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Abundance, The Future Is Better Than You Think par Peter H. Diamandis et Steven Kotler

Nous avions il y a quelques années donné sur le site Automates Intelligents un large écho à la thèse dite de la Singularité, brillamment défendue par l'inventeur et futurologue américain Ray Kurzweil. (voir notre présentation de son ouvrage The Singularity is near, Penguin Book 2005) Rappelons en deux mots que pour les tenants de cette façon de voir l'avenir, réunis désormais dans le Singularity Institute, les développements exponentiels et convergents des nouvelles sciences et des comportements associés devraient résoudre dans les prochaines décennies les problèmes de rareté et de pollution actuellement pronostiqués par les scientifiques non moins respectables qui annoncent l'effondrement des civilisations anthropotechniques.

Pour notre compte, devant l'accumulation des tensions entre la consommation-gaspillage des ressources et les capacités de réponse de la planète, nous avions fini par penser que les pronostiqueurs du « collapse global » étaient plus crédibles que ceux de l'abondance par la Singularité. Cette dernière n'est-elle pas un mythe suggéré par les oligarchies détentrices des richesses et des connaissances pour calmer les revendications et les révoltes de ceux se voyant enfermés à vie dans un futur sans espoir.

Pour être objectif, il faut cependant observer que les apôtres de cette véritable religion laïque qu'est la Singularité n'ont pas renoncé à se battre pour rendre crédible et donc faire vivre leur foi en un avenir potentiellement meilleur. Sans se départir d'un regard critique à leur égard, il faut néanmoins s'efforcer de les entendre.

Pour cela, ceux qui ne suivent pas de près les travaux et conférences de l'Institut de la Singularité pourront mettre à jour leurs connaissances par la lecture d'un ouvrage à paraître, déjà très commenté, « Abundance, The Future Is Better Than You Think » . Dans ce livre, les auteurs Peter H. Diamandis (président de la X-Prize Foundation et cofondateur de la Singularity University) et l'écrivain scientifique Steven Kotler se livrent à un très efficace travail de communication pour convaincre le lecteur des raisons qu'il devrait avoir de croire en l'avenir.

Ils insistent à cette fin sur ce qu'ils nomment quatre forces émergentes susceptibles de changer le monde. La première et sans doute la plus importante repose sur le développement exponentiel des technologies émergentes déjà abondamment évoquées par Ray Kurzweil. Mais qui dit technologies émergentes ne dit pas technologies déjà en voie d'émergence. Ce concept doit inclure, conformément à la thèse néodarwinienne de la mutation créatrice, l'apparition non prévisible de nouvelles solutions auxquelles personne n'a encore pensé et qui naitront du bouillonnement chaotique des intelligences. Plus le milieu sera ouvert et communiquant, plus ces inventions auront de possibilités pour se développer et faire apparaître de nouvelles ressources. Refuser ce postulat serait impensable de la part d'un esprit scientifique nourri à la philosophie des Lumières.

Forces émergentes socio-politiques

Les autres forces évoquées par les auteurs relèvent de l'analyse sociologique ou même sociologico- politique. Elles reposent sur l'hypothèse que les technologies émergentes seront exploitées par des dynamismes sociaux qui leur donneront à la fois leurs ressorts et leur portée.

Il s'agira de trois moteurs d'innovation qu'ils nomment dans l'esprit un peu messianique propre à l'Amérique « L'inventeur Domestique » (pour traduire le terme de «  DO It Yourself Innovator », le « Technophilanthropisme » et le Milliard de ceux qui veulent s'en sortir ( le «  Rising Billion  »). Globalement il s'agira de tous les individus, riches ou pauvres et les petites entreprises (nous pourrions ajouter le monde des activités associatives et solidaires) qui vont se saisir des opportunités offertes par la créativité scientifique et technologique pour faire apparaître de nouveaux processus ou de nouveaux outils. Ceux-ci devraient non seulement procurer de nouvelles ressources, mais résoudre les conflits avec l'environnement résultant d'un accroissement de la demande globale.

