Artémis et Ormuz – L’humanité se pense elle-même : angoisse, guerre et transcendance immanente à l’âge des décideurs déments
Le 10 avril 2026, quatre astronautes amerrissaient au large de la Californie après avoir accompli un tour de la Lune à bord de la capsule Orion, couronnant la mission Artémis II. Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch, Jeremy Hansen, un homme blanc américain, un homme noir américain, une femme blanche américaine, un homme blanc canadien. Premier vol habité autour de la Lune depuis un demi-siècle. Ce même mois, au Moyen-Orient, des milliers de civils mouraient sous les bombardements. Des enfants iraniens formaient des boucliers humains autour de ponts et de centrales électriques. Le vice-président américain quittait Islamabad après vingt et une heures de négociations infructueuses. Donald Trump annonçait le blocus du détroit d'Ormuz. Deux images simultanées : l'humanité en orbite lunaire, et l'humanité en guerre. Loin d'être une contradiction, cette simultanéité est le cœur même de ce que nous allons tenter de penser ici, sous le nom d'« Essence Substantielle ».
1. L'Essence Substantielle : définition d'un concept
L'Essence Substantielle divine immanente désigne la présence de Dieu ou du sacré à l'intérieur même du monde, de la Nature comme de la nature de l'être humain. Elle est la transcendance, inaccessible parce que, sans le savoir, notre pensée nous dit que nous venons d'elle. Cette conception implique que la divinité imprègne toute la création, la réalité ultime agissant au cœur de l'existence plutôt qu'à l'extérieur. Ceux qui réfutent cette immanence ne la réfutent que parce qu'elle leur a octroyé le libre-arbitre, et ils ne changent en rien à la Nature du monde. Elle est la logique interne de ce que l'humanité est : une logique qui se déploie à travers chaque être humain, sans que nul ne la commande, sans que nul n'en soit exempt. Les humains n'existent que par leurs corps et leurs pensées, qui sont tous deux donnés. Ils ne se sont pas choisis. Leur langue, leur culture, leurs désirs profonds, leur capacité même à penser, tout cela leur a été octroyé. Même le libre-arbitre dont ils se réclament leur a été accordé. En ce sens, l'Essence Substantielle agit en chaque être humain comme une logique qui le précède et le dépasse, sans qu'il en prenne conscience. « Nous ne commandons pas nos destins. Nous le croyons seulement ; et c'est précisément ce qui fait notre essence d'être. » C'est dans cet espace, entre la croyance en notre liberté et la réalité de notre conditionnement, que l'Essence opère. Elle n'est pas une puissance extérieure qui interviendrait comme un deus ex machina. Elle est la totalité se pensant elle-même à travers les êtres finis que nous sommes.
2. Victor Glover ou la résolution d'une contradiction
La composition de l'équipage d'Artémis II n'est pas un accident de parcours, ni simplement une décision institutionnelle de la NASA soucieuse d'inclusivité. Elle est, dans la perspective philosophique que nous développons, une nécessité ontologique. Les grands-parents de Victor Glover ont vécu sous les lois de ségrégation raciale aux États-Unis. En quelques générations, un souffle dans l'histoire de l'espèce, un descendant d'esclaves orbite autour de la Lune au nom de l'humanité entière. Cela ne s'est pas produit parce que Victor Glover seul l'a décidé, ni même parce que le mouvement des droits civiques seul l'a rendu possible, aussi nécessaire et héroïque qu'il fût. Cela s'est produit parce que l'Essence Substantielle ne pouvait pas laisser indéfiniment une partie d'elle-même enchaînée. L'esclavage était une contradiction interne de l'humanité avec elle-même, la négation d'une part de ce qu'elle est. Et toute contradiction interne, par la loi même de ce qui est, doit se résoudre. « L'Essence Substantielle est entière en chacun, ou elle n'est en aucun. » Victor Glover autour de la Lune est la résolution de cette contradiction, non par vengeance, non par compensation, mais par nécessité ontologique. Ce qui avait été nié devait être affirmé. Et il devait être affirmé à la plus haute altitude que l'humanité ait jamais atteinte.
