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Aux origines du syndicalisme enseignant

 Les débuts du syndicalisme enseignant ont été rappelés en 1924 par Louis Bouët, un des pionniers de cet univers, dans une petite brochure introuvable aujourd’hui et que réédite ici J. F. Chalot, enrichie d’une mise en perspective historique, d’une évocation de la vieille revue syndicale et pédagogique « L’école émancipée » et de quelques-uns et quelques-unes des compagnons de lutte de l’auteur.

 Le syndicalisme de nos jours ne fait plus recette. Pour certains même, les syndicalistes sont perçus comme des « chiens de garde de la bourgeoisie », trop bien insérés dans le « système ». Pourtant, en dépit de son institutionnalisation, le rassemblement des travailleurs dans des organisations pérennes est la condition d’une défense efficace de leurs intérêts. Les premiers instituteurs syndiqués l’avaient compris, au début du siècle précédent et ils ont payé cher leur volonté de militer aux côtés de la classe ouvrière. Il est vrai qu’ils étaient, en quelque sorte, des prolétaires de l’enseignement, originaires le plus souvent du petit peuple des campagnes plus encore que des villes.

 Le droit syndical des fonctionnaires, réel, reconnu et codifié aujourd'hui a été difficilement arraché. Les institutrices et les instituteurs ont été à la pointe de ce combat. Enseignants, attachés à leur mission éducative auprès des enfants du peuple, défenseurs de l'école laïque, ils refusaient le triple joug qu'ils supportaient ; celui des potentats locaux, celui de l'Église encore puissante et enfin celui des directeurs d'école dont l’autoritarisme était souvent insupportable – faut-il rappeler qu'en ces temps-là, un instituteur adjoint logé à l’école ne pouvait sortir le soir qu'avec l'autorisation de son directeur !

 Au début du siècle dernier, plusieurs centaines d'institutrices et d'instituteurs se sont constitués en syndicats, demandant leur rattachement aux bourses du travail, c'est à dire à la CGT. La répression gouvernementale fut alors très forte et des syndicalistes ont été révoqués à la demande du « républicain » Georges Clémenceau. Malgré les risques encourus, les syndiqués ont tenu bon et la Fédération nationale des Instituteurs, regroupant au début de 1912, cinquante syndicats départementaux et trois mille adhérents a continué à se développer.

 Alors que la grande majorité de la profession adhèrait aux « amicales », respectueuses des pouvoirs en place, c'est une minorité active de syndicalistes révolutionnaires qui allait défendre le droit syndical, les intérêts moraux et matériels des enseignants, leur indépendance dans le respect des programmes nationaux d’enseignement. Il faudra attendre la fin de la première guerre mondiale pour que les amicales se constituent en syndicats.

 La presse de l’époque, le seul média existant, très influente, profitera de la création, au cours du congrès d’août 1912, d’une œuvre d’entraide au syndiqués mobilisés, « le Sou du soldat » pour lancer une vigoureuse campagne contre les instituteurs syndiqués jugés coupables non seulement d’antimilitarisme mais d’antipatriotisme. Dès le 23 août 1912, le ministre de l'Instruction publique donnera l’ordre aux préfets de dissoudre les syndicats d’instituteurs.

 C’est alors que Louis et Gabriel Bouët, du syndicat de Maine et Loire, appelleront tous les syndicats de France à la résistance. Un « manifeste des instituteurs syndiqués » sera contresigné en un temps record par 800 instituteurs et institutrices à une époque où le courrier était de fait le principal, voire l’unique moyen de contact.

 Les enseignants poursuivis profiteront de la loi d'amnistie accompagnant l'élection de Raymond Poincaré à la présidence de la République qui annulait de facto les procédures des tribunaux correctionnels.

 La syndicalisation des fonctionnaires sera tolérée à partir de 1924. Les amicales d’instituteurs transformées en syndicat vont cohabiter avec les syndicats révolutionnaires dans une C.G.T. profondément divisée qui éclatera en 1921, à la suite de la scission du Parti socialiste donnant naissance au Parti communiste...

 À la lecture de ce petit livre, on se rendra compte de la somme de sacrifices que coûta aux pionniers du syndicalisme enseignant la volonté de se défendre aux côtés de la classe ouvrière dont ils étaient les instituteurs.

