent plus de leur logement de peur d’être embarqués
Ces hommes sont appelés en Ukraine les « ухилянти » (ukhylianty au pluriel, ukhyliant au singulier), que l’on peut traduire par par « planqués » ou « tire-au-flanc ». C’est un terme très péjoratif. Selon Fedorov lorsqu’il était encore ministre, a estimé leur nombre à 2 millions d’hommes, et plus de 200000 déserteurs.
J’ai listé seulement ceux qui arrivent encore à critiquer le gouvernement Ukrainien. Car ce dernier exerce des pressions sur ceux qui ne suivent pas la ligne éditoriale officielle.
Le mouvement des médias, ainsi que les médias et les organisations publiques qui se sont joints à cette déclaration, sont préoccupés par les signes de pression systémique sur le journalisme d’investigation par les forces de l’ordre de l’État et appellent le Bureau d’enquête de l’État à ouvrir la communication, ainsi que les autorités et les tribunaux au strict respect des garanties de la liberté d’expression.
Autre source importante d’infos ce sont les canaux Telegram. C’est la plus grande source d’infos utilisés par les Ukrainiens.
Vous avez raison sur l’article 5 : il laisse chaque allié libre de la nature de son aide, il repose sur la légitime défense, et il exige le consensus des 32. Si des pays européens lançaient eux-mêmes un blocus, l’Alliance se diviserait probablement. Raison de plus pour juger ce scénario très improbable. Et votre frappe sur un navire a des précédents : l’USS Stark en 1987 (37 morts, pas de représailles), le Cheonan coréen en 2010 (46 morts, pas de guerre). Sur l’Orechnik aussi, je vous l’accorde, c’était l’Ukraine, pas nous.
Votre exemple des radars d’alerte avancée (Armavir, 2024) et des bombardiers à capacité nucléaire (Tu-95 et Tu-22M3, juin 2025) est intéressant. Ces frappes entraient dans la lettre de la doctrine russe, et Moscou n’a pas tiré : la doctrine dit que la Russie « peut » riposter, pas qu’elle « doit ». Certes, ces bombardiers tiraient des missiles de croisière conventionnels sur l’Ukraine, et certains en étaient chargés au moment de l’attaque, ce qui en faisait des cibles de guerre. Mais ce sont aussi des vecteurs nucléaires, et cela ne rassure pas pour autant : si les lignes rouges sont élastiques, personne ne sait d’avance où elles se situent. Retenue face à l’Ukraine ne veut pas dire retenue face à l’Europe, et c’est bien à l’Europe que s’adressait le « très court » de Lavrov.
Où nous sommes d’accord, c’est sur l’essentiel : le vrai danger n’est pas la décision rationnelle, c’est le dérapage, la provocation mal interprétée, l’escalade que personne n’a voulue. Et plus les doctrines sont floues, plus ce risque grandit.
D’accord avec vous sur un point : l’ambiguïté de « très court »
est voulue, c’est le principe même de la dissuasion. Et un blocus de
Kaliningrad serait juridiquement un acte d’agression (la résolution
3314 de l’ONU cite explicitement le blocus des ports), ce qui
donnerait à Moscou un argument de légitime défense. (Mais ceci nous renvoie au point plus bas sur la doctrine d’emploi du
nucléaire Russe)
Mais je vois
plusieurs problèmes à une frappe « solide mais limitée » :
Les « pays
impliqués » seraient forcément membres de l’Otan. Kaliningrad est
ravitaillée par le rail via la Lituanie et par une Baltique
désormais bordée presque uniquement par des pays de l’Alliance
(Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, pays baltes). Les
frapper, c’est déclencher l’article 5, donc un affrontement avec
toute l’Alliance et ses trois puissances nucléaires. Ce n’est plus
une riposte limitée.
La doctrine
nucléaire russe rend ce scénario encore plus imprévisible. (Je
l’ai déjà évoqué dans un commentaire d’un autre article).
Depuis novembre 2024, elle autorise une riposte nucléaire à une
agression conventionnelle créant une menace « critique » pour la
souveraineté ou l’intégrité territoriale de la Russie (ou de la
Biélorussie), alors qu’en 2020 il fallait une menace pour «
l’existence même de l’État ». Un blocus de Kaliningrad touche bien
l’intégrité territoriale russe, mais le texte ne dit pas à partir
de quand la menace devient « critique » : quelques jours de blocus
? Une pénurie dans l’enclave ? Un convoi intercepté ? Ce flou est
voulu, c’est le même procédé que le « très court » de Lavrov.
Il dissuade, certes, mais personne, ne sait où est la ligne rouge.
C’est la recette idéale d’une erreur d’appréciation, russe ou
européenne.
L’idée qu’une
frappe « calmerait » les Européens est démentie par l’histoire.
Le Blitz n’a pas fait céder Londres, les frappes massives n’ont pas
brisé l’Ukraine, et le tir d’Orechnik sur Dnipro en 2024 n’a rien
changé au soutien occidental par exemple. Une frappe trop faible
passe pour du bluff, une frappe trop forte rend la riposte
politiquement inévitable.
Quant à notre «
infériorité » comme chance : la théorie de la dissuasion dit
plutôt l’inverse, une faiblesse perçue incite l’adversaire à
tester les limites. Et elle pousse chaque camp à brandir plus tôt
la menace nucléaire pour compenser sa faiblesse en moyens conventionels. La Russie a élargi sa doctrine
en 2024, la France a lancé sa « dissuasion avancée » en mars 2026
avec la Pologne, l’Allemagne, la Suède ou le Danemark, et le traité
New START a expiré en février sans successeur. Moins de garde-fous
et des seuils plus flous, ce n’est pas vraiment rassurant.