Mustik dit quelque chose d’essentiel qui a été un peu éludé : « les victimes et les collatéraux ne sont jamais considérés selon leur droit ». Il ne s’agit pas seulement des droits de procédure, qui existent : se constituer partie civile, être indemnisé, être informé. Il s’agit du droit à ce que le tort subi soit reconnu comme une injustice.
Car il existe une asymétrie que rien ne peut réduire. Pour la victime, la peine est définitive : elle a perdu tout ce qu’elle avait et tout ce qu’elle aurait pu vivre. Pour sa famille, c’est une perpétuité réelle, sans remise de peine ni libération conditionnelle ; Mustik en témoigne, vingt-cinq ans après, la souffrance est toujours là. Pour le meurtrier, même condamné sévèrement, ce sont des années.
Je ne prétends pas que la justice doive rendre souffrance pour souffrance ; ce serait revenir au talion. Mais c’est justement parce que la peine ne pourra jamais être à la mesure du crime que la dimension symbolique de la justice est si importante pour les familles. Un procès, un verdict, c’est la société qui déclare publiquement : ceci n’était pas un accident, c’était une injustice ; cette personne a été tuée, et quelqu’un en répond. C’est ce qui permet à la victime de rester une victime, et non un simple nom dans un fait divers.
Or la famille reste en marge de cette réponse. Elle peut faire appel sur ses intérêts civils, c’est-à-dire sur l’indemnisation, mais pas sur la peine ni sur un acquittement : seul le parquet le peut. On lui accorde une place dans la procédure, mais pas de voix sur ce qui compte le plus pour elle.
Et quand la reconnaissance manque tout à fait, que ce soit par une enquête bâclée comme dans le cas que cite Mustik, ou par une déclaration d’irresponsabilité qui prive les proches d’un vrai procès, c’est une seconde blessure. On ne leur rend pas leur proche, et on ne leur rend même pas justice au sens symbolique. C’est en cela que je disais que dissoudre la faute du meurtrier revient, pour les proches, à dissoudre le tort qui leur a été fait.
Je me contente de rapporter les faits, rien de plus, rien de moins.
Quant à « on devient des esclaves avec une caste qui ne bosse pas », je vous renverrai à La Boétie et à son Discours de la servitude volontaire : le pouvoir ne tient que par le consentement de ceux qui le subissent. Ou à Tocqueville et son despotisme doux, qu’on accepte en échange de sa tranquillité. Sauf qu’aujourd’hui, la tranquillité n’est plus au rendez-vous.
Reste alors la vieille recette pour que le marché ne soit pas remis en question : détourner la colère. Désigner des boucs émissaires, agiter la peur notamment. Girard l’a décrit, Orwell l’a mis en roman. Et la recette ne sert pas qu’à ceux qui gouvernent : chacun a toujours un coupable tout désigné à proposer.
J’avais oublié de mentionner le smartphone, devenu la seule fenêtre sur le monde, notamment pour la jeunesse. Mais une fenêtre qui n’est en fait qu’un judas de par les algorithmes pour présenter une toute partie de ce monde en adéquation au biais de confirmation de celui qui croit observer.
Je me suis posé la même question, mais l’auteur a un site internet.
Et justement, sur son site, il y a le tableau en entête de son article. Et effectivement il est retouché par l’IA, mais c’est annoncé. Petite coquille de copier coller surement. Vous savez tout.