 

Louis Bouët : Le syndicalisme dans l'enseignement

réédition augmentée, 9 €, en vente sur thebookedition.com ou auprès de JF Chalot Rue de la Noue 77000 Vaux-le-Pénil

 


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18 réactions à cet article    


  • Lampion Séraphin Lampion 1er juin 08:20

    « Au début du siècle dernier, plusieurs centaines d’institutrices et d’instituteurs se sont constitués en syndicats, demandant leur rattachement aux bourses du travail, c’est à dire à la CGT. »

    La suite de ce texte n’explique pas pourquoi ce rattachement n’a jamais été effectué, ce qui a, de facto, abouti à une forme de syndicalisme corporatiste et catégoriel. C’est d’autant plus regrettable que, contrairement à la majorité des autres pays industrialisés, le syndicalisme en France était fédéré et confédéré. Cette caractéristique n’explique certainement pas à elle-seule la dérive de la vie syndicale vers un système de clientélisme et d’assurance sociale, mais c’est un élément.


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 1er juin 11:33

      @Séraphin Lampion
      Il faut lire le livre ! Les premiers syndicats enseignants ont adhéré à la CGT. Ils ne sont passés à l’autonomie qu’en 1948, lors de la scission de la CGT réunifiée, pour ne pas avoir à choisir, dans l’attente d’une réunification ... qui ne vint jamais.


    • Aristide Aristide 1er juin 10:42

      Je ne suis un spécialiste du syndicalisme enseignant, je suis un simple parent.

      Deux remarques, à chaque mouvement de grève, le faux nez de la défense de l’éducation nationale est mis en avant, c’est bien mais tout de même il n’y aurait aucune honte à défendre les intérêts propres des enseignants et à le dire clairement. Mais non, à chaque fois en gros, c’est la défense de l’éducation nationale ...

      La deuxième est plus anecdotique mais tout de même assez symptomatique de ce milieu syndical. J’ai toujours eu comme règle de m’impliquer dans la vie des écoles par un « militantisme parental », la FCPE était souvent le seul syndicat, pas de problème, la plupart des sujets concernent la vie scolaire, les conseils de classe, enfin, rien de bien particulier. Ce qui était étonnant et que j’ai rencontré pratiquement chaque année, c’est cette implication envahissante des enseignants parents, allant jusqu’à « exiger » des postes pour les représentants aux conseils d’école et autres instances. Pour les conseils de classe, pas de problème pour les parents non enseignants, mais pour ce qui est des instances décisionnelles là, ....


      • hans-de-lunéville 1er juin 10:53

        @Aristide
        idem pour l’écologie ( et les partis politiques en général)


      • chantecler chantecler 1er juin 11:32

        @Aristide
        Si vous voulez faire de la politique locale adhérez à la PCPE .
        Vous vous ferez connaître .
        Surtout si en plus vous cherchez des crosses aux enseignants et coupez les cheveux en quatre .
        Je vous assure ça fonctionne .


      • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 1er juin 11:38

        @Aristide
        Tous les enseignants n’ont pas la même conception du syndicalisme. Si leurs syndicats ont été souvent attachés à la défense de leurs intérêts corporatifs, ils ont depuis longtemps été attachés à l’école publique (qu’il leur a fallu jadis défendre contre le cléricalisme) et à la qualité de l’enseignement. Le « faux-nez » n’est « faux » que pour ceux qui ne voient que leurs intérêts particuliers. Ils sont de plus en plus nombreux mais ce n’était pas le cas pour ceux dont il est question dans ce livre.


      • jef88 jef88 1er juin 11:30

        J’ai vu évoluer le syndicalisme de 1967 à 2004 ....

        Au début les syndicats défendaient le personnel de leur boite : conditions de travail salaires, chefs autocrates etc ....

        Ensuite ils ont défendu les syndicats et leurs positions politiques ....

        Maintenant les syndicats dirigent depuis Paris ... Les salariés ? on s’en tape ! ! !


        • Attila Attila 1er juin 12:01

          @jef88
          Cherchez le pognon : les finances ne viennent plus beaucoup des cotisations mais de l’UIMM et de l’Union Européenne.
          Dans les années soixante, la CGT était affiliée à la Fédération Syndicale Mondiale. Elle s’est désaffiliée pour adhérer à la Confédération Européenne des Syndicats.

          .


        • Furax Furax 1er juin 12:32

          Je suis ancien instit’. Ecole Normale des Vosges de Mirecourt (salut à jef88 smiley ). Je ne connaissais pas la naissance du syndicalisme enseignant, mais j’ai vécu sa mort.

