Pffff... encore une phrase sortie de son contexte et tronquée...
Voici ce qu’a dit réellement Lescure :
« Quand je serais à la retraite, je vivrais correctement avec 2000€ par semaine, il faut juste que je trouve où pantoufler. D’ailleurs j’ai surpris des collaborateurs discuter de mon cadeau de départ, une paire de charentaises. Et ils ont rajouté ; »Vu le niveau des Oat, et vu le niveau du type, la retraite n’est pas loin.« J’ai beau chercher, je ne voie pas qui est ce type en question »
je choisirais bulle plutôt que cachot. La bulle on s’y enferme, le cachot on s’y fait enfermer. J’ai la faiblesse de croire encore en un minimum de libre arbitre, et donc un jugement probablement altéré par manque d’esprit critique. Mais cela n’engage que moi.
Je crois qu’il y a un malentendu : je ne fais pas partie des contempteurs de la justice. Je disais au contraire que ce que la loi ne peut pas apporter, c’est l’humanité des juges qui peut le donner. Les propos que vous avez entendus aux assises, et le réquisitoire de Luc Frémiot, en sont la preuve.
Mais alors, qui doit se satisfaire de quoi ? Les familles, des paroles prononcées à l’audience ? dans le bureau d’un juge ? Ou l’opinion publique, à travers des médias qui rapportent les jugements, mais sans doute pas assez les paroles qui les accompagnent ? Dans la salle, une famille peut entendre un président reconnaître le tort qu’elle a subi. Au-dehors, il ne reste qu’un titre, « déclaré irresponsable » ou « condamné à 18 ans », et c’est sur ce seul titre que l’opinion juge la justice.
Votre article sur le procès Lange m’a d’ailleurs fait réfléchir, et notamment votre réponse à BRUNO, qui estimait qu’Alexandra Lange n’aurait même pas dû être jugée. Vous lui répondiez qu’il fallait qu’elle le soit, pour que la légitime défense soit reconnue par un jury plutôt que décidée par un magistrat seul. Je partage entièrement ce point de vue : même quand l’issue semble connue d’avance, le procès a une valeur en soi, parce que c’est la société qui parle. Le réquisitoire de Frémiot n’aurait sans doute pas eu la même portée dans un bureau.
Je me demande simplement si cette logique ne pourrait pas s’appliquer aussi aux familles des victimes, lorsque l’auteur est déclaré irresponsable. Si la justice fait preuve de plus d’humanité qu’on ne le croit, le problème n’est peut-être pas tant dans les tribunaux que dans la place qu’on laisse à cette humanité pour s’exprimer, et dans ce que la société en perçoit.
«
Séoul est en colère contre Zelensky qui aurait trahi un secret »,
d’accord, mais pourquoi la Corée du Sud tenait-elle tant à
récupérer ces deux soldats nord-coréens ? C’est la question que
je me suis posé en lisant l’article. Comme cela n’est pas
vraiment précisé, j’ai fait quelques recherches et voici quelques
éléments.
I
Il faut savoir que ce sont les deux soldats eux-mêmes qui ont demandé à partir au Sud. L’un d’eux avait dit vouloir « une vie normale » dès février 2025, selon un député sud-coréen qui leur avait rendu visite. Le renseignement sud-coréen dit avoir vérifié leur volonté à plusieurs reprises.
Ensuite, les raisons côté Séoul :
Juridique : la constitution sud-coréenne considère tous les Coréens, y compris ceux du Nord, comme des citoyens. Séoul a précisé que ça s’applique aussi aux prisonniers en Ukraine, et avait annoncé en juin qu’il refusait leur renvoi vers la Russie comme vers la Corée du Nord.
Humanitaire : en Corée du Nord, un soldat capturé est considéré comme un traître. L’un des deux a d’ailleurs tenté de se suicider au moment de sa capture (c’est Zelensky lui-même qui l’a raconté à l’ONU).
Renseignement : ce sont les premiers soldats nord-coréens à avoir survécu à leur capture. Le renseignement sud-coréen a participé à leurs interrogatoires dès janvier 2025, et en a appris par exemple qu’ils avaient été entraînés par l’armée russe. Pour un pays qui a l’armée nord-coréenne à sa frontière, ce n’est pas rien.
