Vous avez raison sur l’article 5 : il laisse chaque allié libre de la nature de son aide, il repose sur la légitime défense, et il exige le consensus des 32. Si des pays européens lançaient eux-mêmes un blocus, l’Alliance se diviserait probablement. Raison de plus pour juger ce scénario très improbable. Et votre frappe sur un navire a des précédents : l’USS Stark en 1987 (37 morts, pas de représailles), le Cheonan coréen en 2010 (46 morts, pas de guerre). Sur l’Orechnik aussi, je vous l’accorde, c’était l’Ukraine, pas nous.
Votre exemple des radars d’alerte avancée (Armavir, 2024) et des bombardiers à capacité nucléaire (Tu-95 et Tu-22M3, juin 2025) est intéressant. Ces frappes entraient dans la lettre de la doctrine russe, et Moscou n’a pas tiré : la doctrine dit que la Russie « peut » riposter, pas qu’elle « doit ». Certes, ces bombardiers tiraient des missiles de croisière conventionnels sur l’Ukraine, et certains en étaient chargés au moment de l’attaque, ce qui en faisait des cibles de guerre. Mais ce sont aussi des vecteurs nucléaires, et cela ne rassure pas pour autant : si les lignes rouges sont élastiques, personne ne sait d’avance où elles se situent. Retenue face à l’Ukraine ne veut pas dire retenue face à l’Europe, et c’est bien à l’Europe que s’adressait le « très court » de Lavrov.
Où nous sommes d’accord, c’est sur l’essentiel : le vrai danger n’est pas la décision rationnelle, c’est le dérapage, la provocation mal interprétée, l’escalade que personne n’a voulue. Et plus les doctrines sont floues, plus ce risque grandit.