Bernard Kouchner, maintenant il faut me rendre mon sac de riz Uncle Ben’s, avec les intérêts s’il vous plaît
Le traumatisme est encore présent chez les plus téléphages, l’hypnose régressive que produit le programme à caractère informatif et historique que sont « les enfants de la télé » d’Arthur y est pour beaucoup.
Chantage affectif et parrainage pour pauvre :
Un verre de liqueur proche de l’usine à banalité, la main parfois tremblante mais toujours hésitante, la gorge subitement asséchée par le flashback de quelqu’un d’autre… Les langues lasses se délient et relatent péniblement en étouffant des sanglots ce matin-là où ils sont partis en mission, quelques-uns n’en sont jamais revenus, pris entre les mailles du système associatif.
Le paquetage règlementaire homologué par le Ministère pouvait sembler anodin, mais un bruit sourd se cachait entre la trousse Chevignon et le cahier de texte Lc Waikiki, un son parasite, un rythme saccadé qui avait plus à voir avec la chorégraphie militaire que l’œuvre humanitaire.
Ce matin-là, ils sont partis armés d’un dernier baiser, à pied, par locomotion privative, en transport en commun ; au nom de la humanité, au nom de la France, au nom du bien, au nom de l’amour, au nom de l’urgence.
Ils se racontaient entre eux leurs soirées transportant un colis piégé, le cœur léger, en ne voyant pas le S.D.F qui gisait hébété près de l’abribus.
L’ordre de mission était aussi simple que géostratégique, aider des petits enfants pauvres en Afrique. Rien de plus. C’est ce que l’on a expliqué aux parents, quelque chose de plus important a été incorporé dans l’innocence surévaluée de ces porteurs de riz : la culpabilité à bas prix et le terrorisme pédagogique.
Que sont-il devenus ? (partie 1)
Fraternité platonique et droit de l’hommisme livré en kit :
Que sont devenus tous ces enfants ayant participé de manière œcuménique et pluripartiste au bien être de la diplomatie française sur fond de génocide rwandais ?
Pour la quasi totalité, ils végètent dans une relative normalité préfabriquée où les concepts « d’être heureux » et « d’avoir du bonheur » annihilent leurs instincts meurtriers.
Ils sont contre la guerre mais pas trop, ils sont pour la paix entre les peuples, enfin ceux rentrant de leurs critères, ils optent pour la monogamie avec quelques extras, ils votent pour un noir comme chef du monde libre mais pas pour leur fille.
Ils sont fidèles à la bonne marche du monde et ils respectent ses erreurs, car elles garantissent leur confort.
Que sont-ils devenus ? (partie 2)
Je pense, donc je fuis, mais je l’écris :
Je passerai rapidement par la case autocritique, en parlant de ceux qui pensent avoir du recul et qui ont compris les tenants et les aboutissants de ce World of Warcraft ancestral nommé politique.
Début de digression nombriliste
Cette revue des effectifs aurait pu être succincte mais vu qu’elle concerne mon cœur de cible, je vais tâcher de demeurer précis pour deux raisons.
Premièrement, vous avez déjà entendu et détesté ces gens-là durant des apéritifs dinatoires convenus et des réunions familiales où l’on reçoit le genre pour une autopsie en bonne et due forme.
Ces gens-là, en les voyant, vous donnent le droit de vous insurger et au mieux un petit excès d’hormones, mais secrètement vous voudriez leur serrer la main.
Secundo, l’essentiel de « ces gens-là » constitue mon lectorat, mon projet de marketing viral pour les nuls pour vendre des livres ou du savoir, je n’ai pas encore choisi.
Alors, quitte à être en froid avec la majeure partie de la création, je ne vais pas me mettre à dos le reste des mutins sous prétexte de vouloir être le commandant du Bounty ou par une de ces honnêtetés passéistes ou ces déontologies numériques et saisonnières, qui d’ailleurs n’existe pas sur un blog, pour l’instant ; oui pour l’instant, enfin, avant qu’un spécimen de nos grandes écoles en manque de talent et de réseaux, ne nous ponde un essai sur « la cyber déontologie en question », afin d’accrocher un poste de meuble dans un quelconque ministère.
Fin de digression nombriliste
Que sont-ils devenus ? (partie 3)
L’ordre des justes et l’autorité punitive ;
Passons à ceux qui me posent problème, les enfants ayant parfaitement intégré et appliqué la politique étrangère à leur échelle et toujours au nom de l’humanité, au nom de la France, au nom du bien, au nom de l’amour, au nom de l’urgence, selon les cas et le portefeuille de chacun.
Ces enfants, maintenant plus ou moins adultes, oublient que le mégaphone, le tract et le juste embrigadement sont des options dans la société occidentale du n’importe quoi. Ils sont alter quelque chose, ils sont anti machin, pro je ne sais pas quoi et bio ceci-cela.
Mais ils ont un dénominateur commun, quelque soit leurs idées, il faut que cela se voit et que cela s’entende, tout ceci ressemble plus à un conflit parental à rebours qu’à des RTT militantes.
Ces enfants, maintenant plus ou moins adultes, ont réussi à exporter le système du fonctionnariat compulsif de l’administration française dans le tissu associatif, ils ont des sigles, des logos, des slogans, des marches comme ceux qu’ils dénoncent, de bons petits soldats (bien de chez nous), je vous dis.
Il ne sont mandatés par personne mais parlent pour tous en justifiant leur combat au regard de la situation du monde. Dans ce cas je me tais, car ils ont les bonnes raisons et le cœur avec eux.
Tout cela pour un paquet de riz Uncle Ben’s. Certes, cela a permis l’avènement de l’économie du gardiennage pour adulte dans les géographies mourant de leur obésité culturelle, il faut bien passer le temps et la drogue n’est plus ce qu’elle était.
Que va-t-on faire de ces Ché Guevarra du Larsac, ces Martin Luther King du 9.3., ces sympathisants de circonstance pour sans papiers, SDF, chiots abandonnés et seniors seuls – fonction de l’actualité – ou encore ces soixante-huitards nés dans les années quatre-vingt, ces Friches Doctors en quête de retour de gloire, ces révolutionnaires de bacs à disques, ces accros au bénévolat et ces remparts et repères du pouls de notre soi-disant indifférence ?
Ils ont l’absolue certitude d’être meilleurs que ceux qui s’atrophient devant la télé, car ils sont toujours et encore en mission au nom du bien, car le mal est forcément celui en face.
Que sont-ils devenus ? (partie 4)
Service après vente et actions juridiques :
« Cher Bernard Kouchner,
Merci de me rendre mon paquet de riz Uncle Ben’s, ainsi que les intérêts, je suis atteint de flémingite aiguë et je ne compte pas descendre au Monoprix pour faire la queue avec un cortège de sexagénaires paranoïaques et peut-être même militantes associatives en puissance, car le temps est pire que l’espoir.
En outre, cher M. Kouchner, ceux qui ont pour argumentation uniquement le passé, sont des gens qui n’ont déjà plus d’avenir. »
NB ou PS ou Ghost post :
La gestion globale des ressources humaines, le colonialisme émotionnel, le racket éternel par la Foi, le syndrome du chiot ou la migration équitable, peu importe comment vous nommez vos motifs fonction de vos griefs et de votre déresponsabilisation, l’inertie naturelle de l’entreprise de ceux qui marchent debout aura toujours le dessus sur tout éventuel retour sur investissement.
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