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Bac Philo, séries ES, explication d’un texte de Leibniz

 

Bac Philo, séries ES, explication d'un texte de Leibniz

Bac Philo 2019, série ES, Remarques sur la partie générale des Principes de Descartes (Texte +Questions) - Le blog de Robin Guilloux

Le Texte : "Nous avons le libre arbitre, non pas quand nous percevons, mais quand nous agissons. Il ne dépend pas de mon libre arbitre de trouver le miel doux ou amer, mais il ne dépend pas non plus

http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/2019/06/bac-philo-2019-serie-es-remarques-sur-lapartie-generale-des-principes-de-descartes-texte-questions.html

La thèse que développe Leibniz dans ce texte : 

La thèse est exprimée au début du texte : "Nous avons le libre arbitre, non pas quand nous percevons, mais quand nous agissons", autrement dit, la liberté ne réside pas dans la perception, mais dans l'action.

Les arguments de Leibniz : 

- C'est la conscience qui examine ce qui apparaît. La perception n'est pas suffisante.

- Lorsque nous décidons de quelque chose, nous avons toujours présentes à l'esprit ou bien une sensation ou une raison actuelle.

- ... ou tout au moins un souvenir actuel d'une sensation ou d'une raison passée.

- Lorsque nous décidons de quelque chose en fonction d'une raison passée, nous pouvons être souvent trompés par l'infidélité de la mémoire ou par l'insuffisance de l'attention.

- La conscience de ce qui est présent ou de ce qui est passé ne dépend pas de notre liberté (de notre volonté)

- La volonté n'a que le pouvoir de commander à l'attention et à l'intérêt. 

- La volonté ne détermine pas le jugement...

-Mais elle peut exercer sur le jugement une influence indirecte.

- C'est pourquoi les hommes finissent par confondre leurs désirs avec la vérité. (= prendre leurs désirs pour la réalité)

- L'esprit considère avec plus d'attention les choses que l'on aime.

- C'est ainsi que l'on arrive à contenter à la fois notre volonté (nos désirs) et notre conscience.

Leibniz donne deux exemples : 

- Il ne dépend pas de notre libre-arbitre de trouver le miel doux ou amer.

- Il ne dépend pas de mon libre-arbitre qu'un théorème me paraisse vrai ou faux.

Explication du texte : 

Le libre arbitre décrit la propriété qu'aurait la volonté humaine de se déterminer librement — ou alors arbitrairement — à agir ainsi qu'à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté est déterminée dans chacun de ses actes par des forces qui l'y nécessitent. 

Leibniz commence par distinguer deux attitudes par rapport au réel : "percevoir" et "agir".

La perception est l'activité par laquelle un sujet fait l'expérience d'objets ou de propriétés présents dans son environnement. Cette activité repose habituellement sur des informations délivrées par les sens. 

L'action désigne en philosophie un mouvement corporel volontaire et/ou intentionnel.

Selon Leibniz, nous avons le libre arbitre quand nous agissons et non quand nous percevons parce que nous sommes libres d'accomplir des mouvements corporels volontaires : nous lever, marcher, lever le bras, etc.,

Nous ne sommes pas libres, en revanche, de ne pas percevoir les choses comme elles sont. 

Leibniz donne deux exemples de perceptions : une perception gustative : sentir la douceur ou l'amertume du miel, une perception cognitive : percevoir la vérité ou la fausseté d'un théorème.

L'exemple de la douceur ou de l'amertume du miel est un thème très ancien en philosophie puisqu'il remonte au scepticisme. Il a été repris par Descartes dont Leibniz examine la partie générale des principes dont ce texte est extrait. 

Les sceptiques l'employaient comme argument pour montrer que nous ne percevons pas les choses comme elles sont (objectivement), mais selon l'état dans lequel nous sommes (subjectivement). Par exemple si je suis malade, le goût du miel me semblera amer.

L'exemple du théorème montre que Leibniz donne au concept de "perception" un sens légèrement différent de celui que nous lui donnons habituellement, puisqu'il s'agit d'une cognition plutôt que d'une perception. 

A vrai dire, dans l'espèce humaine la perception est largement tributaire du savoir, de la connaissance, du langage et la perception est inséparable de la cognition. 

Percevoir la douceur ou l'amertume du miel, c'est savoir ce qu'est la douceur ou l'amertume, ce que c'est que le miel, etc. 

Il ne dépend pas de mon libre arbitre de percevoir la douceur ou l'amertume du miel car je ne peux rien changer à la manière dont je perçois le monde.

Il ne dépend pas de mon libre arbitre de percevoir la vérité ou la fausseté d'un théorème car ce n'est pas moi qui décide de ce qui est vrai ou de ce qui est faux.

S'il en est autrement, selon Leibniz, c'est que "la conscience n'a pas examiné correctement ce qui apparaît". 

Soit le théorème est vrai et je le perçois comme faux et je commets une erreur. Soit le théorème est faux et je le perçois comme vrai et je commets l'erreur inverse.