Les auteurs donnent de nombreux exemples du surgissement d'initiatives qu'ils pronostiquent, dans le domaine de la santé, de l'agriculture, de l'énergie, de la dépollution...Ainsi en serait-il des « fermes verticales » qui devraient remplacer l'agriculture traditionnelle par des techniques utilisant 80% moins de terre, 90% moins d'eau, 0% de pesticide et 0% de coûts de transport – tout en occupant d'une façon intelligente des milliers d'actuels chômeurs.

Ces inventions reposeront en grande partie sur le sens de l'intérêt collectif qui devrait animer ceux qu'ils nomment les technophilanthropes – dont tous ceux qui s'investissent dans la diffusion des connaissances à travers l'Internet gratuit donnent des exemples. Mais elles reposeront aussi sur le cerveau global constitué par les centaines de millions de citoyens qui voudront faire travailler leur imagination au service de leur propre survie, sans faire appel à la conquête et au pillage comme beaucoup sont aujourd'hui tentés de le faire. Il pourra s'agir des plus pauvres, décrits comme le milliard des travailleurs à 2 dollars, dès qu'ils utiliseront les réseaux pour se regrouper et investir.

Le livre ne donne pas les outils qui permettraient de mesurer les impacts globaux, tant sur les ressources et l'environnement que sur la satisfaction des besoins, résultant d'une explosion (non chiffrée) de telles inventions. On pourra donc rester sceptique, mais surtout y voir une tentative politique pour sauver le rêve américain en péril aujourd'hui, par un appel renouvelé à ce qui en était le pilier, la libre entreprise et la libre invention – y compris à l'égard des restrictions imposées aux inventeurs par le capitalisme financier détestant la prise de risque.

On y verra aussi, plus globalement, une tentative pour sauver le Système, défini par les militants du mouvement Occupy comme opposant 5% d'hyper-riches à 95% de pauvres. L'appel aux milliardaires philanthropes (?) pour sauver le monde, tels par exemple ceux qui comme Richard Branson (groupe Virgin) s'investissent dans de nouvelles formes d'industries spatiales, paraîtra bien naïf.

Il serait cependant léger de se détourner du message roboratif ainsi proposé, au profit d'un pessimisme systématique qui ne serait pas davantage fondé. Le futurologue doit garder en l'esprit que tout peut arriver et que notamment le passé ne commande pas le futur. Ce ne sera pas en restant les mains dans les poches que l'on pourra survivre.

En tous cas, ceux qui voudraient relancer l'innovation et la croissance durable en Europe à partir d'investissements aidés par les Etats trouveront là de nombreuses occasions d'agir. 

Pour en savoir plus
Abundance. The book, avec un exposé video de Peter Diamandis (anglais) http://abundancethebook.com/


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8 réactions à cet article    


  • Automates Intelligents (JP Baquiast) 24 janvier 2012 11:59


    Merci de me publier. J’ajoute que la BBC vient de publier les prévisions d’un panel de lecteurs concernant les changements scientifiques et technologiques prévisibles d’ici 100 ans. Ces prévisions sont accompagnées des commentaires de deux futurologues. Le document est très intéressant. Nous y reviendrons. http://www.bbc.co.uk/news/magazine-16536598


    • Automates Intelligents (JP Baquiast) 24 janvier 2012 17:53

      N’esquivons rien du tout. Je me suis borné à vous rapporter un livre parmi d’autres. Mes propres sites sont essentiellement consacrés à des débats politiques sur les sciences et les techno. Si je viens de temps en temps sur Agoravox, c’est bien pour élargir le cercle de mes lecteurs habituels


    • xantrius 24 janvier 2012 14:44

      Je trouve votre article intéressant, mais il esquive l’auto-dynamisme du système capitaliste et les intérêts de la caste qui tient actuellement le pouvoir. Tout votre description reste pour l’instant une potentialité et ce n’est pas sur qu’elle se transforme en réalité. Le nerf du capitalisme est la production du plus-valu par son marché et rien d’autre. Les merveilles technologiques sont appliquées que dans cette optique la et, si nécessaire détourné, non pour le bonheur de la humanité et toutes les espèces vivantes, mais pour pétrifier une situation insupportable.

