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Bibracte ou Cabillo ? À MM les élus et élues du Grand Chalon au sujet du PLU. À M. l’archéologue de la DRAC Bourgogne, Michel Prestreau

Chalon-sur-Saône, Saint-Rémy, Taisey, site chargé d'histoire avec sa tour antique et son château versaillais. Et pourtant site incompris, voire méprisé. J'ai mis longtemps à essayer de comprendre pourquoi. Pourquoi tant de méfiance à ce que j'écris ? Pourquoi ces réserves des élus comme si j'étais porteur d'un projet de restauration suspect ? Pourquoi cette presse écrite hostile, journal de Saône-et-Loire, qui refuse de m'ouvrir ses colonnes ou qui ne veut pas évoquer les graves turpitudes archéologiques que je dénonce ? Pourquoi cette autre presse télévisée qui, à FR3 Bourgogne, me condamne sans véritable débat et me refuse un simple droit de réponse ? Pourquoi ces réponses "langue de bois" de trois ministres successifs de la culture, répondant sur le journal officiel aux députés qui ont bien voulu leur poser des questions écrites à ma demande ? Pourquoi ce refus de visite de la DRAC Bourgogne malgré une pétition écrite des habitants ?

L'affaire est d'importance, il faut choisir : ou bien une Gaule en bois qui n'aurait connu l'usage de la pierre qu'à l'arrivée des Romains sur un mont Beuvray perdu dans les bois, ou bien une tour de Taisey du Xème siècle d'avant J.C., au carrefour des voies de l'étain, suivie de la construction en pierre de temples gaulois antiques fabuleux, toujours debout mais ignorés, source importante de revenus potentiels pour notre tourisme.

Dans le cadre de la rédaction du nouveau PLU du grand Chalon, étant propriétaire du château de Taisey et de la tour, une étude de cette DRAC m'a été envoyée. Cette étude propose un nouveau périmètre de protection des abords.

Après l'autorisation, que j'ai dénoncée, de la construction litigieuse d'une maison en bois à quelques dizaines de mètres, au pied et devant la tour antique, cette DRAC propose maintenant, de l'autre côté du site, de ramener le périmètre de protection à quelques dizaines de mètres du château versaillais. C'est clair ! il y a là, manifestement, une volonté de réduire la protection du site, confortée par le choix d'illustrer cette étude par des photos anciennes dévalorisantes.

Un choix qui va à l'encontre des instructions récentes du Président de la République.

M. Prestreau, archéologue, est directeur, à Dijon, du pôle patrimoines et architecture de cette DRAC. C'est, apparemment, un inconditionnel de la thèse erronée de Bibracte au mont Beuvray, le scandale que je dénonce depuis 40 ans.

M. Prestreau, veuillez nous dire clairement ce qu'il en est.

Le géographe grec Strabon situe le pays éduen, et donc Bibracte, entre la Saône et la Dheune et non au-delà. Il s'agit de Mont-Saint-Vincent et non du mont Beuvray.

Μεταξὺ μὲν οὖν τοῦ Δούβιος καὶ τοῦ Ἄραρος οἰκεῖ τὸ τῶν Αἰδούων ἔθνος, πόλιν ἔχον Καβυλλῖνον ἐπὶ τῷ Ἄραρι καὶ φρούριον Βίβρακτα. (Strabon, géographie, II, IV , 3, 2). Entre le "Doubios" (la Dheune) et l'Arar (la Saône) habite le peuple des Éduens. Leur appartiennent la citadelle/place forte de Bibracte (φρούριον) et la ville/cité (πόλιν ἔχον) de Cabyllynum/Taisey, sur la Saône (les murs de la ville de Chalon ne datent que du IIIème siècle).

César confirme les deux "Dubis" de Strabon. 

S'il utilise bien le mot "Dubis" pour désigner le Doubs, il le précède dans les manuscrits d'origine par celui de "alduas". Sachant que "al" est une abréviation attestée pour aliter ou alter et que "duas" évoque le chiffre deux, deuxième ou les deux, j'en déduis, en toute logique, qu'il s'agit d'une expression équivalente à "alterutrum", l'autre des deux. Il faut donc comprendre qu'en se plaçant à la confluence de Verdun-sur-le Doubs, César voyait à l'ouest, le Dubios de Strabon, alias Dubis (Dubios/Dubos/ Dubina/Duina,la Dheune) et à l'est, l'autre des deux Dubis (le Doubs).

