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A l’école des catastrophes

Pendant plus d’une semaine le cyclone Irma a fait la une de tous les médias, au détriment des autres informations. Mais il y a sans doute une leçon à tirer de ses terribles conséquences

 Dans l’actualité du monde, les conflits entre les hommes, qu’ils soient latents ou déclarés, intra ou extra-nationaux, occupent en général le devant de la scène médiatique. Chacun voit midi à sa porte et il en irait de même pour les autres espèces animales si elles avaient un système de communication aussi développé que le notre. Mais que la nature s’emballe et les questions liées aux divergences humaines sont d’un coup reléguées au second plan. Ce choix informatif n’est pas dénué d’arbitraire ; sous un certain angle il offre même une diversion appréciable pour ceux qui sont en charge des dossiers sensibles du moment – comme la grogne sociale ou le terrorisme.

Reste que les colères de la terre, qu’elles prennent la forme d’un tsunami, d’un cyclone ou d’un tremblement de terre, demeurent toujours effroyables pour ceux qui y sont confrontés. Elles remettent l’homme à sa juste place – c'est-à-dire pas grand-chose – sur l’échiquier naturel, le forçant à se contempler au miroir de sa vulnérabilité. Nous le savons depuis la nuit des temps ; c’est même le moteur de notre prodigieuse évolution. Mais le degré de sophistication atteint par notre civilisation finirait par nous le faire oublier sans ces rappels aussi destructeurs que périodiques. Face à eux nous nous découvrons désarmés et désemparés, tout comme nos plus lointains ancêtres. Certes, nous avons la technologie nécessaire pour prévoir de tels phénomènes ; encore que nous ne puissions pas – nous l’avons vu avec Irma - déterminer exactement leur intensité et leur trajectoire. Et lorsque le monstre climatique arrive, il ne reste aux hommes que l’exode ou l’enfermement dans ses plus solides constructions. En l’état actuel des choses, nous ne pouvons que le subir, impuissants que nous sommes à l’atténuer ou le dévier de sa course. Autrement dit, la nature reste souveraine et beaucoup, devant de tels déchainements, sont enclins comme aux premiers temps à lui prêter une intentionnalité mystérieuse.

Le passage d’Irma dans les Antilles françaises ne produira peut-être pas un poème comparable à celui de Voltaire après le cataclysme qui frappa Lisbonne en 1755 (les pertes humaines ne sont heureusement pas de la même ampleur). Mais il ne peut que soulever des interrogations : pas seulement sur le mal, Dieu et la Providence mais aussi sur la responsabilité humaine dans ces ravages. Car là encore, les intérêts des promoteurs immobiliers ne coïncident pas toujours avec ceux des autochtones (matériaux trop légers, constructions trop près de la mer). On cherche forcément des coupables et on en trouvera bien vite, en espérant que les reconstructions qui s’annoncent prendront en compte les normes nouvelles en matière de sécurité. L’état français est également mis en cause, non seulement pour sa gestion approximative des évacuations et des premier secours mais surtout pour le peu d’investissements qu’il a fait jusqu’ici dans ces territoires ultra-marins : les Dom-Tom, c’est si loin quand on vit en métropole. Et quid du réchauffement climatique qui n’est pas pour rien dans la violence - et la fréquence - de ces manifestations paroxystiques ?

Au-delà des failles sociales et politiques que révèlent toujours ce type de phénomènes, il y a le sempiternel spectacle des comportements humains en situation de crise. Ils se résument finalement à deux attitudes fondamentales : l’avidité et la générosité. Les uns se ruent sur les magasins abandonnés, emportant tout ce qu’ils peuvent prendre - et pas seulement pour leur survie immédiate. D’autres, au contraire, mettent en place spontanément la chaîne de la solidarité et de l’aide aux plus éprouvés. On sait à quoi s’attendre si, comme le pense Nicolas Hulot, le pire est devant nous. Car la catastrophe agit en tout lieu comme un accélérateur des passions humaines, des plus basses aux plus élevées. Mais après le temps de l’action vient celui de la réflexion. Puisse –t’elle, en montrant la fragilité de notre condition, nous détourner de nos mesquins conflits d’intérêts pour mieux affronter les menaces que la nature fait toujours peser sur notre espèce.

 

Jacques LUCCHESI


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4 réactions à cet article    


  • baldis30 15 septembre 2017 09:59

    bonjour,

    « il y a sans doute une leçon à tirer de ses terribles conséquences »

     ce ne sont les leçons des conséquences qu’il faut tirer, mais les leçons des erreurs antérieures aux conséquences .

