@Octave C Lebel
Et maintenant je vais appliquer mon traducteur Octave sur ma version mais à l’envers.
Puisque vous avez eu l’amabilité, charitable comme il se doit en pareille matière, de vous inquiéter de ma vue, je me permettrai à mon tour, sans prétendre à une supériorité que je serais d’ailleurs bien en peine de revendiquer, et encore moins d’exercer sur un sujet qui nous dépasse tous deux si j’ose dire, de prolonger votre réflexion plutôt que de la résumer, puisque l’exercice semble vous avoir déplu, ce que je peux comprendre, la concision étant, comme on dit, une politesse que l’on ne fait pas toujours à ceux qu’elle concerne.
Votre rappel de la mixité scolaire, dont vous avez oublié l’auteur mais non la leçon, ce qui est l’essentiel, me paraît en effet des plus pertinents, et je ne vous cacherai pas qu’il m’a conduit, par un de ces détours que vous affectionnez et que je découvre avec un plaisir croissant, à me demander si l’on pouvait sérieusement attendre d’une institution qui a vu, en l’espace d’une génération, les filles s’asseoir à côté des garçons, puis les devancer bien souvent dans les études, qu’elle continue à leur réserver le seul banc du fond, celui où l’on écoute sans jamais monter en chaire. Il y a là, me semble-t-il, un décalage que les fidèles, et plus encore les fidèles d’une espérance modérée, perçoivent sans avoir besoin de lunettes.
Je me garderai toutefois, par souci de l’équilibre que votre texte revendique, d’y voir la panacée que d’aucuns, un peu pressés, voudraient y trouver. Les Églises protestantes et anglicanes, qui ordonnent depuis des décennies des femmes et des hommes mariés, ne débordent pas pour autant de nouveaux venus, ce qui laisse penser, sans rien retirer à la justice de ces réformes, qu’elles relèvent davantage de la cohérence que du remède, et que la désaffection dont vous parlez tient peut-être moins à qui prêche qu’à ce qu’il reste à dire à des contemporains qui, baptisés à l’âge adulte ou pas du tout, cherchent un sens sans forcément chercher une institution. Encore faut-il rappeler, pour ne pas faire injure aux évolutions en cours que vous saluez vous-même, que le célibat des prêtres n’est qu’une discipline et non un dogme, que certaines Églises catholiques d’Orient ordonnent déjà des hommes mariés, et que la porte, pour être étroite, n’est donc pas murée.
Voilà, en quelques lignes que j’aurais voulues plus brèves mais que votre exemple m’a encouragé à laisser respirer, ce que je souhaitais vous dire, avec l’espoir, que je crois partagé, que nous puissions poursuivre cet échange sans nous en remettre à l’éternité pour nous comprendre, et en attendant l’ophtalmologiste qui, je n’en doute pas, nous recevra ensemble.