Le trajet des Helvètes prouve que Bibracte se trouvait au Mont-Saint-Vincent et Gorgobina au mont Beuvray.

À Lyon, des cavaliers éduens victimes des déprédations commises par les Helvètes rejoignent l'armée de César. En passant par Chalon-sur-Saône, l'Éduen Dumnorix les rejoint. Après s'être engagé dans le couloir de la Dheune, César s'arrête dans des fortifications (castra). Il ne peut s'agir que de la forteresse antique de Mont-Saint-Vincent qui deviendra, par la suite, le siège des comtes de Chalon. César écrit que, dans ces fortifications (castra), les Éduens étaient en grand nombre et que c'est là qu'ils tenaient leurs conseils. Il s'agit de la véritable Bibracte.

Les Helvètes se dirigent vers le mont Beuvray (Gorgobina/Gorgovina/la petite Gergovie) pour le reprendre aux Arvernes qui y ont appelé les Germains en renfort (DBG I, 31). César les suit mais décide de revenir à Bibracte pour se ravitailler. Les Helvètes font demi-tour et le suivent (itinere converso). Bataille à Sanvignes. Description très précise du champ de bataille et de la bataille. Non ! les Hélvètes n'ont pas "obliqué" vers Montmort. "Leur cheminement ayant été inversé", tout ce monde-là se dirigeait vers le Mont-Saint-Vincent, véritable Bibracte, en revenant sur leurs pas.

Pourquoi les Germains se trouvaient-ils au mont Beuvray ?

Nous sommes dans un conflit de frontières dont l'enjeu est la maîtrise de la Loire. Car qui tient le mont Beuvray tient la Loire de même que Cabillodunum tient la Saône. César écrit que les Arvernes avaient fait appel aux Germains (DBG I, 31). Il faut comprendre que c'était pour défendre le mont Beuvray dont les Èduens voulaient s'emparer. La défaite des armées gauloises qu'évoquent Cicéron et César à Magetobriga est celle de l'armée éduenne et de ses alliés qu'Arioviste, en descendant du mont Beuvray, a surprise alors qu'elle était encore dans son camp de Mesvres, le Magobrigum des chartes (cf Magetobriga). Que les Éduens fassent ensuite appel aux Helvètes pour reprendre la position, tout cela est dans la logique militaire la plus classique. Que César y installe les Boïens en en faisant ses alliés après avoir battu, et les Helvètes et Arioviste dans la plaine d'Alsace, nous sommes toujours dans une logique militaire où l'enjeu est Gorgobina, le mont Beuvray. site stratégique, mystique, mais certainement pas capitale. Et ainsi de suite.

Il s'ensuit que l'importance que vous donnez au mont Beuvray, c'est à Taisey qu'il aurait fallu la donner.

L'Alésia, métropole de la Celtique selon Diodore de Sicile, c'est Taisey.
À l'époque de l'âge du bronze, Chypre était aux mains des Phéniciens et s'appelait Alashiya. Point de départ logique des voies de l'étain et point de retour, il n'est pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu'elle a donné son nom à certaines stations. Le marchand naviguait jusqu'à Marseille, remontait le Rhône et la Saône, s'arrêtait à Cabillodunum - point central de la Gaule - remontait jusqu'à Aluze, autre Alésia, puis s'engageait dans la vallée luxuriante de la Cosane pour rejoindre, par la Brenne, Alise-Sainte-Reine, autre Alésia, puis, par la Sequanas, la (Grande) Bretagne et ses mines d'étain. Strabon nous donne une distance de 1000 stades (185 km) pour atteindre cette Sequanas depuis Lyon en remontant l’Arar (géographie, IV, 3,3), ce qui nous amène à Verdun-sur-le Doubs. J'en déduis, en toute logique, que si Chalon/Cabillodunum/Taisey commandait le passage de la Saône à la voie sequanas par la région de Verdun-sur-le Doubs, alors qu'elle commandait également le passage de la Saône à la Loire par le couloir de la Dheune, c'est qu'elle était au carrefour central des premières voies de l'étain, et qu'elle était l'Alésia, métropole de la Celtique dont parle Diodore de Sicile. La ville de Chalon des bords de Saône n'existant pas à cette époque, la position fortifiée qui dominait la région ne pouvait se dresser que sur la colline de Taisey, point d'observation et de surveillance idéal sur le plan militaire avec, en plus, un plan d'eau à proximité.

