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A la santé de la parité

 

Qu'en est-il de la parité dans la vie publique quand ce sont des femmes qui ne la respectent pas ? La récente affaire de la mairie de Paris en fournit un bon exemple.

L'affaire n'a pas fait grand bruit ces jours-ci. Il est vrai qu'entre les vaccins anti-Covid, son inquiétant variant anglais et la menace d'un troisième confinement, les Français ont d'autres chats à fouetter. Elle est néanmoins significative de la révolution sociétale qui s'opère silencieusement dans ce pays. Mais revenons à la chronologie des faits.

En 2018, la mairie de Paris procède à la nomination de seize nouveaux directeurs et sous-directeurs, afin de renouveler son personnel encadrant. Or, onze d'entre eux sont des femmes, ce qui laisse seulement cinq postes aux hommes. Alors qu'il faut, selon les directives gouvernementales, un minimum de 40% d'employés de chaque sexe dans la fonction publique, ici le pourcentage s'élève à 69% en faveur des femmes. Bonjour la parité ! Devant ce déséquilibre manifeste, le ministère concerné inflige, en décembre dernier, une amende de 90 000 euros à la mairie de Paris. Bien entendu, Anne Hidalgo s'insurge, jugeant « absurde et dangereuse » cette pénalité. Est-ce à dire que l'injonction à la parité ne devrait concerner que des élus masculins ? Et que, lorsqu'il y a une promotion excessive des femmes à des postes-clés, ce ne serait que justice, eu égard à leur infériorisation passée ? Cela témoigne, quoi qu'on dise, d'une conception à géométrie variable de ce beau concept.

Mais le 27 janvier, c'est le coup de théâtre : Amélie de Montchalin, ministre en exercice de la Fonction Publique, décide d'annuler l'amende qu'elle qualifie elle-même « d'absurde » vis à vis de la cause des femmes – la seule qui vaille, évidemment. Elle justifie sa décision par la loi de transformation de la fonction publique d'août 2019 qui dispense de pénalités les employeurs qui nomment trop d'hommes ou de femmes, pour peu qu'il n'y ait pas un déséquilibre flagrant.

C'est pourtant le cas dans cette affaire. En outre, il n'est dit nulle part que la loi en question soit rétroactive (pour des faits l'ayant précédée). Dans ce cas, la communauté d'agglomération de Bourg-en-Bresse (Ain) devrait aussi en bénéficier, puisque, pour les mêmes raisons, elle a dû s'acquitter en 2019 d'une amende équivalente. Y aurait-il, là aussi, deux poids et deux mesures, selon que l'on est proche ou non du centre du pouvoir ?

Depuis plusieurs décennies la parité a été l'un des chevaux de bataille des féministes, son but étant de permettre aux femmes d'accéder à une plus grande représentation dans la vie publique et professionnelle. Une juste cause, sans doute, à condition que ce ne soit pas seulement pour compléter des listes électorales, qu'il y ait un véritable désir de faire de la politique chez celles qui y sont incitées. A condition, aussi, que les manquements à cette règle, qu'ils viennent d'hommes ou de femmes, soient également sanctionnés. Or, que voit-on dans l'affaire de la mairie de Paris ? Une femme de pouvoir qui exonère une autre femme de pouvoir de sa faute, c'est à dire une collusion – aggravée – de genre. Peut-on, après cela, parler encore d'égalité entre les femmes et les hommes dans ce pays ? N'est-ce pas, bien plutôt, l'aval donné à un processus de remplacement des uns par les autres partout où cela est possible ? Mais si l'on cherche à compenser les injustices de l'ancien système patriarcal par les outrances d'un nouveau système gynocratique, on risque fort de faire fausse route.

 

Jacques LUCCHESI


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3 réactions à cet article    


  • Pic de la Mirandole Pic de la Mirandole 30 janvier 14:00

    Peut-on, après cela, parler encore d’égalité entre les femmes et les hommes dans ce pays ?

    La France n’est pas un pays : c’est une scène de théâtre de tragédie-bouffe.


    • Jeekes Jeekes 30 janvier 15:06

      ’’Une femme de pouvoir qui exonère une autre femme de pouvoir de sa faute, c’est à dire une collusion – aggravée – de genre. Peut-on, après cela, parler encore d’égalité entre les femmes et les hommes dans ce pays ?’’

       

      Bien entendu, et plutôt deux fois qu’une ! 

       

      On en a la preuve éclatante dans cette affaire.

      Deux femmes au pouvoir, qui magouillent entre elles, c’est l’égalité parfaite avec les z’élus masculins. Tous aussi pourris...

       


      • placide21 31 janvier 08:14

        L’ utilisation d’un passé réel ou fantasmé, pour s’exonérer de leurs méfaits sur leurs victimes présentes est courant chez les humains prédateurs : ce ne sont que des alibis pour sidérer la proie et la dévorer. Malheur au vaincu.(Les femmes ne se bousculent pas au portillon dans le bâtiment)

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