@jakem
3 — En reprenant les thèses de Peter Turchin, vous décrivez une « surproduction d’élites et de diplômés ». La source de l’instabilité structurelle qui règne dans la société française se trouve-t-elle dans la formation de ces élites ?
L’un des problèmes réside effectivement dans le décalage entre la multiplication des individus auxquels le système éducatif promet implicitement l’accès aux positions supérieures et le nombre nécessairement limité de ces positions. C’est l’un des apports intéressants de Peter Turchin : la surproduction d’aspirants à l’élite crée une concurrence extrêmement intense pour l’accès au pouvoir, aux ressources et à la reconnaissance.
Mais le nœud du problème est dans l’étape suivante du raisonnement qu’il faut conduire. Nous avons en outre progressivement confondu instruction, diplôme et aptitude à gouverner. Or un diplôme sanctionne l’acquisition de connaissances et de méthodes ; il le faisait tout au moins dans le passé, car le système éducatif aujourd’hui laisse souvent sceptique, il ne garantit ni le caractère, ni le courage, ni le jugement, ni l’intelligence des situations. Il ne donne pas davantage la conscience que toute décision véritable comporte un risque et une responsabilité. Ce n’est donc pas « trop d’intelligence » qui menace une société, c’est la fabrication massive d’aspirations élitaires sans culture correspondante de la responsabilité. Ce dont nos « élites » présentes nous offrent le spectacle, LFI en tête dans cette séquence émeutière qui n’a pas grand-chose à voir avec les problématiques des lycéens.