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Vudenbas 2 octobre 14:10
Vudenbas

@Krokodilo

D’accord avec vous sur un point : l’ambiguïté de « très court » est voulue, c’est le principe même de la dissuasion. Et un blocus de Kaliningrad serait juridiquement un acte d’agression (la résolution 3314 de l’ONU cite explicitement le blocus des ports), ce qui donnerait à Moscou un argument de légitime défense. (Mais ceci nous renvoie au point plus bas sur la doctrine d’emploi du nucléaire Russe)


Mais je vois plusieurs problèmes à une frappe « solide mais limitée » :


  • Les « pays impliqués » seraient forcément membres de l’Otan. Kaliningrad est ravitaillée par le rail via la Lituanie et par une Baltique désormais bordée presque uniquement par des pays de l’Alliance (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, pays baltes). Les frapper, c’est déclencher l’article 5, donc un affrontement avec toute l’Alliance et ses trois puissances nucléaires. Ce n’est plus une riposte limitée.
  • La doctrine nucléaire russe rend ce scénario encore plus imprévisible. (Je l’ai déjà évoqué dans un commentaire d’un autre article). Depuis novembre 2024, elle autorise une riposte nucléaire à une agression conventionnelle créant une menace « critique » pour la souveraineté ou l’intégrité territoriale de la Russie (ou de la Biélorussie), alors qu’en 2020 il fallait une menace pour «  l’existence même de l’État ». Un blocus de Kaliningrad touche bien l’intégrité territoriale russe, mais le texte ne dit pas à partir de quand la menace devient « critique » : quelques jours de blocus  ? Une pénurie dans l’enclave ? Un convoi intercepté ? Ce flou est voulu, c’est le même procédé que le « très court » de Lavrov. Il dissuade, certes, mais personne, ne sait où est la ligne rouge. C’est la recette idéale d’une erreur d’appréciation, russe ou européenne.
  • L’idée qu’une frappe « calmerait » les Européens est démentie par l’histoire. Le Blitz n’a pas fait céder Londres, les frappes massives n’ont pas brisé l’Ukraine, et le tir d’Orechnik sur Dnipro en 2024 n’a rien changé au soutien occidental par exemple. Une frappe trop faible passe pour du bluff, une frappe trop forte rend la riposte politiquement inévitable.
  • Quant à notre «  infériorité » comme chance : la théorie de la dissuasion dit plutôt l’inverse, une faiblesse perçue incite l’adversaire à tester les limites. Et elle pousse chaque camp à brandir plus tôt la menace nucléaire pour compenser sa faiblesse en moyens conventionels. La Russie a élargi sa doctrine en 2024, la France a lancé sa « dissuasion avancée » en mars 2026 avec la Pologne, l’Allemagne, la Suède ou le Danemark, et le traité New START a expiré en février sans successeur. Moins de garde-fous et des seuils plus flous, ce n’est pas vraiment rassurant.



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