• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Ayn Rand n’est pas (encore) morte

Ayn Rand n’est pas (encore) morte

Ses écrits ont inspiré l'élite américaine, l'ancien président Ronald Reagan, l'ancien président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan, l'actuel président de la Chambre des Représentants, Paul Ryan, Ron Paul, ancien candidat à la présidence, Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, l'entrepreneur et milliardaire Marc Cuban, l'actrice Angelina Joly et son mari Brad Pitt, mais également le romancier Mario Vargas Llosa et même le président russe Vladimir Poutine, et l'actuel président américain Donald Trump, qui peut être considéré comme son exécuteur testamentaire. 

Selon une étude de la bibliothèque du congrès américain, le roman de la philosophe et romancière russo-américaine Ayn Rand, « Atlas shrugged », publié en 1957, traduit en français en 2011 sous le titre « La grève », occuperait la deuxième place parmi les livres les plus influents du XX1ème siècle aux Etats-Unis, juste après la bible.

Rescapée de la révolution bolchévique, Ayn Rand, devenue américaine en 1931, vouait une haine viscérale, durant toute sa vie, contre l’étatisme ou ce qu’elle appela la « mentalité collectiviste ». Profondément athée, elle développa sa théorie de l’objectivisme, prônant le capitalisme « laissez-faire » et la « vertu de l’égoïsme rationnel ». Elle soutint que « l’homme est un être héroïque dont l’éthique de la vie doit être la poursuite de son propre bonheur, et la réalisation de soi son activité la plus noble », rejetant l’altruisme et la compassion comme néfaste et un obstacle à l’atteinte de ce but. On se rappelle de la devise du personnage de Gordon Gekko dans le film « Wall Street » : Greed is good !

Curieusement opposée à l’anarchie, la romancière concéda tout de même trois domaines de pouvoir à l’état, dont la justice, pour arbitrer les contrats entre citoyens, l’armée pour protéger la nation, ainsi que la police pour protéger les individus contre la violence physique et l’atteinte à la propriété privée.

Les maîtres à penser de ce qui devait plus tard devenir le néolibéralisme, tels que les économistes Friedrich Hayek ou Milton Friedman et tant d’autres, s’étaient toujours empressés de prendre leur distance avec les thèses d’Ayn Rand, bien que celles-ci n’étaient pas si éloignées des leurs, thèses qui d’ailleurs devaient poser les jalons de l’ordre politique et économique ultralibéral de la société américaine dès les années 1980, culminant dans l’élection de Donald Trump à la présidence.

L’ancien président Ronald Reagan s’était inspiré d’Ayn Rand pour entamer sa vague de dérégulation dans les années 1980 au même titre que l’ancien patron de la Réserve Fédérale Alan Greenspan, un fervent adepte de la romancière, morte en 1982 à New York, ou l’actuel président de la Chambre des Représentants, Paul Ryan qui, selon ses propres dires, ne serait jamais entré en politique sans l’inspiration des écrits d’Ayn Rand.

Le démantèlement de l’assurance maladie, actuellement en cours, n’est qu’une étape pas vers l’idéal d’Ayn Rand, dont le roman dystopique « Atlas shrugged » donne un avant-goût qui sonne comme un avertissement d’outre tombe.

Atlas, le dieu grecque, condamné par Zeus de porter la voute terrestre sur ses épaules, représente, pour Ayn Rand, les « hommes de l’esprit », les entrepreneurs, scientifiques, artistes qui font un pied de nez à la société ingrate, de plus en plus collectivisée et règlementée, les empêchant dans la réalisation de soi, en se retirant, laissant le monde sans hommes de génie, faisant tomber ainsi tout l’édifice de la civilisation.

Le personnage principal, John Galt, un héro « randien » mais également un héro imaginaire du mouvement néoconservateur américain, le Tea Party, est un entrepreneur, philosophe et grand savant, inspiré, comme disent certains, de l’inventeur et ingénieur américain, d’origine serbe, Nikola Tesla.

John Galt, inventeur révolutionnaire d’un moteur, fonctionnant à l’énergie statique, refuse de faire bénéficier la société ingrate de son invention. Il crée, au fin fond du Colorado, la communauté capitaliste utopique. Il appelle tous les entrepreneurs, frustrés par les interventions incessantes de l’état dans leurs affaires, de faire grève et de joindre son mouvement. Ces ingérences incessantes de la part du gouvernement provoquent une répétition de graves crises, amplifiée par la grève des puissants.

Un jour John Galt s’adresse à toute la nation, expliquant la cause du déclin. Il critique le dédain des masses pour les créateurs égoïstes apportant pourtant la plus grande richesse. « Vous avez sacrifié la justice à la pitié, l’indépendance à l’unité, la raison à la foi, la richesse au besoin, l’estime de soi à l’abnégation, le bonheur au devoir ».Il promet le retour des puissants, à condition que le gouvernement abdique. 

Le gouvernement abdiqua.

Pour la petite histoire, les fruits du succès de la marque de voiture « Tesla », nommée en l’honneur du célèbre scientifique, n’ont pas été récoltés par les ingénieurs inventeurs, Martin Eberhard et Marc Tarpenning, mais par l’investisseur et milliardaire Elon Musk. 


Moyenne des avis sur cet article :  3.57/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 27 juin 09:25

    Ayn Rand, de son vrai nom Alissa Zinovievna Rosenbaum, est une philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe, juive 


    • Alren Alren 27 juin 13:30

      @Jeussey de Sourcesûre

      « Ayn Rand [..] est une philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe, juive  »

      Pourquoi est-il important de préciser : « juive » et en gras ?

