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Balade à Giverny

Aujourd’hui, j’ai envie de vous faire partager un coin de mon enfance dans un lieu à la fois renommé et, tout compte fait, très mal connu. Un joli village du vexin, peut-être pas si unique, mais que la légende d’un peintre monumental a marqué de son sceau. Venez, je vous emmene à Giverny.

C’est un petit village, niché aux pieds d’une grande colline, les puristes parleront de coteaux. Un de ces villages rues, tout en longueur, où les maisons se succèdent, parfois côte à côte, parfois isolées les unes des autres par des jardins fleuris ou gazonnés. la pierre blanche du vexin se mèle à la brique rouge qui, déjà, annonce la normandie.

Durant la saison touristique, le village croule parfois sous les flots de touristes. Dans ses petites rues, on n’y entend le français bien sûr, mais aussi l’anglais d’outre-Atlantique, ainsi que le japonais. Monet est un peintre mondialement connu, mais ses plus grands admirateurs se recrutent sans conteste chez les Yankees comme au sein de l’empire du Soleil Levant.

Bien sûr, vous n’échapperez pas à LA visite à faire. Manquer les jardins de Claude Monet à Giverny, que ce soit le jardin fleuri qui drape ses couleurs lumineuses devant la maison, ou que ce soit le jardin des nymphéas, havre de verdure niché à cheval sur le bras de l’Epte, cela relève de la bêtise, presque de la faute de goût.

Pourtant, c’est parfois difficile d’imaginer la paix et la tranquillité que Monet connut en ces lieux, tant la foule qui se presse dans les allées évoque un samedi de courses au supermarché. Quand même, ne ratez pas cela, même rapidement. Même envahi par la foule, le lieu dégage une atmosphère particulière, un parfum de je ne sais quoi de flou, de suspendu. L’amour de Monet pour les jardins était si fort qu’il en reste quelque chose qui imprègne la terre, peut-être.

Passez ensuite au Musée d’art Americain, qui se situe un peu plus haut, vers le centre du village, en contrebas de l’école primaire. Ce bâtiment moderne, conçu pour ne pas s’imposer dans le paysage, abrite des collections de peintres américains venus à Giverny pour étudier avec le maître. Le lieu est agréable et les tableaux, sans être magistraux, témoignent d’un temps ou l’Amérique s’incrivait dans le grand mouvement artistique européen. Les expositions temporaires viennent aussi agrémenter la visite, par l’ouverture qu’elles offrent sur cette Amérique que nous ne connaissons somme toute, pas si bien.

Mais, si vous limitez votre balade à cette demi-journée un peu convenue, vous risquez de passer à coté de l’essentiel. Monet n’est pas seulement venu à Giverny pour y faire des jardins et recevoir ce que le monde comptait d’artistes et d’hommes politiques. Il a posé ses valises à Giverny car il y avait trouvé, dit-on, une lumière, une ambiance, un cadre dans lequel il a trouvé l’inspiration à l’origine de ses plus belles toiles.

Alors, passé les lieux communs, même de toute beauté, prenez votre temps. Paris n’est pas si loin. Si vous ratez votre train, il y en a un autre, un peu plus tard. Quittez la rue de la République, laissez derrière vous les cohortes de touristes pressés, et grimpez dans la colline, à la recherche de Monet, en quête de ces paysages qu’il aimait tant au point de les peindre encore et toujours. Grimpez et admirez cette belle vallée de Seine. Certes, le paysage agricole a changé, reculé. Les meules de foin ont disparu, mais il reste les plantes, les fleurs sauvages, les arbres, la lumière souvent laiteuse, cette chaleur douce et enveloppante.

Partez un moment dans les pas du peintre. Si la grimpette ne vous inspire guère, passez au cimetière, non pour voir sa tombe, mais pour entrer dans cette ancienne église, si fraîche, calme, lumineuse. Elle est belle, vous savez. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour y être.

Vous pouvez aussi aller faire une promenade dans les prés inondables qui séparent Giverny de la Seine. Atteindre le bord du fleuve et y flâner un peu, au fil de l’eau paresseuse, qui vient de la capitale, filant langoureusement vers Rouen et Le Havre.

Voyez-vous, Giverny n’est pas seulement un village abritant deux musées. C’est d’abord et avant tout un beau village, un cadre attachant qui ne demande qu’à être découvert. Et aimé. Je connais bien ce village, la famille de mon père en est originaire. Enfant, j’y allais le week-end, chez mes grands-parents, jouer dans les collines ou au-dessus de l’étable, dans le foin et la paille.

J’ai eu la chance de découvrir Giverny avant le musée. Un Giverny sans Monet. Et je peux vous dire ceci : si Giverny n’est pas Monet, Monet, c’est Giverny.

Bonne balade.


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13 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 23 août 2007 10:17

    Hasard... je me promenais justement à Giverny hier... ou plutôt dans la salle dédiée au Musée de Séoul dans le cadre de l’expo sur Monet.

    Et j’étais également à Giverny le mois dernier, pour Monet comme pour les alentours.

    Ce n’était pas ma première visite : le coin vaut le détour même sans rendre visite au barbu et surtout sans la Terra Foundation.


