Au nom du peuple français...
Un des marqueurs du populisme réside dans cette tentation de mettre en cause la justice publiquement, surtout lorsque l’on est dépositaire de l’autorité publique. C’est un jeu facile et qui peut rapporter gros sur le plan électoral.
Derrière chaque jugement, il y a une affaire opposant deux tiers : une victime et un coupable – qui ne l’est d’ailleurs pas toujours. Et qui dit victime dit émotion légitime. La justice doit dépasser ce cadre de la passion et peser tous les éléments pour prendre une décision sereine, au nom du peuple français.
Depuis quelques années, à l’instigation de Nicolas Sarkozy, une partie de la droite française prompte à emboîter le pas au Front National dénonce de manière permanente le laxisme de la justice et commente les décisions prise par les juridictions. Combien de fois n’a-t-on pas vu Nicolas Sarkozy recevoir des familles de victime sur le perron de l’Elysée et demander une sévérité exemplaire tout en brocardant la justice coupable de créer des récidivistes. S’ensuit une loi de circonstance… La séparation des pouvoirs, oui, mais à sens unique.
Cet art consommé est des plus faciles. Il est plus facile de mettre en cause la justice, de crier au loup sur la récidive que de s’attaquer aux causes des premiers actes pour les empêcher. Il est facile de s’attaquer au juge tant le déséquilibre est grand entre la légitimité issue de l’élection et la légitimité de fonction du magistrat.
Vendredi 10 décembre 2010, Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur, s’est à nouveau adonné à ce sport fétiche en commentant la condamnation de sept policiers en Seine-Saint-Denis pour avoir produit un faux témoignage. Et le même Brice Hortefeux de garder silence sur une manifestation spontanée de 200 policiers, en tenue, en armes et avec leurs véhicules contestant cette même décision de justice.
On peut comprendre la colère des forces de l’ordre soumises en permanence à l’exigence de résultats, au manque d’effectifs, au matériel non remplacé. Le nombre des affaires traitées n’égalera jamais la qualité et la gravité des délits résolus. Mais, la compréhension du citoyen s’arrête la où la police cherche à se faire justice elle-même, ou à dire la justice à la place du juge. L’inquiétude surgit sur le caractère républicain de cette institution, lorsque ses chefs tolèrent des abandons de poste, l’usage du matériel et des uniformes à des fins syndicales. Là n’est plus l’Etat de droit.
Un pas a été franchi. La police et la justice sont au service de la République. Au fond la droite n’aime pas la justice. Elle n’aime pas ce principe de séparation des pouvoirs fondé par Montesquieu. Elle n’aime pas cette indépendance des magistrats qui jugent aussi les puissants. Elle préfère une justice de caste.
Elle préfère Monte-Cristo à Jean Valjean. Elle préfère Javert à Maigret. Pour la droite, la justice doit faire mal, vieux relents inquisitoriaux, et marquer la peine dans la chair. La principale conséquence de la politique menée par la droite en matière de sécurité est le divorce entre les Français et les forces de sécurité.
Au fond, il n’y a rien d’étonnant à ce que de tels actes se produisent, car c’est cette même droite qui avait mis en place en d’autres temps le Service d’Action Civique.
Il est temps de sortir de cette conception clanique de la République, où l’on instrumentalise une noble institution, la Police nationale, à des fins partisanes et politiciennes. Il est temps de rétablir, partout, la République irréprochable.
« Au nom du peuple français »… un élu, un ministre doivent respecter la loi.
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