• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Signaler un abus

jakem 9 octobre 08:12
jakem

@jakem
2 — Vous dénoncez « une élite française devenue une oligarchie ». Comment définissez-vous cette catégorie ? Pourquoi estimez-vous que cette élite française a « déserté »  ?

Commençons par dissiper un éventuel malentendu : je ne fais aucun procès au principe même d’élite. Toutes les sociétés ont besoin d’élites, c’est-à-dire de personnes capables d’assumer davantage de responsabilités et, surtout, de servir. Le problème commence lorsque l’élite cesse de se définir par ses devoirs pour se définir par ses privilèges, par ses mécanismes de reproduction et par une prétendue supériorité morale assise sur des « narratifs » incompatibles avec la réalité. Elle devient alors une oligarchie.

Ce que j’appelle la « désertion » des élites est précisément ce basculement vers l’oligarchie qui doit se décrire comme un processus continu, engagé depuis un siècle et en accélération depuis quarante ans. Déserter ne signifie pas nécessairement partir physiquement. On déserte lorsque l’on ne partage plus suffisamment le destin commun, lorsque l’on préfère le confort de représentations abstraites et souvent folles à la confrontation avec le réel. Une partie de nos élites vivent ainsi dans un univers social et mental de plus en plus homogène et en rupture absolue avec ce que vivent les Français.

La véritable ligne de fracture sépare ceux qui subissent directement les conséquences du réel - nous le voyons ces jours-ci avec la destruction de lycées et l’agression de citoyens ou des forces de l’ordre - de ceux qui disposent des ressources matérielles, sociales ou symboliques permettant de s’en protéger. Une élite digne de ce nom doit au contraire accepter d’être davantage exposée parce qu’elle est davantage responsable.



Palmarès