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Accueil du site > Tribune Libre > 100 ans du PCF : une brève dialectique du Parti communiste français

100 ans du PCF : une brève dialectique du Parti communiste français

 

En décembre 1920 est fondé le PCF lors du congrès de Tours. Quelques décennies plus tard, à la fin de la Seconde guerre mondiale, le Parti communiste français devient le premier Parti de France grâce à ses succès électoraux. La prise définitive du pouvoir politique par les communistes était inévitable si la dynamique avait eu une ou deux décennies de plus.

Mais les causes fondamentales du déclin PCF est venue de l’Est. A partir des années 1970 et même un peu plut tôt les crises de pénuries de bien de consommation dans les pays du bloc de l’Est rendaient les économies de marché de plus en plus attirante pour la classe salariée. C’est à ce moment que le PCF a commencé son déclin électoral. L’effondrement économique du soviétisme provoqua l’effondrement électoral du PCF.

Pour comprendre cet effondrement économique, il faut connaître les schémas marxistes de reproduction élargie du PIB. Sans cela impossible de comprendre la disparition du soviétisme et par conséquent le déclin du PCF à la fin du XXe siècle.

Karl Marx après la publication du livre I du Capital, où il démontre l’existence de la plus-value (l’exploitation économique de la classe salariée par la classe capitaliste), il n’a pas eu le temps de publier le livre II du Capital. Friedrich Engels le publie en 1885. Dans cette théorie, le PIB est divisé en deux grandes parties : la production des moyens de production (section I) et la production des biens de consommation (section II). Chaque section se compose de trois parties : le capital constant c représentant la valeur des biens de production, le capital variable v représentant les salaires bruts, la plus-value p représentant les profits industriels et commerciaux, les intérêts, les rentes. Le schéma est de la forme :

Historiquement deux grandes interprétations des schémas marxistes ont dominé. La première, appelée unbalanced-growth model, est celle de la croissance plus rapide de la section I par rapport à la section II lors de la croissance du PIB. Cette théorie est défendue pour la première fois par Lénine en 1893 qu’il attribue faussement(falsification) à Marx. En effet, au contraire pour Marx c’est la production des biens de consommation la section II qui s’accroit le plus vite lors de la croissance du PIB et cela écrit par Marx lui-même dans son livre II. Presque tous les théories sociaux-démocrates ont adopté cette théorie de Lénine : Hilferding (1910), Rosa Luxembourg(1913), Otto Baeur, Henryk Grossman, etc. En URSS, elle est devenue la théorie officielle du Parti en macroéconomie où la planification avait pour impératif le développement plus rapide de la section des biens de production par rapport à la section des biens de consommation.

La seconde interprétation est la balanced-growth model dans laquelle lors de la croissance du PIB, les deux sections s’accroissent à la même vitesse. Cette façon de voir des schémas est adopté par Anton Pannekoek (1934) pour la première fois. Aujourd’hui cette théorie est largement adopté par les économistes surtout anglo-saxons : « the reproduction schemes as balanced-growth models is widely, almost universally, accepted nowadays  »(Andrew Kliman 2011).

On va voir que l’idée que Karl Marx défendait dans son livre II, le développement plus rapide de la section des biens de consommation par rapport à la section des biens de production que les économistes soviétiques ont falsifiée par le passé et que les économistes marxistes actuels semblent ne pas comprendre, est la seule vraie sinon il se produit des crises dans les échanges.

Les indispensables schémas de Marx pour comprendre l’URSS

Le premier schéma de Marx est :

On remarque que la composition organique du capital c⁄v=4 et le taux de plus-value p⁄v=1 dans les deux sections. L’investissement se fait en tenant compte de ces deux rapports.

1ere année

 Supposons que la section I investit la moitié de sa plus-value 500Ip. Alors (1000Iv + 500Ip) en argent s’échangent contre 1500IIc en biens de consommation. La plus-value investit se décompose, conformément à la composition organique, 400Ic en biens de production et 100Iv en salaires. L’échange de ces salaires contre des biens de consommation nécessite de la part de la section II un investissement en biens de production de 100IIc et en 25IIv salaires. Le résume de l’investissement est :

 

Le schéma devient :

A la fin de la première année, l’ensemble du PIB devient :

On remarque que la section I s’accroit de 10% et la section II de 6,67%.

2e année

Si on continue l’investissement comme à la première année tout se déroule de la même manière sauf que cette fois l’échange des revenus de la section I contre des biens de consommation provoque un investissement supplémentaire de la part de la section II. Le résumé de l’investissement :

A la fin de la deuxième, le capital dans les sections devient :

Les deux sections s’accroissent à la même vitesse soit 10%.