3. La guerre d'Iran ou la démence qui se corrige
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël déclenchaient l'opération « Fureur épique » contre l'Iran. Des frappes visant le programme nucléaire iranien, les centres de commandement, entraînant la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Des milliers de morts, principalement en Iran. Le prix du pétrole et du gaz mondial en explosion. Face à l'ultimatum de Trump fixé au 8 avril, le gouvernement iranien mobilisa sa population avec une intelligence stratégique remarquable. Comprenant que la vulnérabilité principale de Washington n'était pas militaire mais politique et médiatique, Téhéran appela sa jeunesse à former des boucliers humains devant les centrales électriques, les ponts et les grandes infrastructures vitales du pays. Des milliers de jeunes Iraniens, femmes, hommes, enfants, artistes, étudiants, répondirent à cet appel. Le vice-ministre Alireza Rahimi avait convié « tous les jeunes, athlètes, artistes, lycéens, étudiants et leurs professeurs » à se joindre à ces chaînes humaines. Trump, de son côté, avait déclaré sur Truth Social : « Une civilisation entière va mourir ce soir. » Il avait annoncé la destruction de tous les ponts d'Iran, l'extinction de toutes ses centrales électriques, en quatre heures, si nécessaire. L'homme-président se prenait pour un dieu. Et pourtant, moins d'une heure avant l'expiration de son propre ultimatum, Trump signait un cessez-le-feu. Les marchés explosaient à la hausse. Le pétrole chutait de 17%. La première puissance du monde avait reculé, non par générosité, mais parce que quelque chose, en elle, ne pouvait pas assumer ce que les images montraient : des enfants sur des ponts. « Donald Trump ne commande pas sa pensée. C'est sa pensée qui dicte ce qu'il doit dire sans qu'il en prenne conscience. L'Essence Substantielle a éclairé la partie forte que ce plan n'était pas possible. » Ce « calcul » que Trump a cru faire, sur les prix du pétrole, sur l'opinion publique, sur le droit international, n'était pas vraiment le sien. Il était traversé par une impossibilité que l'Essence lui rendait dans sa pensée insupportable.
4. Le rapport de force et ses limites ontologiques
Aucune trêve ne pouvait exister sans l'aval final de Washington. Si le Pakistan a fourni le canal diplomatique, la décision de suspendre les frappes appartenait à la Maison-Blanche. L'initiative pakistanaise fut une médiation poussée : tout indique que Trump lui-même encouragea cette médiation en coulisses, cherchant une porte de sortie honorable face à une économie mondiale déstabilisée par le blocage du détroit d'Ormuz. Après l'échec des pourparlers d'Islamabad, vingt et une heures de négociations sans accord, Trump annonça le blocus naval du détroit d'Ormuz. Les Gardiens de la Révolution répondirent en menaçant d'un « tourbillon mortel ». L'Iran déclara avoir le détroit entièrement sous contrôle. Les États-Unis revendiquèrent « une victoire totale et complète ». L'Iran revendiqua « une grande victoire ». Cette symétrie des déclarations révèle que ni l'un ni l'autre n'a obtenu ce qu'il voulait vraiment. L'Essence Substantielle a imposé sa propre logique aux deux. Car le but inavoué de Washington était double et existentiel : mettre fin définitivement au programme nucléaire iranien, et obtenir que l'Iran remette les 450 kg d'uranium enrichi à 60%. Si l'Iran acceptait, c'en était fini de lui en tant que puissance régionale. Ce serait une capitulation structurelle, et la fin du soutien à la cause palestinienne, la soumission définitive d'un peuple entier. L'Iran ne pouvait pas céder. C'est pourquoi les négociations ont échoué. Et elles devaient échouer ; n’oublions pas qu’au-dessus d’eux l’ « Essence substantielle » veille sur sa Création.
