@Fergus
Je crois qu’il y a un malentendu : je ne fais pas partie des contempteurs de la justice. Je disais au contraire que ce que la loi ne peut pas apporter, c’est l’humanité des juges qui peut le donner. Les propos que vous avez entendus aux assises, et le réquisitoire de Luc Frémiot, en sont la preuve.
Mais alors, qui doit se satisfaire de quoi ? Les familles, des paroles prononcées à l’audience ? dans le bureau d’un juge ? Ou l’opinion publique, à travers des médias qui rapportent les jugements, mais sans doute pas assez les paroles qui les accompagnent ? Dans la salle, une famille peut entendre un président reconnaître le tort qu’elle a subi. Au-dehors, il ne reste qu’un titre, « déclaré irresponsable » ou « condamné à 18 ans », et c’est sur ce seul titre que l’opinion juge la justice.
Votre article sur le procès Lange m’a d’ailleurs fait réfléchir, et notamment votre réponse à BRUNO, qui estimait qu’Alexandra Lange n’aurait même pas dû être jugée. Vous lui répondiez qu’il fallait qu’elle le soit, pour que la légitime défense soit reconnue par un jury plutôt que décidée par un magistrat seul. Je partage entièrement ce point de vue : même quand l’issue semble connue d’avance, le procès a une valeur en soi, parce que c’est la société qui parle. Le réquisitoire de Frémiot n’aurait sans doute pas eu la même portée dans un bureau.
Je me demande simplement si cette logique ne pourrait pas s’appliquer aussi aux familles des victimes, lorsque l’auteur est déclaré irresponsable. Si la justice fait preuve de plus d’humanité qu’on ne le croit, le problème n’est peut-être pas tant dans les tribunaux que dans la place qu’on laisse à cette humanité pour s’exprimer, et dans ce que la société en perçoit.