La fondation d'Alésia par les Phéniciens qu'évoque Diodore dans la légende d'Héraklès épousant la fille du roi, c'est Taisey.

Il faut comprendre que c'est une colonie venue de Tyr qui, pour la première fois, s'est établie et retranchée sur la colline de Taisey. Cet Hercule, précise Diodore (c'est-à-dire : cette colonie herculéenne) tomba amoureux d'une princesse indigène, ce qui signifie que les nouveaux colons mêlèrent leur sang étranger au sang des belles autochtones. De leur union naquit Galatès. C'est lui (ce sont les descendants de ces premiers colons) qui a donné au pays son nom de Galatia. Ce sont ces descendants qui tentèrent de civiliser la Gaule en interdisant les injustices et les meurtres rituels que les indigènes commettaient sur les étrangers. Mais la population indigène était plus nombreuse que les soldats d'Hercule ; et les Barbares reprirent le pouvoir. Et Diodore termine par cet étonnant témoignage :Cette ville est, jusqu'à nos jours, en honneur parmi les Celtes, qui la regardent comme le foyer et la métropole de toute la Celtique. Elle est demeurée libre et imprenable depuis Hercule jusqu'à nos jours.... (Livre IV, XIX et Livre V, XXIV).

La Nuerax, ville des Celtes, qu'évoque Hécatée de Millet au IV ème siècle avant J.C, ce ne peut être que Taisey.

Quand Pline nous dit que l'étamage des métaux fut réalisé pour la première fois à Alésia, tout en nous précisant par ailleurs que la gloire en revenait aux Bituriges, nous comprenons que l'Alésia en question n'est pas Alise-Sainte-Reine mais Taisey, que la cité était alors aux Bituriges et que c'est de là qu'Ambicat, roi des Bituriges, lança les deux grandes expéditions celtes qu'évoque Tite-Live, l'une vers l'Italie, l'autre vers le Danube. Selon Tite-Live, l'expédition vers l'Italie rassemblait les Eduens (de Bibracte/Mont-Saint-Vincent), les Bituriges (qui se seraient maintenus à Chalon et dans l'Autunois avant d'être absorbés), les Aulerques de Brançion et de Blanot, les Ambarres du Bugey - autrement dit une Celtique réduite centrée sur Taisey. A cette coalition se seraient joints, toujours selon Tite-Live, les Arvernes de Gergovie, les Carnutes d'Orléans et les Senons de Château-Landon. 

La fameuse Orbandale aux muraillles cerclées d'anneaux d'or, c'était la forteresse de Taisey

Pierre de Saint-Julien qui fut un de nos premiers grands historiens chalonnais en a gardé le souvenir. "Il évoque cette fameuse Orbandale tant prisée par l'ancienne poésie que les premières histoires des Français ont élevée au plus haut degré de la gloire... Les trois cercles de briques dorées desquels les murailles étaient bandées se montraient encore dans les murs que le vulgaire appelle sarrazins... Les murailles... étaient de briques rouges enceintes par le milieu de trois rangs de briques dorées qui, ainsi, la ceinturait de trois cercles d'or, ce qui est la raison pour laquelle lui fut donné le nom d'Orbandale." d'après le père Bertaud (Histoire de l'illustre Orbandale).

La forteresse du roi Gontran, des princes burgondes et francs jusqu'aux comtes de Chalon, telle qu'elle figure sur leurs sceaux, c'est Taisey. La trêve qui mit fin aux guerres de religion qui ensanglantèrent le royaume de France, c'est à Taisey qu'elle fut signée. L'oppidum d'où le tribun romain Aristius fut chassé par la population, c'est celui de Taisey (DBG VII, 42-43). Quand, après avoir remporté la bataille d'Alésia, César reçoit la soumission de la cité en lui rendant ses prisonniers, c'est la cité dont parle Strabon, c'est-à-dire, Cabillodunum, Taisey (civitatem). La Vème légion qui prit ses quartiers d'hiver à Chalon, c'est sur le plateau des Alouettes qu'elle campa, à côté de la forteresse, en y oubliant un lingot de plomb. La fabrique d'armement d'Argentomagus de la Notitia dignitatum, c'est Taisey. La médaille en or de Vercingétorix retrouvée près du plan d'esu par les anciens propriétaires, les vestiges d'arbalètes, le chemin de Vercingétorix, c'est Taisey. L'oppidum chalonnais, castrum, du cartulaire du monastère de Saint-Marcel, c'est Taisey. Les archives de Dijon qui parlent du castellum, du lac qui se trouve derrière, c'est Taisey.

En m'aidant du vieux casdastre, des documents que j'ai traduits ou fait traduire quand ils étaient rédigés en vieux français, et autres documents notamment sculptés, j'ai retrouvé sur le terrain les fossés de la vieille forteresse, dont la trace est d'ailleurs encore visible en partie.

Mme le Maire de Saint-Rémy a alerté M. le Préfet de la découverte de ces fossés de défense ?Aucune réponse ne lui a été donnée.

Dans mes derniers écrits publiés sur l'internet, j'ai montré le lien qui existait entre cette tour et les fresques de l'église de Gourdon que vous datez du XIIème siècle. Allons donc ! Un messie Cléopas qui se fait reconnaître en faisant l'offrande d'un prépuce et d'un clitoris ! Ces fresques qui évoquent une espérance en la venue d'un nouveau roi David sont du début de notre ère, d'avant le christianisme. Vous vous trompez de douze siècles. L'église de Gourdon se trouve au pied de Mont-Saint-Vincent, là où je situe Bibracte.

L'archéologie confirme mon interprétation. Des traces sont encore visibles dans l'embrasure intérieure d'une fenêtre de la tour. D'autres qui, peut-être, se cachent sous un enduit plus récent, sont à redécouvrir.

E. Mourey, 14 avril 2018

Copie à Grand Chalon, "enquête publique sur le projet du PLUi et du PDA"

 


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1 réactions à cet article    


  • Antenor Antenor 14 avril 22:40

    En réalité, les vieilles colonies phéniciennes sont symbolisées par les Gorgones, filles du monstre marin Céto qui désigne lui-même le port chypriote de Cition. Ce sont logiquement elles qui ont fondé les Alésia colonies d’Alashya. Heraklès sans doute plus grec que phénicien n’a fait que recycler le pré-existant.

    Il serait logique de placer la toute première Alésia à proximité immédiate de la Méditerranée. Par exemple à Alès. Les Chypriotes ont forcément d’abord dû s’allier avec les peuples riverains de la Mer avant d’étendre leur influence plus profondément dans les terres et profiter du commerce du cuivre et de l’étain. Le nom des Celtes vient peut-être même de celui de Cition.

    Ces Chypriotes se sont sans doute intéressés au littoral gaulois parce que l’Italie a toujours été dans la sphère d’influence privilégiée des Egéens (Grecs et Troyens) et que l’Afrique du Nord était le domaine des marins cananéens. Si Céto désignait Cition, je me demande si Phorcys ne désignait pas Corfou, étape logique vers l’Occident.

    Le commerce était déjà crucial à cette époque. Les villes ne pouvaient pas se développer n’importe où. C’est pourquoi situer la principale métropole économique éduenne au sommet du Mont-Beuvray est une aberration. Aberration confirmée par la faible durée d’occupation du site. Tous les visiteurs du Mont-Beuvray disent qu’il y règne une ambiance mystique. Qu’ils en tirent les conclusions qui s’imposent ! Cette montagne était un sanctuaire religieux, un lieu de pèlerinage et sûrement pas une capitale commerciale.

    Partant de là, on pourrait se dire que Bibracte était une capitale religieuse et donc la situer au Mont-Beuvray. Le problème, c’est la distance. On est très loin de la Saône et de ses villes commerçantes. Le Mont-Beuvray apparaît comme un très crédible chef-lieu de pagus entre la Loire et l’Arroux mais de là à le voir chapeauter toute la cité éduenne (Mâcon est à 100 km), il y a un pallier supplémentaire qui paraît infranchissable. Sur quelle citadelle pourrait-il s’appuyer pour étendre sa puissance ? Le Mont-Saint-Vincent lui bouche l’horizon.

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