« Kiev a violé l’accord de confidentialité », c’est là où ça se complique.
Selon le renseignement sud-coréen, c’est Kiev qui aurait demandé le secret en premier, de peur que la publicité ne nuise à ses échanges de prisonniers avec la Russie. D’après une source diplomatique citée par la presse sud-coréenne, Moscou aurait même proposé de libérer des milliers d’Ukrainiens en échange de ces deux hommes. Refuser une offre pareille pour les envoyer à Séoul, c’est difficile à expliquer à sa propre population. (Kiev, de son côté, dément tout accord de confidentialité)
« Cette trahison de Zelensky semble être une volonté de punir la politique de Séoul », là, les avis sont plus nuancés :
Le renseignement sud-coréen pense que Zelensky a rendu l’affaire publique pour pousser la Corée du Sud à l’aider davantage, notamment en armes. Mais il précise que Kiev n’avait posé aucune condition au transfert, et que Séoul n’a rien donné en échange.
Un ancien ambassadeur sud-coréen en Ukraine estime que Kiev espérait sans doute un soutien militaire, surtout en défense aérienne, dont l’Ukraine manque cruellement.
Une analyste ukrainienne y voit plutôt une erreur de communication, et une façon d’attirer l’attention sur les soldats étrangers recrutés par la Russie. (L’Ukraine détient des prisonniers de 47 pays)
Donc une pression pour obtenir de l’aide, sûrement. Une autre lecture possible, à relier avec le fait que Zelensky cite assez souvent la présence de soldats nord-coréens, que la Corée du Nord elle-même a reconnue officiellement : puisqu’un pays envoie officiellement des soldats aider la Russie, pourquoi les pays européens ne feraient-ils pas de même pour l’Ukraine ? Simple supposition.
Et enfin, il y a les familles restées au Nord. Séoul a refusé de confirmer le transfert en invoquant leur sécurité. L’un des prisonniers avait confié craindre que ses parents aient déjà été exécutés. Selon un chercheur sud-coréen, les familles ont probablement déjà été sanctionnées discrètement, bien avant le discours à l’ONU. (Malheureusement, personne ne peut le vérifier)
Donc brouille diplomatique réelle, oui, mais sur un dossier au départ humanitaire, et que les deux pays avaient traité ensemble pendant des mois.
Zenzoé, auriez-vous la référence de cette réforme de 2029 ? Je
n’ai trouvé que la recodification du Code de procédure pénale, qui
entre en vigueur à cette date mais se fait à droit constant. Les
victimes peuvent déjà demander des contre-expertises depuis 1995,
et depuis 2023, la Cour de cassation impose un procès dès qu’un
expert conclut à une simple altération du discernement. Ce sont de
vrais progrès, mais dans les cas d’abolition complète, les familles
restent privées de procès.
Pour en revenir à nous Fergus, « comment faire, au-delà des
paroles prononcées lors des audiences ? », je me dis que le débat
porte en réalité sur la symbolique. Et à cela, la loi ne peut pas
répondre à elle seule. Elle est faite par des hommes, bien sûr,
mais pour tous en général et pour personne en particulier. Elle
peut créer des droits, des procédures, des indemnisations ; elle ne
peut pas reconnaître le tort fait à cette victime et à cette
famille.« Aristote le disait déjà : la loi, parce qu’elle est générale, ne peut pas prévoir chaque cas, et il revient au juge de la compléter par l’équité, en tenant compte du cas singulier. »
Un juge peut apporter ce regard. Pas seulement en tant
qu’institution, mais en tant qu’humain. C’est lui qui, face à la
famille, peut nommer la victime, dire ce qui lui a été fait,
reconnaître que sa mort n’était pas une fatalité mais une
injustice, même si l’auteur ne peut pas en répondre pénalement.
C’est lui qui peut prendre le temps d’écouter, plutôt que de
traiter le dossier comme une simple question d’expertise
psychiatrique.
Alors oui, ce ne sont « que » des paroles. Mais pour une famille
qui vit avec une perpétuité, ces paroles-là, prononcées par celui
qui incarne la justice, sont peut-être ce qu’elle peut espérer de
plus précieux. La loi fixe le cadre ; c’est l’humain qui rend
justice.