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Amédée Maingard Mauricien agent secret de sa majesté britannique

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l’auteur Jan Maingard

Jan Maingard est bien connu des Mauriciens de Port-Louis la capitale de l'île, pour son "Atelier Littéraire" lieu de rencontre et galerie d'art pour artistes, journalistes, public amateur de littérature, de peintures ( lui-même a produit peintures, dessins, caricatures, livres). L'Atelier est implanté dans les dépendances de la résidence du premier métis élu maire de Port-Louis avant d'être député.

Jan Maingard publie aujourd'hui un beau livre de plus de 300 pages, richement illustré d'articles de presse, lettres écrites à la famille, photographies, de son père Amédée Maingard :" ils l'appelaient Samuel", de son nom de clandestinité. Livre rare qui foisonne de documents de première main, inédits, qui permettent au lecteur de bâtir, pas à pas, l'histoire au quotidien. Avec ce livre on est en direct, en live comme on dit actuellement, au plus profond de l'action de la résistance.

Son père, parti pour faire des études d'expert-comptable à Londres en 1937 ( l'île Maurice appartenait à sa glorieuse majesté !), s'est engagé volontairement dans l'armée britannique une semaine après sa majorité. Il a été entrainé afin d'être inclus dans le S.O.E., Special Organisation Executive, l'armée secrète de Churchill, la fameuse "firme". Il devient un agent redoutable, sachant vivre dans la clandestinité, avec de multiples identités, sachant utiliser les encres qui permettent de dissimuler les écrits, capable de forcer les serrures, de faire des sabotages,de voies ferroviaires, d'infrastructures de première importance,avec toujours dans sa poche de quoi se suicider en cas d'arrestation.

Il est parachuté en France près de Tarbes en avril 1943 en tant qu'agent secret.Son secteur va couvrir le Sud-Ouest de la France. Dans la clandestinité, il va réceptionner des armes et entrainer les résistants français pour le maniement de ces armes. Responsable de la région Poitou-Charente, il va réceptionner des SAS (Special Air Service), des Jedburghs (pour coordonner l'action des maquis français) , et des agents de l'OSS qu'il dirige sur le terrain.

Dès 1942 il a le projet de se lancer dans le tourisme afin de faire connaitre son pays. De retour en 1946 il intégrera la firme que dirigeait son père. Il crée le département aviation et tourisme, devient le représentant d'Air France, de BOAC et de Qantas. Il crée également Mauritius Hotels, le MTTB Mauritius Travel Tourist Bureau et un peu plus tard Air Mauritius la compagnie aérienne de son pays, connue dans le monde entier.

Mais cette partie de sa vie n'est pas l'objet du livre produit par son fils qui s'en tient aux épisodes de la tourmente de la deuxième guerre mondiale.

Il est mort en 1981, trop jeune disparu, à l'âge de 62 ans...

Jan Maingard n'aime pas que l'on qualifie de héros, son père qui a fait, comme il dit, ce qu'il avait à faire. Et pourtant quelle magnifique personnalité ! Cet homme au milieu de la barbarie nazie, risquant sa vie à chaque instant, sait que, s'il est pris, l'Angleterre ne pourra rien faire pour lui. Il va former près de 15000 résistants également exposés aux mêmes risques mortels.Courage que ces hommes vivent au jour le jour sans le reconnaitre. Il recevra quant à lui une dizaine de décorations dont notre Légion d'honneur et le Distinguished Service Order britannique.

Choqué par la guerre inhumaine il ne parlera pas de ce qu'il a vécu. Jan Maingard nous le dit : "Jamais il ne lâcha le moindre mot au sujet de la guerre, de sa guerre, des agents secrets, des maquis, des compagnons d'armes, des combats, des actions d'éclat, des sabotages, de la guérilla...". "Ce n'est qu'après son décès que nous avons vraiment découvert tous ses documents, même top secret ; toutes ses photos jaunies, oubliés dans de vieux albums. Tous ses papiers planqués dans des boites en carton et à l'intérieur d'une petite valise Air France en toile plastifiée de couleur bleue". Jan Maingard les utilisera bien longtemps après la fin de l'horrible hécatombe pour publier le livre que les Mauriciens ont entre les mains et que les français vont pouvoir découvrir.

Ils pourront lire cette "anecdote" : "A chaque déplacement par train, encombré par des valises pleines de radios, d'armes, d'argent et de je ne sais quoi, Samuel décidait d'aller systématiquement les déposer à proximité des hommes en noir, les collabos, la milice pro-allemande, police militaire de Vichy.Tout à côté de ces ennemis-là, disait-il, ils ne seraient pas suspectés et ne craignaient aucune fouille intempestive".

Et ils pourront méditer cet avis d'un historien français, Christian Richard, ancien maire dans la Vienne : "Les Mauriciens peuvent (j'ose même dire "doivent") être fiers de ce que Samuel a fait pendant la guerre, en particulier dans la Vienne où il fut un véritable catalyseur".

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Amédée Maingard ils l’appelaient Samuel

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