    Dire qu’on ne savait pas qu’un cyclone de catégorie 5 pouvait frapper n’importe quelle zone des Caraïbes à n’importe quel moment , c’est se f... du monde.

     Exactement comme dire qu’aucun séisme de magnitude 9 ne frappera jamais la côte Ouest des U.S.A. à n’importe quel moment , c’est se f... du monde.

    Exactement comme dire qu’aucune crue du Vidourle ne noiera Sommières dans l’avenir ... après 1907, 1958 et 2002 .... à n’importe quel moment , c’est se f... du monde.

    Les exemples abondent dans l’Histoire c’est à dire de façon écrite. Outre ce que peuvent rapporter les études géologiques, sédimentologiques, dendrochronologies, etc.... et c’est aussi écrit mais d’une autre façon ... et le nier c’est se f... du monde.

    Qui se f... du monde .. ? 

    Aussi bien les gouvernants que ceux, nombreux avides et épris de prébendes et décorations qui se chargent de diffuser des propos qu’on ne peut plus qualifier de café du Commerce mais seulement de ragots d’infâmes gargotes... ces dernières portant fréquemment le nom de « médias »...

    Les normes elles existent ... il y a en France des règles Neige et Vent, qui comme toutes les règles n’interdisent pas de prendre en compte les réalités de terrain comme les effets de site. De la même façon qu’un circulaire impose de prendre en compte la plus forte crue connue ou à défaut la crue de fréquence centennale ( donc pur produit du calcul statistique, centennal n’ayant jamais voulu dire séculaire.... ) .

    D’un côté des normes de résistance des matériaux, de l’autre des normes d’urbanisme ... et quelquefois les deux peuvent se combiner pour donner un problème de sécurité insoluble ....

    L’exemple de problème insoluble c’est d’organiser les secours à partir de lieux eux-mêmes frappés par les éléments : Gendarmerie de Sommières, Pompiers d’Olonzac ou de Bize-Minervois, Gendarmerie de Durban pour des constats personnels de terrain .... ( et je me limite volontairement.. sans vouloir ajouter des témoignages reçus).

    Avant l’hiver rappelons quelques chutes de neige dans la vallée du Rhône qui bloquèrent toute circulation sur l’autoroute A7, pas une fois mais plusieurs. La première fois la catastrophe humaine fut évitée parce que l’Office du tourisme de Montélimar, quelques mairies et la S.N.C.F. ( un de ces organismes qui font ici-même le délice destructeur d’un ancien esclave de Rome) agirent de leur propre initiative.... L’incident, qui s’apparente à un incident cévenol d’hiver  s’était déjà produit et s’est reproduit depuis ... localement les gens sont ... rodés ... !

    Les seules catastrophes en France que je peux considérer comme cas de force majeure en France ce n’est pas 1907 ou 1910 ou 1958 mais seulement Vaison-la-Romaine et le séisme ligure de la fin du XIXème siècle !


    • blackh blackh 15 septembre 2017 10:09

      Nicolas Hulot une référence... ??


      • baldis30 15 septembre 2017 15:07

        @blackh
        bonjour,

        « Nicolas Hulot une référence... ?? »

         Ô que oui ! ...... cela dépend de ce que vous voulez référencer .... !  smiley


      • Orageux / Maxim Orageux / Maxim 15 septembre 2017 13:54

        On va s’il vous plait laisser Hulot ce fumiste là où il est et où il ne devrait pas être, et le réchauffement climatique qui n’est qu’une supercherie pour faire peur aux gogos ....


        Le cataclysmes ont existé de toutes les époques, certainement plus dramatiques que ceux de maintenant ....

        Maintenant ça fait surtout les choux gras de la presse écrite et télévisuelle, et ça tombe à merveille pour les politiques , pensez donc on en rajoute un peu dans le catastrophisme bon marché , un Jupitérien qui n’est qu’une merde comme tous les humains va faire le cador en gesticulant....on va entendre les sempiternelles promesses " Plus jamais ça.....Nous ne vous laissons pas tomber....La république et les français sont sous l’émotion et la solidarité va se manifester......Nous ferons tout pour que cela ne se reproduise jamais......JL Mélenchon s’associe à votre douleur.......Anne Hidalgo a une pensée émue pour les insulaires victimes frappées au plus profond de leur chair......François Hollande regrette de n’être plus aux manettes, avec lui , tout aurait été reconstruit en deux semaines....Christiane Taubira à une pensée douloureuses pour ses soeurs et frères de couleur, victimes d’une Irma, symbole de la brutalité du colonialisme, responsable des catastrophes qui ont tellement endeuillées nos peuples !!!! ......etc......

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