3e année

Si on continue l’investissement comme à la deuxième année, les deux sections s’accroissent toujours à la même vitesse soit 10%. A la fin de la troisième année le capital dans les deux sections devient :

On peut continuer ce calcul infiniment, les deux sections iront toujours à la même vitesse soit 10%. Et c’est là que les économistes concluent à la croissance égale des deux sections. Ils concluent trop vite !

 Reconsidérons les schémas, à la deuxième, à la troisième année et de façon infinie :

 1° la section II effectue toujours automatiquement un investissement supplémentaire δ lors de l’échange entre [Iv+(1 - α)Ip] et IIc et on a toujours [Iv+(1 - α)Ip] - IIc= δ avec α comme taux d’investissement de la section I.

2° On constate aussi que δ s’accroit toujours automatiquement à la même vitesse que la section I.

Posons CI = Ic + Iv et dCI l’augmentation annuelle de CI. Dans la section II, CII = IIc + IIv et dCII la variation annuelle de CII. Trouvons δ tel que (dCI ⁄ CI)=(dCII ⁄ CII)

Alors on a δ = φ - [(β + 1) ⁄ β]×[φCI ⁄ (CI + CII)] avec φ = (Iv + Ip) - IIc et β = c ⁄ v

Connaissant δ on peut trouver le taux d'investissement de la section I α = (φ - δ) ⁄ Ip

 On doit recommencer les calculs en tenant compte des remarques 1° et 2°.

1ereannée

Le schéma est en capitaux :

 δ = 45,45 avec α = 0,45 alors [Iv+(1 - 0,45)Ip] - IIc (en argent) > δ(en biens de consommation) , on aura donc une pénurie de biens de consommation au cours de l’année équivalent à δ - [(Iv+(1 - 0,45)Ip) - IIc] = -4,55. Donc les deux sections ne peuvent pas croître à la même vitesse sinon on a une crise de pénurie de biens de consommation.

Pour éviter la crise de pénurie dans la section II, le capital constant minimum ε que la section II doit investir lors de l’échange entre [Iv+(1 - 0,45)Ip] et IIc doit être supérieur à δ .

Donc ε =50, la section I investit alors 450Ip et on fait les calculs comme précédemment. La section II s’accroit de 9,33% et la section I de 9%.

A la fin de la première année on a :

2e année

C’est là que notre remarque 2° devient important. Dans le premier schéma de Marx, à partir de la deuxième année, δ s’accroît toujours à la même vitesse que la section I mais comme on a remplacé δ par ε pour éviter la pénurie, ε doit s’accroitre de 9% lors de l’investissement de la section II à la deuxième année. Donc on a ε = 54,5 et on détermine α = 0,45

A la fin de la deuxième année on a :

La section II s’accroit de 9,3% et la section I s’accroit de 9%. Maintenant l’illusion de la théorie de la balanced-growth model disparait d’un coup. En somme la section des biens de consommation s’accroit toujours plus rapidement par rapport à la production des biens de production.

Donc pour n’importe quel schéma donné vérifiant la condition Iv + Ip > IIc il existe un capital constant minimum que la section II investit chaque année en dessous duquel il y a pénurie de biens de consommation :

 ε = (φ - [(β + 1) ⁄ β]×[φCI ⁄ (CI + CII)]) + 10-n ou simplement ε = δ + 10-n avec n supérieur ou égale à zéro.

Le dogme soviétique du développement plus rapide des biens de production par rapport aux biens de consommation est la raison fondamentale de l’effondrement des communismes en Europe et par conséquent le PCF

En URSS et dans les pays de l’Europe de l’Est, c’était la loi fondamentale pour planifier l’économie engendrant des situations de pénurie chronique qui provoqua finalement le soulèvement populaire et partout ces régimes se sont effondrés. C’est dans ce mouvement dialectique global que se situe le déclin du Parti communiste français.

Mais le XXIe siècle sera plus communiste que le XXe siècle car au cours de ce siècle, inévitablement la majorité de la population sera confronté au chômage et l’idée communiste sera ultra dominante. Donc le plus grand Parti communiste français n’est pas encore mais naîtra surement. Est-ce que le PCF pourra révolutionner sa stratégie pour s’adapter au communisme des chômeu.rs.ses au XXIe siècle ? Le PCF ayant une démocratie interne solide, l’idéologie du capitalisme-$-salariat ne peut pas y dominer trop longtemps. Je crois que la jeunesse sera le moteur de cette révolution.


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8 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 22 décembre 2020 09:10

    Que le « déclin » du PCF soit lié à celui de l’URSS et que son implosion coïncide avec la disparition de l’Union Soviétique des écrans radars est une évidence qui n’a pas besoin d’équations pour être démontrée.

    Mais ce n’est pas tant le « modèle économique » qui est en cause que la structure politico-administrative que le PCF avait calquée : le « centralisme démocratique », une formule qui a le mérite d’annoncer la couleur.

