Associations Loi 1901 de malfaiteurs
Un titre volontairement provoc.
S'attaquer aux associations ? Ici-même ? Mais quel fou !
Non, une tribune pour dénoncer un état de fait et espérer du changement.
Je suis dans le secteur associatif depuis plus de 10 ans et j'y travaille encore, d'où ma volonté de conserver mon anonymat.
Je défends les valeurs associatives, j'y travaille mais je m'y implique aussi personnellement... et pourtant...
J'ai été amené à cotoyer des associations venant de l'éducation populaire (style MJC) et d'autres intervenant dans le champ social et j'avais envie de partager ces expériences.
On dresse un peu le tableau - il ne s'agit pas d'une bête généralité - mais de différentes expériences :
D'un côté, l'encadrement. Le chef des salariés : directeur ou directrice. Il fait la pluie et le beau temps sur le "management". Théoriquement, au-dessus, les administrateurs dont les membres du bureau et le Président ou Présidente. Je dis bien théoriquement...
De l'autre côté, le reste des salariés.
Au milieu, les adhérents : usagers d'activités de loisirs, militants, bénévoles,...
Ces associations touchent des subventions : communes, département, région, voire même Etat. Il est étonnant en ces temps de contraintes budgétaires de voir avec quelle facilité les subventions, quand elles sont déjà acquises, se renouvellent. Oui, bien sûr, il faut remplir une multitude de papiers. Oui, bien sûr, il faut présenter des budgets, faire des bilans. Mais y a-t-il réellement un contrôle ?
Je vais vous raconter une petite expérience personnelle :
Une association financée par des communes qui versent chaque année plus ou moins la même somme (et accordent quelques autres avantages du genre personnel mis à disposition, locaux,...). La subvention allouée est à six chiffres... un budget conséquent par rapport à l'ensemble des autres associations locales.
Et pourtant...
La structure est dans le rouge et monte régulièrement au créneau au moindre signe de diminution : EN DANGER ! La mort des associations ! Sauvons la culture !
Vous voyez le genre.
Mais pourquoi est-elle dans le rouge ?
Les adhérents payent leurs activités et rien que cette cotisation suffirait à faire vivre les activités. Alors pourquoi est-ce que ça cloche ?
Car autour, il y a des choix de la Direction :
- Un restaurant par semaine minimum pour la Direction (ironie de l'histoire : le restaurant n'est pas avec son épouse... inutile de faire un dessin...)
- Des travaux réalisés par une société traversant toute la France et qui, coïncidence, fait des travaux dans la résidence secondaire du Directeur
- Un salarié bénéficiant de ses bonnes grâces et largement rémunéré à ne rien faire
- J'en passe et des pires...
Là, vous allez me dire : Mais les mairies contrôlent et cet argent PUBLIC ne peut pas être dépensé comme ça.
Je vais vous demander de sortir du monde des Bisounours : le restaurant est situé juste en face de la mairie, des élus et agents municipaux ont signé les bons d'engagement des travaux sans sourciller et il est bien connu que ce fameux salarié ne fait rien.
Donc, pas de contrôle.
Il faut dire aussi qu'en fouillant un peu dans le Conseil d'Administration de l'association on trouve, en vrac, quelques conjoints ou amis d'élus municipaux. Ne faisons pas de vague après tout... C'est tellement mal vu de flinguer une association.
Heureusement, il y a les autres salariés. Non, je plaisante. Des avocats pourraient vous dire que des plaintes de salariés du milieu associatif sont récurrentes.
Voyons... Ce n'est pas possible. Une association ! Quand on lit les statuts, on ne peut que se réjouir de telles valeurs citoyennes.
Et pourtant... Encore un pourtant.
Autre expérience personnelle :
Une quarantaine de salariés : des démissions en cascade, des arrêts maladie réguliers et même des abandons de poste. Les gens craquent. Des salariés quittent des bureaux en pleurant.
Tout le monde sait que la Direction est épouvantable. Pressions, insultes, cris, harcèlement,... C'est connu, notamment des administrateurs et du Président. J'ai même connu le cas d'un directeur qui piochait dans la caisse, le fait était avéré mais il ne fallait pas faire de vague. Donc on laisse tout passer, on excuse tout.
On va me dire que le monde de l'entreprise n'est pas mieux. Certes. Mais le monde de l'entreprise ne se cache pas derrière des grands principes : une entreprise est là pour se faire de l'argent, pas une association. Vous saisissez l'hypocrisie de la situation ?
Bien sûr, quand vous allez discuter avec les responsables de ces associations, ils vont s'insurger par rapport à la situation actuelle, la Loi Travail, etc... Mais d'un autre côté, ils vont s'empresser à prendre des stagiaires (non rémunérés), des services civiques (payés des clopinettes) et à pressuriser les salariés au maximum. Un salarié peut toujours rester un peu plus le soir, tant pis si il a une famille... ce ne sont pas des heures payées ni récupérées mais bon, nous sommes une association.
Un salarié n'a de toute façon pas à se plaindre.
Une augmentation ? Impossible voyons, les subventions baissent !
Se plaindre ? Comment ? Mais nous sommes une famille, voyons !
Attaquer ? Ah ah ah ! Tiens, vous savez que les administrateurs qui ne pipent pas un mot depuis le début de l'histoire, ils vont se réveiller. Ils ont entre 60 et 80 ans et comprennent que l'association est en danger. Ils la défendent, tant pis s'ils doivent enfoncer le salarié dans la foulée. Et vous connaissez la bonne blague ? Dans les conseils prud'homaux, on retrouve dans le jury des personnes venant du sérail associatif. Un petit monde où tout le monde se connaît. On ne va quand même pas faire du mal à une pauvre association après tout.
Je pourrais disserter pendant des heures mais ce n'est pas le but.
Je voulais juste parler de certaines dérives du monde associatif. On parle ici d'argent public, de souffrances réelles de personnes. Parfois, un simple contrôle, une absence de copinage pourraient régler bien des problèmes. Mais bon... on ne va pas attaquer une association.
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