      Ceci dit l’auteur de l’article me fait bien rigoler en classant Reagan dans « l’élite » !

      Quelle élite ? Celle de l’intelligence ?

      Si le capitalisme est en phase finale, en longue agonie de cancéreux, c’est à cause de (grâce à ) sa politique qui a déteint sur celle des Européens, Thatcher et consort, accélérant le processus naturel et fatal de concentration du capital entre toujours moins de mains et un assèchement financier de l’économie réelle en faveur d’une stérile spéculation entre milliardaires qui serait à somme nulle sans son alimentation permanente par de la monnaie de singe.

      Or Reagan était procapitaliste, me semble-t-il. Il a joué en fait à l’apprenti sorcier.


    • diogène diogène 27 juin 11:17

      vous êtes progressiste ou libertarien ?


      • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 27 juin 11:35

        @diogène
        Les deux. Tout dépend de ce qu’on entend sous libertarien. L’idée, que l’homme puisse, de sa propre force, se réaliser est en soi une bonne nouvelle, depuis que le savoir a remplacé la religion. Seulement, la liberté de l’un s’arrête ou celle de l’autre commence, raison pour laquelle une société sans solidarité s’autodétruit. L’idéal serait, la concurrence non faussée avec un socle de solidarité inaltérable. 


      • UnLorrain 27 juin 15:05

        @Bruno Hubacher

        Corriger ce qu’il faut conserver ce qui vaut : c’tait dans une feuille il n’y a pas longtemps sur AV. D’un liberal,18 eme il me semble. Pensez vous que si j adopte cette sentence je me leurre ?

        Moi,l’ide de corriger l’tat obesifier me parait judicieuse,cure amaigrissement pour l etat pantagruelique. N’est il pas vrai ce passage d’une chanson d’un rebelle : le mangeur d homme a faim !! ( chef de l’etat mais c’est idem ) pas sur du lendemain !!

        Ayn Rand voyait trois fonction regalienne alors..elle me plait bien cette dame.

        Le,les,liberaux ecouenneurs,ecouenneuses de mammouth boursoufle ont cette epee de Damocles perpetuelle : le supreme honneur d etre incompris.


      • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 27 juin 17:57

        @UnLorrain
        Un collectif sans solidarité s’autodétruit. Le degé de redistribution des richesse est en effet un débat qu’il faut tenir.



        • wesson wesson 27 juin 11:41

          Le problème d’Ayn Rand, au delà de la faiblesse de son roman mal écrit et de l’inanité de ses thèses, c’est que c’était une grosse hypocrite.


          Très grande fumeuse, elle attrapa un cancer du poumon. Mais plutôt que d’en profiter à elle toute seule comme ses théories individualistes le prônaient, elle s’en remis à l’état pour se soigner et se faire payer ses chimio.

          Et comme bien entendu cela n’était pas très raccord avec ce qu’elle professait, bien évidemment qu’elle le fit sous un faux nom, d’où la plus parfaite hypocrisie de sa part. 

          Les libertariens qui ne veulent pas d’état mais juste l’individualisme sont juste des gros hypocrites, incapables de voir que si il n’y avait pas d’état, il n’y aurait même pas eu d’internet, dont il faut quand même rappeler l’origine militaire américaine.

          Et sans état aussi, il n’y aurait même pas non plus toutes les fredaines d’Elon Musk et autres, myriades de sociétés qui développent des projets sur tout et n’importe quoi aux usa sur des crédits publics qui sont en réalité de la subvention déguisée.

          • Yaurrick Yaurrick 27 juin 17:17

            Vous savez, en matière d’hypocrisies, les étatistes ne sont valent pas mieux que les libertariens.
            Sans être dans le manichéisme total entre les étatistes et les libertariens, il faut avoir l’honnêteté de reconnaitre qu’on est largement plus du coté de l’étatisme que du libéralisme, alors que cependant on désigne comme bouc émissaire... le libéralisme.


            • Dudule 27 juin 17:26

               Oui, une grosse hypocrite foldingue qui a fondé une véritable secte autour de ses idées individualistes, composée d’un entourage proche et restreint , dans lequelle elle décidait du mariage de telle ou telle personne et choisissait ses amants...

              Et qui a toujours vécu au crochet de ses adeptes tout en prônant un individualisme forcené (pour ne pas dire pathologique).

              C’est un personnage à ne pas sous estimer bien qu’elle ait été de tout évidence complètement siphonnée. Elle était en effet proche de Greenspan et Reagan, et est considérée comme une mettre à pensée par beaucoup de nos élites (je veux dire en France et en Europe aussi, au States, c’est un truisme que de dire que les élite sont toutes très influencées par son idéologie). On peut la considérer comme étant un des fondements de la Révolution Conservatrice. Son influence a été et est toujours considérable, bien qu’elle soit très peut connu du grand public.


              • ZEN ZEN 27 juin 20:13

                L’ égoïsme comme horizon...


                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 28 juin 05:40

                  Au-delà de son hypocrisie, on peut carrément penser que la philosophie d’Ayn Rand est satanique :

                  "Autre coïncidence, Ayn Rand est l’un des principaux auteurs cités dans la Bible de Satan d’Anton Lavey, qui explique que sa religion est uniquement la philosophie d’Ayn Rand à laquelle a été ajoutée des cérémonials et des rituels [1] ."

                  Voir ici : http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Rene-Girard-et-Ayn-Rand-ethique-du-sacrifice-et-de-l-anti-sacrifice

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires