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Accueil du site > Tribune Libre > Black Blocs : « révolutionnaires » ou petits « Gapone » des grands (...)

Black Blocs : « révolutionnaires » ou petits « Gapone » des grands boulevards ?

 

 

 

A propos du débat sur les « Black Blocs »…

Il y a d’autres sujets autrement brûlants et fondamentaux de par le monde…

Néanmoins quelques questions à ce propos le dépassent lui-même et sont de toutes les époques de luttes…

__légalité

__légitimité

__manipulations

__contenu de classe

Il est évident que la lutte contre l’ordre social bourgeois est amenée à « déborder », et de plus en plus largement, à mesure que la lutte se développe, le cadre de la « légalité » actuelle, et même, évidemment et finalement, tout à fait, sans quoi il ne peut y avoir construction d’un autre ordre social, par définition, le nouveau remplaçant totalement l’ancien, à terme.

Mais tout aussi évidemment, ce n’est pas un processus linéaire, mais un processus dialectique, donc complexe, où les phases de luttes différentes s’entremêlent encore longtemps avant qu’une légalité socialiste prolétarienne s’impose durablement.

Les « Black Blocs » se présentent donc comme un moyen « ouvert à tous » de franchir ce cadre…

En quoi ce franchissement est-il utile au mouvement prolétarien ? Quelle perspective politique ouvre-t-il réellement ?

Le « Black Bloc » fait parler des manifestations sociales, qui, autrement, seraient passées sous silence par les médias… C’est à la fois un argument des « pour », évident au premier degré, et des « contre », car il donne des mouvements sociaux une image négative de violence gratuite, de dégradation et de pillage. C’est à dire une image dissuasive, faite pour isoler la modeste « avant-garde des luttes sociales » qui reste mobilisée, de manif en manif, du reste des « mécontents silencieux », qui, las des « grèves par procurations », pourraient eux-mêmes se mobiliser sur le terrain.

Évidemment, c’est cette image qui est véhiculée par les médias et cela semble donc au moins une raison d’être et de durer des « Black Blocs », avec toutes les suspicions de complicités et de manipulations policières et politiques qui vont avec…

Le fait est que cela recoupe une bonne partie des témoignages sur le sujet. On ne peut donc balayer d’un revers ces assertions.

Pour autant, le « Black Bloc » tend à être reconnu « sociologiquement » comme un réceptacle de diverses révoltes et frustrations sociales engendrées par la crise. Une révolte dont il serait en quelque sorte la « quintessence », le « mouvement » lui-même, selon certains… Autrement dit, il aurait vocation à incarner la légitimité des luttes sociales et à se substituer aux autres formes actuellement considérées comme « représentatives », syndicats et autres collectifs, front social, etc…

Le fait de sa présence, le 1er Mai, relativement impressionnante sinon réellement « massive », et soulignée par les médias, serait l’indice de son émergence, et voire même, de son avenir en tant que tel.

Le fait qu’avec le développement de la crise son recrutement soit de plus en plus assuré, cela contient également une logique facilement vérifiable mais n’en altère pas l’orientation politique, actuellement.

Le problème est que par définition cette orientation politique reste indéfinie en tant que projet d’alternative, au delà d’une révolte à l’instant T de la manif, et dont l’aspect pillage semble être la seule atteinte, faussement symbolique, au capital. En effet, au delà de son insignifiance dans le rapport de force économique, elle ne donne encore qu’une image du « chacun pour soi » qui n’est qu’un prolongement de l’idéologie au pouvoir, et donc, finalement, davantage une justification et un renforcement, dans l’esprit du « spectateur », peu enclin à crever l’écran, même pour ce ridicule profit.

Le fait est, également, que dans un mouvement social arc-bouté à la « défense » d’ « acquis sociaux » inéluctablement condamnés par la crise, dans le cadre du système, ce « Black Bloc » prenant de l’extension devient effectivement un substitut potentiel à l’échec inévitable. C’est en ce sens qu’il est réellement le « mouvement » tel que déjà durablement engagé dans une impasse.

Cela ne l’empêche pas d’arborer les couleurs d’un apparent « radicalisme » évocateur de Mai 68, et de clamer haut et fort un prétendu « anticapitalisme » qui le verrait sauter le mur au fond de l’impasse.

En bonne entente avec le préfet de police, c’est impossible, tout à fait incompatible, penserez vous… Alors qu’un « anticapitalisme » dépourvu de toute perspective politique réelle n’est en rien un danger pour le système, voire même, un exutoire commode pour recycler les jeunes énergies révoltées, comme on le voit notamment au « Rojava », zone syrienne occupée par l’impérialisme US et Français…

« Black Bloc » et « Rojava » ne sont, pour le moins, pas incompatibles, et les passerelles entre ces deux « univers » bien entretenues par les puissances occupantes.

La « sincérité » de tous ces éléments manipulés n’est pourtant pas nécessairement en cause, même en ce qui concerne quelques éléments qui jouent consciemment « double jeu » en se croyant engagés dans un « compromis tactique » qui ferait d’eux des « stratèges révolutionnaires » très supposément avisés…

Des petits « Gapone » des grands boulevards, en quelque sorte… A cette différence près que le Pope Gapone a réellement emmené la foule prolétarienne au fond de l’impasse du « Dimanche Rouge » le 9 Janvier 1905, où plus de 1000 sont tombés sous les balles, les coups des sabres cosaques et les sabots des chevaux… Leur mort tragique a définitivement délégitimé le pouvoir tsariste et la nouvelle bourgeoisie "moderniste" (Stolypine) qui le soutenait encore.