    La classe sociale au pouvoir n’était pas la classe ouvrière, mais la bureaucratie, et cette réalité n’a rien de « marxiste ». Mais ça a permis de développer l’énergie nucléaire et de mettre en place un système de conquête spatiale dont le matériel est toujours utilisé pour envoyer en l’air des cosmo-astronautes y compris américains. Le PCF était une vitrine soviétique avant toute choses, et il est mort comme il a vécu. Il ne reste que des « monuments historiques » vivants, parlementaires et élus locaux dont la légitimité tient davantage à une tradition qu’çà un programme.

    Cela dit, le « centralisme démocratique » a fait des petits dans bien d’autres organisations, bien vivantes...


    • titi 22 décembre 2020 11:00

      @L’auteur

      « Le dogme soviétique du développement plus rapide des biens de production par rapport aux biens de consommation est la raison fondamentale de l’effondrement des communismes en Europe et par conséquent le PCF »


      En gros si ça a foiré c’est juste une mauvaise interprétation de la pensée de Lénine. Sinon ca aurait été génial.


      Le faire que le régime soit autoritaire, liberticide, et que cela apparaisse au grand jour avec la répression du printemps de Prague ou les écrits de Alexandre Soljenitsyne n’y sont absolument pour rien.


      Bah voyons.



      • le cathare 22 décembre 2020 11:12

        la France un des derniers pays communistes avec le taux de prélèvement le plus haut des 27 pays de l’Europe , ou un emploi sur quatre est fonctionnaire ou assimilé, a nouveau le plus haut, mais ou les salaires de ces fonctionnaires sont les plus bas de l’Europe...comme disait marchais ...c’est globalement positif. Bon OK on a pas le goulag , mais on enferme en psychiatrie un médecin opposant comme au bon vieux temps des soviets . Pour la répression façon STASI on a eu les éborgnés gilets jaunes., et un conseil de guerre constitué de commissaires politiques pour lutter contre les contres révolutionnaires qui ont mal supporté l’enfermement covid.Un gouvernement qui c’est acharné a détruire le petit commerce et les restaurants avec tout leurs fournisseurs ,,, comme l’avait fait le petit père des peuples qui extermina par la famine 6 millions de Koulaks ,les fermiers aisés russes.Oui camarade ,pour notre malheur on a bien commencé le 21 e siecle dans un pays presque communiste, allez encore un effort pour nous enfermer dans une démocratie populaire a la chinoise , sans syndicat , sans grève sous la dictature du parti unique

        Impôts et taxes : la France toujours championne d’Europe de la fiscalité Les recettes fiscales représentent en France 48,4% du PIB en France, soit 8,1 points de plus que la moyenne européenne.30 oct. 2019
         

        • M’bafo Pian 22 décembre 2020 11:13

          Je remercie les modérateurs d’avoir publier l’article. 

          Je dois préciser une erreur : dans l’article j’ai dit que δ doit s’accroître à la même vitesse que la section I comme dans le schéma de Marx où les deux sections s’accroît de 10%.

          Si on reprend les calculs δ =45,45 et α = 0,45455, à la deuxième année δ s’accroît plus vite que la section I d’où la croissance plus rapide de la section II par rapport à la section I(j’arrondi à 4 chiffres après la virgule). 

          On peut continuer le calcul autant qu’on veut(les nombres décimaux sont importants pour faire la différence) la section II sera toujours plus rapide que la section I

          Je publierai cette correction sur mon blog.


          • Lugsama Lugsama 22 décembre 2020 11:26

            Le PCF à droit à des éloges funèbre à n’en plus finir sur Internet.


            • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 22 décembre 2020 14:00

              @Lugsama

              Et pour cause :
              « Les justes éloges ont un parfum que l’on réserve pour embaumer les morts. »
              Voltaire


            • titi 22 décembre 2020 14:40

              @L’auteur

              Un de mes profs d’histoire avait une théorie très intéressante...

              D’après lui à la fin de la guerre, les vainqueurs se sont réservés les industries « stratégiques » : faire des avions, des satellites, des fusées que de l’industrie lourde nécessitant des gros investissements dans l’outil de production, et on laissé aux perdants la manufacture des « babioles » non nécessaires à la prochaine guerre.

              Une décision tout à fait indépendante de la lecture ou de la compréhension des écrits de Lénine : juste une décision de précaution, être prêt pour la prochaine confrontation en s’assurant que l’Allemagne, le Japon mais aussi la Chine Nationaliste ne reviennent pas au premier plan.

              Sauf que cette confrontation elle n’a pas eu lieu et ceux qui déposent des brevets, ce sont les fabricants de « babioles ».


              • mursili mursili 23 décembre 2020 14:45

                Alors on a δ = φ - [(β + 1) ⁄ β]×[φCI ⁄ (CI + CII)] avec φ = (Iv + Ip) - IIc et β = c ⁄ v

                Et voilà pourquoi votre bilan est globalement positif...

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