Dans les deux cas, je n'ai pas été en mesure d'employer à bon escient mon libre arbitre, en l'occurrence, la faculté de reconnaître la vérité et non celle de penser arbitrairement qui relève de l'imagination et non de la raison (perception droite)

Ma conscience, après avoir examiné correctement les choses, ne peut pas décider librement que l'hypothénuse d'un triangle rectangle ne soit pas égale (en géométrie euclidienne) à la somme des carrés des deux autres côtés. Il s'agit d'une vérité géométrique apodictique, démontrable, vraie en tous temps et en tous lieux qui ne dépend pas de l'opinion, de l'imagination mais de la perception droite, de la raison.

Lorsque nous décidons de quelque chose, c'est-à-dire lorsque nous passons de la perception à l'action, nous le faisons, selon Leibniz à partir de la représentation d'une sensation ou d'une raison actuelle ou passée. 

Par exemple, je décide de me préparer une tasse de café. Je me représente la sensation d'une gorgée de café, sensation qui relève du souvenir ou bien j'ai une raison autre que celle du simple plaisir de boire du café, par exemple me tenir éveillé. 

Sauf si notre attention est insuffisante, notre raison limitée et notre mémoire défectueuse, comme c'est le cas des personnes qui sont atteintes de la maladie d'Alzheimer, nous ne décidons donc jamais de faire quelque chose sans raison et en dehors de toute représentation de ce que nous voulons faire et de tous les souvenirs qui concourent à l'exécution de l'action. Si je veux me préparer du café, je dois accomplir un certain nombre de gestes que j'ai conservés dans ma mémoire.

La bonne exécution d'une action présente, le bon usage de la volonté dépend donc des souvenirs que nous avons emmagasinés dans notre mémoire et de ce qu'il convient de faire en telle ou telle circonstance que nous conseille une ou des raisons passées, autrement dit, l'expérience.

Nous pouvons nous tromper pour deux raisons : "l'infidèlité de la mémoire ou l'insuffisance de l'attention".

"Mais la conscience de ce qui est présent ou de ce qui est passé ne dépend nullement de notre arbitre. Nous ne reconnaissons à la volonté que le pouvoir de commander à l'attention et à l'intérêt" : selon Leibniz, la volonté (ou le désir) diffère de la conscience. Nous ne pouvons pas décider d'avoir ou de ne pas avoir conscience de ce qui est présent ou passé, mais seulement d'être attentifs et de diriger notre intérêt vers tel ou tel objet.

Comme on l'a vu, la volonté diffère du jugement. Je ne peux pas décider, comme on l'a dit que l'hypothénuse d'un triangle rectangle ne soit pas égal, en géométrie euclidienne, à la somme des carrés des deux autres côtés, ou que la racine carrée de 9 soit égale à 4.

... Mais, ajoute Leibniz, même si la volonté diffère du jugement, elle peut exercer sur le jugement une influence indirecte. C'est de cette manière que s'expliquent, selon Leibniz, l'illusion et l'erreur. 

Leibniz s'oppose ici à la conception de Descartes pour qui la perception et la volonté sont toujours accompagnés de conscience. Il y a des perceptions inconscientes. Leibniz donne l'exemple des "petites perceptions" : si je me promène au bord de la mer, je perçois le bruit des vagues, mais je ne perçois pas le bruit des milliards de frottements de chacune des gouttes d'eau qui produisent ce bruit. De même, la volonté n'est pas toujours pleinement consciente d'elle-même.

Leibniz prend ici le mot "volonté" au sens de "désir" et aborde ce que nous appelerions aujourd'hui le problème de la "motivation". Nous ne jugeons pas toujours qu'une chose est vraie parce qu'elle est objectivement vraie, mais parce que nous désirons qu'elle soit vraie. Ainsi s'expliquent le fanatisme politique et/ou religieux, les préjugés, les superstitions et ce que nous appelons aujourd'hui les "Fake news" et autres "théories du complot".

Autrement dit, il ne suffit pas qu'une chose soit vraie pour nous apparaître comme vraie, pour emporter notre assentiment. La vérité, en elle-même et à elle seule, n'est pas contraignante.

Encore faut-il, pour certains hommes et peut-être pour la plupart, qu'elle soit conforme à nos désirs, c'est-à-dire que la vérité soit "aimable". 

Beaucoup d'hommes, selon Leibniz, se conduisent de cette manière parce qu'ils se sont habitués à préférer leur satisfaction personnelle à la vérité. 

Il existe donc ce que nous appelerions aujourd'hui des "obstacles épistémologiques" à la connaissance de la vérité car cette dernière n'est pas toujours "aimable".