5. Le mal comme composante constitutive
L'humanité n'a pas été créée pour vivre éternellement sur terre sans maladie, sans mort, sans guerre. Le mal, la souffrance, la finitude ne sont pas des accidents de la condition humaine, ni des échecs de l'Essence Substantielle. Ils en sont des composantes constitutives. Sans le mal, le bien n'aurait pas de nom. Sans la mort, la vie n'aurait pas de prix. Sans la guerre, la paix ne serait qu'un état neutre, indifférent, sans saveur. C'est le mal qui pousse l'humanité vers le bien, non comme une récompense finale promise au bout d'un chemin rectiligne, mais comme la tension permanente qui donne sens à l'existence. La souffrance de la mère iranienne qui pleure son enfant tué par des bombardements n'est pas une erreur du système humain. Elle est, dans toute sa violence et toute sa douleur, ce qui donne à l'humanité son épaisseur morale. Sans elle, le sens de la vie, de la mort, de la souffrance serait vide. Cette position n'est pas du cynisme. Elle est une lucidité radicale, qui rejoint, sous des formes différentes, Héraclite (la guerre comme mère de toutes choses), Hegel (la négation comme moteur du progrès), et la théologie du felix culpa (la faute originelle comme nécessaire à la rédemption). « L'humanité progresse selon ce qui lui est prescrit. Elle ne monte pas vers les étoiles par hasard : elle y est conduite, par stades, à travers ses contradictions et ses déchirements. »
6. L'Essence veille sur ce qui lui appartient
L'Iran n'est pas seulement en train de défendre son programme nucléaire, ni même sa souveraineté nationale. Il est le vecteur d'une cause qui le dépasse : la cause palestinienne. Et cette cause est portée par l'Essence Substantielle, qui ne peut laisser un peuple entier disparaître sans réponse. Les guerres, ce sont les grandes puissances qui les créent. Les États-Unis en déclin font tout pour écraser l'Iran et maintenir Israël au-dessus des autres pays de la région, parce qu'il y a les richesses de pétrole, et surtout le pétrodollar. Tout est calcul et égoïsme des grandes puissances. Mais au-dessus, il y a quelqu'un qui veille. L'Essence Substantielle veille sur ce qui lui appartient. Trump peut déclarer ce qu'il veut, bloquer le détroit d'Ormuz, attaquer l'Iran s'il le juge utile. Mais la victoire appartient d'abord à l'Essence avant les humains. Comme l'esclavage était une contradiction que l'Essence ne pouvait laisser indéfiniment non résolue, et qu'elle a résolue, à travers des siècles de souffrance, jusqu'à Victor Glover en orbite lunaire, la soumission totale du peuple palestinien serait une autre contradiction que l'Essence ne peut absorber indéfiniment.
7. Épilogue : La récursivité de l'Essence
Il reste une tension que toute honnêteté philosophique doit affronter. Si nous ne commandons pas nos destins, à qui s'adresse cette philosophie ? Pourquoi l'écrire, si nul ne décide vraiment de la lire ou de la recevoir ? La réponse est dans le système humain lui-même. Écrire cette philosophie est aussi un acte de l'Essence Substantielle, qui cherche à se connaître elle-même à travers nous. Ce serait alors moins une contradiction qu'une récursivité, l'Essence qui prend conscience d'elle-même par le biais de ceux qu'elle anime. C'est exactement ce que Hegel appelait l'Esprit absolu : non pas une entité extérieure, mais la totalité qui se pense elle-même à travers les êtres finis que nous sommes. Le philosophe n'est pas celui qui commande la pensée. Il est celui à travers qui la pensée se commande elle-même. Et peut-être est-ce là la formulation la plus juste de l'Essence Substantielle : « Une logique interne qui se déploie à travers chaque être humain, sans que nul ne la commande, sans que nul n'en soit exempt. Le bien et le mal, la guerre et la paix, la démence et la sagesse sont ses modes d'expression. Et sa seule direction, si direction il y a, c'est vers une conscience croissante d'elle-même, une conscience qui passe par des êtres qui pensent, qui souffrent, qui écrivent, et qui finissent par comprendre, même imparfaitement, ce qu'ils sont. »
L’auteur : Medjdoub Hamed est chercheur indépendant spécialisé en économie mondiale, relations internationales et prospective. Ses travaux s'attachent à articuler les grands cadres théoriques de la philosophie et des sciences sociales avec l'analyse des dynamiques géopolitiques contemporaines.
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