    • Gasty Gasty 23 août 2007 10:29

      Récit qui donne envie d’admirer Giverny par d’autres sentiers que touristique. Jusqu’au plus haut de la colline.

      Merci.


      • LE CHAT LE CHAT 23 août 2007 14:08

        c’est joli la Normandie . Claude Monet a t il oublié de peindre Charles Ingalls qui aurait été à sa place dans ce décor de petite maison dans la prairie ...


        • LE CHAT LE CHAT 23 août 2007 14:09

          Pour ceux qui veulent envahir ton village http://giverny.org/giverny/giverny.htm


        • Manuel Atreide Manuel Atreide 23 août 2007 16:37

          Ah le chat, je ne sais pas si la famille Ingalls aurait été à sa place sur les hautrs de Giverny, mais il pouvait y avoir des candidats à divers rôles dans la bande de cousines et cousins que nous étions, enfants. Du plus glorrieux au moins reluisant, j’entend.

          J’essaie de me souvenir si j’ai pu me prendre quelques gamelles phénoménales en dévalant la colline à toutes jambes, hors d’haleine, riant comme un fou. Sans doute. Mais si les souvenirs de chute sont flous, je garde encore niché en moi cette exhaltation, ce plaisir effrayant, cette petite peur .. Et si on ne pouvait pas s’arreter avant la cloture ... smiley

          Manuel Atreide


        • Vilain petit canard Vilain petit canard 23 août 2007 14:56

          Je suis ravi de voir apparaître Giverny dans Agoravox, cet article donne vraiment envie d’y aller. Moi aussi, ça fait partie de mon enfance (eh oui, je suis du coin), et ça me fait très plaisir d’y revenir, ne serait-ce qu’à travers ton texte.


          • Manuel Atreide Manuel Atreide 23 août 2007 16:42

            Cher Palmipède

            je n’ai pas souvenir d’un vilain petit canard hantant les rues et prés de Giverny. Mais peut être avons nous pataugé ensemble, une fois ou deux, sur ce bras de l’Epte, tranquille et vaseux, lorsque le jardin des nymphéas était à l’abandon, vide de toute présence humaine, même si les souvenirs de Monet déambulaient encore ici et là, dans son jardin déserté.


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 24 août 2007 09:18

            J’avais encore à l’époque ma forme humaine, et il doit exister entre nous une certaine différence d’âge qui fait que je devais avoir quitté la région quand tu es arrivé... Tout s’explique !!!


          • alberto alberto 23 août 2007 21:31

            West, t’as déjà été à Giverny ?


          • stephanemot stephanemot 24 août 2007 03:08

            Histoire de mettre tout le monde d’accord : les States ont produit quelques impressionnistes de classe mondiale, mais ce n’est effectivement pas en visitant les collections de la Terra Fondation de Giverny qu’on le constatera (en dépit de quelques signatures significatives).


          • Manuel Atreide Manuel Atreide 24 août 2007 12:31

            merci Stéphane pour cette mise au point.

            Effectivement, les collections du MAAG, créé et dirigé par la Terra Foundation, ne sont pas connues pour détenir les plus grands chef d’oeuvres des impressionnistes américains.

            Cependant, le MAAG reste un lieu agréable pour une déambulation indolente, le bâtiment présente une architecture souvent plus intéressante que les tableaux accrochés à ses cimaises. Mais ceci n’est que mon point de vue, celui d’un béotien, si j’en crois certains.

            Il serait intéressant un jour de faire une enquête fouillée sur la Terra Foundation et son action à Giverny. Tout en étant bien conscient de son action déterminante dans l’ouverture de la maison de Monet, il y a des zones d’ombres qui mériteront, un jour, un coup de projecteur.

            Manuel Atreide


          • Manuel Atreide Manuel Atreide 24 août 2007 12:43

            Chers toutes et tous (ou presque)

            En guise de conclusion, j’espère vous avoir donné l’envie de découvrir ce petit coin de France. Comme tous les lieux touristiques, il y a le meilleur qui cotoie le pire, mais en visiteurs avisés que vous êtes (j’en suis sur), vous déjouerez les chausses-trappes qui visent plus votre porte-monnaie que votre culture.

            Si mes racines sont majoritairement bretonnes, Giverny est un lieu qui m’est cher, où j’ai glané quelques uns de mes plus beaux souvenirs d’enfance. Mes grands-parents y reposent, le cimetière présente même un grand nombre de tombes où mon nom de famille est gravé.

            Je regrette actuellement de ne plus y avoir un point de chute, j’aimerais tant pouvoir y aller régulièrement pour echapper, un peu, à la folie de la métropole parisiennes. C’est ainsi, pour le moment, je dois me contenter de mes souvenirs.

            Bonnes balades à vous, laissez vous impregner du lieu et de cette touche indéfinissable, que Monet et les impressionnistes ont su si bien fixer sur leurs toiles. Et si, au détour d’un sentier, vous apercevez une mêche de cheveux roux accompagnée d’un rire enfantin ...

            Manuel Atreide


          • claude claude 24 août 2007 01:35

            merci pour cette belle balade ! tout y est : les couleurs, la senteur des fleurs, et presque le chant des cigales...

            je ne connais pas giverny, mais cela me donne bigrement envie d’aller y flâner... sutout s’il y a de bonne petites auberges... smiley smiley smiley

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