En assimilant la vérité à la satisfaction personnelle, les hommes arrivent à contenter à la fois leur volonté (leurs désirs), et leur conscience puisqu'ils estiment (à tort) que leurs désirs sont en accord avec la vérité, la vérité étant définie par Leibniz, à la suite de saint Thomas d'Aquin, comme l'adéquation de l'entendement avec les choses (i.e. : les choses telles qu'elles sont et non telles que nous voudrions qu'elles soient) ("Adequatio rei et intellectus")

Mais Leibniz laisse entendre qu'ils sont dans l'erreur, car la vérité exige une "ascèse", la sagesse consistant aussi à considérer avec attention les choses "que l'on n'aime pas". Comme l'a montré Gaston Bachelard, c'est le fondement de la rationnalité et de l'esprit scientifique.

 


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9 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 26 juin 14:33

    « Ma conscience, après avoir examiné correctement les choses, ne peut pas décider librement que l’hypothénuse » s’écrit « hypoténuse ». Hé hé ! smiley

    Leibniz prend ici le mot « volonté » au sens de « désir ».

    Personnellement, je m’en tiens à la conception de Descartes : l’être pensant est le siège de la volonté, le corps est celui du désir (désir qui peut influer sur notre jugement et notre volonté). 


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 26 juin 16:44

      @Taverne

      Oui, mais vous savez que Leibniz s’oppose à Descartes sur certains points,notamment la question du rapport entre l’âme et le corps (il n’est pas « dualiste ») et il ne distingue pas, me semble-t-il, la volonté du désir. Désolé pour la fôte d’ortografe !


    • Taverne Taverne 26 juin 17:56

      @Robin Guilloux

      Leibniz s’oppose à la dualité esprit-corps mais par quoi la remplace-t-elle ? Il faut oser aller plus loin : la réponse est dans la trinitude :

      L’esprit : siège de la pensée et de la volonté
      le corps : siège du désir et des perceptions physiques et sensorielles
      L’être dans son existence : siège de la conscience d’exister dans notre rapport au monde et aux autres (je perçois et je suis perçu) : statut social, vie sur les réseaux sociaux, désir de postérité (...), appartiennent à cette dimension du « vouloir exister ».


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 27 juin 12:00

      @Robin Guilloux

      Errata : c’est la carré de l’hypoténuse qui est égal au carré des deux autres côtés et non l’hypoténuse. Je voulais vérifier si on suivait smiley 

      ... Comme on le voit, on est libre de se tromper (la vérité n’est pas contraignante), mais on n’est pas libre de changer un théorème.


    • Le Gaïagénaire 26 juin 15:12

      La thèse est exprimée au début du texte : « Nous avons le libre arbitre, non pas quand nous percevons, mais quand nous agissons », autrement dit, la liberté ne réside pas dans la perception, mais dans l’action. « 

       »Par exemple, je décide de me préparer une tasse de café. Je me représente la sensation d’une gorgée de café, sensation qui relève du souvenir ou bien j’ai une raison autre que celle du simple plaisir de boire du café, par exemple me tenir éveillé. 

      Sauf si notre attention est insuffisante, notre raison limitée et notre mémoire défectueuse, comme c’est le cas des personnes qui sont atteintes de la maladie d’Alzheimer, nous ne décidons donc jamais de faire quelque chose sans raison et en dehors de toute représentation de ce que nous voulons faire et de tous les souvenirs qui concourent à l’exécution de l’action. Si je veux me préparer du café, je dois accomplir un certain nombre de gestes que j’ai conservés dans ma mémoire.« 

      Prenons le cas du café. C’est une drogue, un psychotrope, qui provoque un manque indépendamment de ma conscience, ou de ma volonté. Donc il y a absence de liberté dans l’action de me faire un café, je suis drogué ; à preuve le sevrage douloureux.

      Il en va ainsi de toutes actions accomplies à cause de mon inconscient refoulé : la haine de l’autre par l’ignorance de l’inconscient, cette »face cachée de lune« en chacun de nous.

      Que vaux la philosophie du »philosophe« inconscient qui ne »voit" donc que ce qu’il croit aimer.


      • Robin Guilloux Robin Guilloux 26 juin 16:02

        @Le Gaïagénaire

        L’exemple du café n’est pas de Leibniz, mais de moi ! J’ai toujours du mal à trouver des exemples.


      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 26 juin 15:15

        Pangloss disait quelquefois à Candide :

        " Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches."


        • Jean S 27 juin 09:15

          Descartes du haut de sa grande raison suffisante à fait beaucoup d’erreurs, face à Gassendi

          Ô esprit ! Ô bon esprit ! Ô chair ! Ô très bonne chair !

          Leibniz en bonne monade voit l’homme de génie qu’il fut en être libre, toujours libre ! Parce que enfant de Dieux ! Responsable d’aller au paradis ou en enfer !

          Les avancée de l’épigénétique nous orientent vers une vraie liberté des choix des hommes et des femmes. Ces choix nous permettraient de contre carrer les lois du génome qui nous emprisonnent.

          Comme quoi bonne ou mauvaise hypothèse peuvent conduire au vrai ou pas !


          • gaijin gaijin 27 juin 12:21

            LEIBNIZ

            là on atteint même pas le 19ème

            il arrive quoi a une culture qui se fige dans le passé ?

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