• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Signaler un abus

jakem 10 octobre 08:34
jakem

@jakem
2 — 

Ce blocus des lycées s’inscrit-il dans une faille plus large de l’école et de la transmission du savoir ?

Les manifestations surviennent quelques jours après la publication du classement Pisa, qui révèle crûment l’effondrement du niveau scolaire en France. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter à Pierre Bourdieu et aux livres qu’il a publiés avec Jean-Claude Passeron, Les Héritiers et La Reproduction. Les deux sociologues dénoncent, statistiques à l’appui, le grand mensonge de la méritocratie. Sous couleur de suivre la grande recommandation de Condorcet : « Les peuples libres ne connaissent d’autres moyens de distinction que les talents et les vertus », la sélection, disent Bourdieu et Passeron, transmue l’héritage social en grâce individuelle. Elle fait croire aux élèves bien nés qu’ils sont les meilleurs parce qu’ils obtiennent les meilleures notes et aux enfants des classes défavorisées qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes du destin qui leur est assigné, car la plupart d’entre eux n’atteignent pas la moyenne. 

L’école a entendu Bourdieu et voulu, réforme après réforme, corriger les injustices qu’il a mises au jour. Le collège unique a été instauré. Le redoublement a pratiquement disparu. Le baccalauréat est devenu un droit de l’homme. Et la lutte contre les inégalités a conduit à accueillir les élèves plus faibles dans des classes plus avancées et, ensuite, à se régler sur leurs capacités pour ne laisser personne sur le bord de la route. Résultat : le niveau a dramatiquement chuté. La politique compassionnelle et réparatrice née de la lecture des Héritiers pénalise d’abord ceux à qui elle est censée tendre la main. Les autres peuvent toujours s’en sortir par l’enseignement privé ou les cours particuliers.



Palmarès