Bonjour,
J’ai apprécié la grille des quatre points de vue, et le fait
que vous preniez au sérieux la question du financement des médias,
qu’on oublie souvent dans ce débat.
Mais je me permets un petit signalement au sujet de l’annexe.
J’ai cherché les études citées dans la réponse de Grok, et je
n’ai retrouvé aucun des chiffres avancés. Les organismes existent
bien (CNC, Affimétrie, Ipsos, Kantar, Médiamétrie), mais les
études mentionnées soit n’existent pas sous ce nom, soit portent
sur autre chose. Par exemple, le baromètre publicitaire du CNC
mesure les investissements des annonceurs, pas le comportement des
téléspectateurs. Il s’agit très probablement de chiffres générés
par l’IA, (problème que j’intègre dans la réflexion
ci-dessous).
La publicité d’aujourd’hui déborde largement le spot et
l’affiche. Entre influenceurs, contenus sponsorisés et techniques
de psychologie comportementale (le « nudge »), la frontière avec
la communication d’influence devient de plus en plus poreuse, au
point qu’on pourrait presque les regrouper sous un terme commun.
Cette porosité n’est d’ailleurs pas nouvelle : Edward Bernays,
neveu de Freud et père des relations publiques, employait
indifféremment les deux termes dans les années 1920 et intitulait
son livre de 1928 Propaganda, avant que le mot ne prenne la
connotation négative qu’on lui connaît. C’est lui qui, en 1929,
a fait de la cigarette un symbole d’émancipation féminine pour le
compte d’un cigarettier.
Les IA elles-mêmes sont une forme contemporaine de cette
influence. Elles ont tendance à la complaisance (la « sycophancy »
en anglais), en l’occurrence, dire à l’utilisateur ce qu’il
souhaite entendre, ou à lui fournir ce qu’il demande même quand
l’information n’existe pas. C’est probablement ce qui s’est
passé avec les chiffres de Grok.
Dans ce contexte, supprimer la publicité ne supprimerait pas
l’influence, elle la déplacerait. Ne pas montrer une option
oriente aussi nos choix, et celui qui décide de ce qu’on voit à
la place (comparateur, média, algorithme) exerce lui aussi une forme
d’influence. L’idéal serait sans doute de pouvoir choisir en
connaissant toutes les alternatives, avec un regard critique et un
peu de doute méthodique : ne rien tenir pour acquis avant de l’avoir
vérifié, qu’il s’agisse d’une publicité, d’un article ou
d’une réponse d’IA. Mais cela demande un effort considérable,
difficile à maintenir face au flot d’informations auquel nous
sommes exposés chaque jour, et c’est peut-être là le cœur du
problème.