A cette différence près, également, que l’indic manipulateur Gapone avait donc réellement fini par incarner la légitimité des revendications populaires et prolétariennes de son temps, (*) au point de ne plus savoir lui-même, réellement, semble-t-il, où était sa vraie place.

(Pour mémoire il est mort pendu en 1906 comme "traître à la cause", et par un autre indic, « socialiste-révolutionnaire », celui-là…)

Le Pope Gapone a donc, malgré sa courte vie, changé le cours de l’histoire, que cela fut ou non son souhait !

Lénine lui-même, pourtant conscient de la manipulation déjà plus que probable, a invité les vrais révolutionnaires à investir et pousser ce mouvement effectivement jusqu’à sa limite.

Au delà des manipulations, dont il sont nécessairement l’objet, la vraie question des « Blacks Blocs » est donc de savoir s’ils incarnent ou non une légitimité qui déborderait réellement la légalité du système non seulement sur le plan formel juridique mais aussi et surtout, en terme d’alternative politique perceptible par les masses populaires et prolétariennes, et là, la réponse est évidemment non… !

Enfin, la question de la composition sociologique de cette mouvance est importante, mais pas déterminante non plus, contrairement à ce qu’affirme, une fois de plus, l’inénarrable M Bibeau, dans un de ces globi-boulgas (**) dont il a le secret, mais qui n’est donc pas non plus une spécialité canadienne, tant s’en faut… ! Selon lui, cette composition serait entièrement « petite-bourgeoise », allant du lumpen au « fils à papa » des beaux quartiers, en rupture de ban, à l’instar des « proto-bobos », pseudos « dirigeants » de Mai 68…

Une définition précise de « classe moyenne » est effectivement incertaine, comme il le souligne justement, mais sa définition extensive de « petite-bourgeoisie » ne l’est pas moins, et même fausse, en ce qu’elle y inclut des couches sociales de travailleurs qui, s’ils ne sont pas directement dans le secteur « productif » mais bien dans des fonctions économiques et sociales prolétariennes, sont néanmoins tout à fait à inclure dans le prolétariat, au sens basique du terme.

Cela soulève la question du rôle de certains secteurs des activités de services proches du secteur productif, même si indirectement, et de plus en plus proches et liés, avec les technologies actuelles. Quelle serait la « valeur » d’un téléphone, par exemple, sans le service, qui, le plus souvent, est vendu directement avec ? Mais on aborde là une autre question, celle de la limite entre les pratiques opérationnelles de l’économie classique et néo-classique, zone restée quasiment « terra incognita » de la pensée marxiste, que l’on ne peut donc qualifier de « contemporaine », de ce fait… Un autre et vaste sujet !

Luniterre

 

(* http://www.gauchemip.org/spip.php?article15133 )

(** https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-black-bloc-et-la-petite-204227 )

A propos de légitimité révolutionnaire, voir aussi :

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/04/02/palestine-jour-de-la-terre-une-lecon-de-resistance-donnee-au-monde/

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/04/29/un-demi-siecle-apres-mai-68-en-finir-avec-la-gauche-kollaborationniste/

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6 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 15 mai 14:41
    Des petites frappes qui vont couiner comme des vierges lorsqu’ils vont rencontrer du velu motivé en face et qu’ils n’auront plus les flics derrière.

    J’ai hâte !

    • NEMO Clark Kent 15 mai 15:21

      ça rappelle les brigades rouges du Gladio, en noir... le rouge et le noir, 


      « Et quand vient le soir 
      Pour qu’un ciel flamboie 
      Le rouge et le noir 
      Ne s’épousent-ils pas »


      • popov 16 mai 03:53

        @Luniterre
         
        Qui finance ces « Black blocs » ?
         
        Quel est le parcours de leurs leaders ?
         
        Quelle relation avec les « antifas », avec l’OSF" du sinistre Soros ?


        • gardiole 16 mai 07:24
          Si les BB tiennent vraiment à avoir des martyrs, ils peuvent toujours tenter d’investir l’Élisée.

          • gardiole 16 mai 07:25
            @gardiole
            Oups ! « Élysée » ! Maudit soit le correcteur d’orthographe.

          • yvesduc 19 mai 09:25

            Le fait est que les Black Blocs surgissent à chaque fois à point nommé lorsqu’un mouvement populaire prend de l’ampleur, pour le pourrir et finalement le tuer. La suspicion d’une manipulation par le pouvoir est, en ce qui me concerne, très élevée. Je n’ai aucune preuve mais la protection dont ce mouvement bénéficie par les forces de l’ordre est, en revanche, patente (absence d’arrestation ou si peu, etc.). Autre remarque : les Révolutionnaires de 1789 s’attaquaient aux aristocrates, c’est-à-dire à l’élite. Les Black Blocs s’attaquent au peuple (petits commerçants, employés, etc., par exemple en mettant le feu à une Citroën Saxo). Leur rôle est de transformer le mouvement en repoussoir et de démobiliser l’opinion publique.

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