      Est-ce que nous avons le droit d’esquiver, dans les réflexions comme les votres, les questions de fonctionnement actuelle ?


      • easy easy 24 janvier 2012 22:34

        Tous les romans d’anticipation utilisent l’artifice du saut dans le temps. Leur roman se passe non pas la semaine prochaine mais dans des dizaines d’années.
        Partant de là, leur spéculation est totalement libre.


        Lorsqu’il se produit un véritable mouvement, lorsqu’on est vraiment dans une dynamique, tout le monde le sent et il n’est plus besoin d’inventer une anticipation pour donner le moral aux gens. Ils l’ont déjà. 

        Et les véritables bonds se produisent toujours, oeuf ou poule, pendant que chacun peut constater de grands chantiers publics étalés sur tout le territoire (non centralisés sur un seul chantier royal). Et autant préciser que les chantiers étatiques les plus porteurs sont ceux qui ont trait aux transports et à la formation (depuis toujours) ainsi qu’à la production et la distribtion d’énergie (depuis peu). Non au logement que l’état doit certes permettre et organiser mais qu’il ne devrait pas construire car l’habitat -idéalement individuel- doit découler du travail -individuel- (chacun doit démarrer sous une guitoune et finir dans un château, c’est cela qui fait et entretient une dynamique)


        Actuellement, on ne sent rien.
        Il ne se passe donc rien et les spéculations optimistes sont fondées sur rien. .



        • zelectron zelectron 25 janvier 2012 12:07

          et les forêts de chênes plantés (chacun différents les uns des autres pour respecter la diversité, pas comme aujourd’hui les clones ou les OGM) sous Colbert pour les 500 années à venir ?


        • Karash 24 janvier 2012 23:52

          Et qu’est ce qu’ils ont à répondre à ça :  http://passerellesud.org/Philippe-Bihouix-Quel-futur-pour.html vos optimistes ? 


          La croissance verte vaincue par KO par la fin des réserves métalliques.
          Et ce ne sont pas des militants écervelés, ce sont des ingénieurs sortant d’une grande école, qui en font le constat.

          • Automates Intelligents (JP Baquiast) 25 janvier 2012 21:12

            à Karash
            Je ne suis pas metallurgiste mais il me semble que la question de la raréfaction des gisements métallifères actuellement connus sera compensée par d’autres techniques, il est vrai beaucoup plus coûteuses : recherche de nouveaux gisements (cf afghanistan), extraction dans les fonds marins, dans certains magmas, par électrolyse, etc. - sans parler de la récupération.


            • Karash 26 janvier 2012 22:28

              L’humanité utilise une multitude de sources d’énergie différente.
              L’une d’entre elle, c’est l’exploitation des zones de faibles entropie.
              Imaginez un alliage contenant tous les métaux possibles en quantité égales.
              On ne peut rien en faire, c’est infame ... l’électronique à besoin de pureté.

              Une mine, c’est un petit coin ou le minérais est « plus propre » qu’ailleurs. Il est plus concentré en l’élément recherché et contient donc moins d’impuretés.

              Quand on parle du « cout » de l’épuisement des ressources minières, il faut bien se rendre compte que c’est avant tout un lourd tribu en énergie qu’on paie pour la purification. Or, pour les machines exploitant des énergies renouvelables on besoin de plus de métaux que ce qui était nécessaire pour le pétrole.

              Il s’agit d’un cercle vicieux, verrouillé par la thermodynamique. Rêver d’un futur où regnerait l’abondance, c’est rêver de la colonisation de l’univers. Pas moins. Notre planète ne peut pas soutenir ce genre de folies.

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