          Lorsque j’ai débuté dans la carrière, la carte d’adhérent au SNI (Syndicat National des Instituteurs) faisait partie du paquetage. Tout le monde adhérait, cotisait, militait. Nous avions eu un très jeune secrétaire départemental nommé André Henry devenu secrétaire national de la puissante FEN (Fédération de l’Education Nationale).

          Lorsque j’ai pris ma retraite, en 2001, dans une école à 15 classes, personne n’était syndiqué !

          Les faux nez sont apparus un peu avant l’arrivée de Mitterrand au pouvoir.

          J’ai compté, dans le bulletin de la FEN, jusqu’à 14 photos d’André Henry smiley

          Puis 1981. André Henry devient...ministre du Temps Libre smiley smiley smiley

          Mais j’ai continué à cotiser jusqu’au lendemain du référendum de Maastricht. A ce moment, j’ai déchiré ma carte syndicale. TOUS LES SYNDICATS ONT APPELE A VOTER « OUI » !!!

          Ont-ils lu le texte du Traîté ? Tout y était, le libéralisme absolu, la poursuite du seul profit et, surtout, la mise en CONCURRENCE de tous les secteurs de l’économie, annonciatrice de la mort de tous les services publics.

          Après ; vous allez appeler à défiler...


          • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 1er juin 12:54

            @Furax
            Lisez ce petit livre qui contient quelques ajouts au texte de Bouët, notamment quelques notices biographiques de militants et militantes des premières heures qui n’ont pas fini dans un fauteuil de ministre mais on perdu leur job et ont quelquefois passé un certain temps en prison...


          • Furax Furax 1er juin 13:19

            @Jean J. MOUROT
            Bien volontiers pour ce livre mais les temps ont bien changé et le syndicalisme est devenu un métier une « carrière » où l’adversaire n’est plus le patron ou l’Etat-patron (qui te financent) mais les autres syndicats qui te concurrencent.


          • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 1er juin 15:13

            @Furax
            C’est vrai. Et pour certains, le syndicalisme est devenu un bon job qui permet à certains d’échapper aux élèves !


          • mmbbb 2 juin 07:40

            @Furax Bonne analyse et désormais leurs mômes ont des emplois unbérisés .
            Il es aussi à remarquer que ces syndicats ont ete pour une ouverture des frontieres , lorsque certains profs se recoivent des bonnes beignes , je ne pleure pas Certains etablissements demandent le retour des forces de l ordre dans les lycees .
            Quant on regard ce qu est devenu cet enseignement , des universites tres politiques qui ne donneront aucun métier , l ecriture inclusive , la baisse du niveu géneral comme le note M Brighelli , agrege de lettre et ayant dresse un requisitoire severe contre notre systeme educatif
            Son intervention avait mis en ligne dans ce media c est instructif 
            La gauche est morte 


          • Jean de Beauce Jean de Beauce 1er juin 16:09

            De nos jours les syndicats enseignants encadrent (et recadrent) les profs mais ils ne les défendent pas (j’en sais quelque chose). Dans le 93 les responsables FSU sont aussi conseillers municipaux, ils refusent d’admettre le climat de violence des écoles, ils sont planqués à la bourse du travail ou sur des postes à profil. Faites ce que je dis pas ce que je fais est leur devise.


            • Jean de Beauce Jean de Beauce 1er juin 16:12

              Coût d’une cotisation syndicale pour un enseignant au 9ème échelon : 230 euros pour une année scolaire(!) Où va tout ce pognon ? Dans les repas au restaurant des permanents ? Merci, mais depuis de nombreuses années je préfère placer mon argent ailleurs.


              •  C BARRATIER C BARRATIER 1er juin 22:11

                J’ai pour ma part dans les années 50 été syndiqué au SNI, je lisais l’Ecole libératrice, le bulletin du syndicat, je crois que le président était Denis Forestier.J’étais en Ardèche et je travaillais la main dans la main avec Yvonne Issartel de l’Ecole Emancipée. Car ce qui m’intéressait, c’était la pédagogie. Je vois cela comme le travail de Celestin Freinet. Responsable du SNES plus tard, je travaillais avec les Cahiers pédagogiques. Au Syndicat national des personnels de direction, je m’occupais de la commission Pédagogie.

                Le syndicalisme pour moi allait de soi.

                Quant aux cotisations elles faisaient bénéficier de déductions fiscales.

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