Bombe atomique : redevenue fréquentable
Après la fin de la guerre froide, la bombe semblait avoir perdu de sa centralité ; elle est de retour aujourd'hui dans les stratégies militaires.
05 février 2026. Fin du New START. Mais qu’est-ce donc ?
Ce « New START » était un traité bilatéral juridiquement contraignant limitant les arsenaux nucléaires stratégiques entre la Russie et les États-Unis.
C’est passé largement sous le nez des peuples de la Terre entière. Pourtant, ce qui vient de disparaître n’est pas anodin : pendant près de quinze ans, New START imposait aux deux principales puissances nucléaires des plafonds sur leurs armes stratégiques et, surtout, un système de vérification, d’échanges d’informations et d’inspections.
Désormais, ces limites juridiquement contraignantes ont disparu. Cela ouvre la possibilité d'une nouvelle compétition nucléaire entre les États-Unis et la Russie, sans le cadre bilatéral qui permettait auparavant d'en limiter et d'en surveiller l'ampleur. Et, par effet de surenchère, les sept autres puissances nucléaires que sont : Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord, selon le SIPRI, elles ont poursuivi la modernisation de leurs arsenaux en 2025. Plusieurs ont déployé de nouveaux systèmes nucléaires ou à capacité nucléaire.
Oubli de la fin de la guerre froide
Ça y ressemble, car le SIPRI[i] estime que cette tendance pourrait bientôt inverser la baisse du nombre total d'armes nucléaires observée depuis la fin de la guerre froide. Les arsenaux existants sont modernisés et, pour certains pays, augmentés :
· Chine : Son arsenal est estimé à environ 620 ogives, contre environ 600 en 2025, et elle construit notamment de nombreux silos pour missiles.
· France : modernisation de ses sous-marins nucléaires et de ses missiles ; Paris prépare également de nouveaux systèmes nucléaires aéroportés.
· Royaume-Uni : modernisation de sa force nucléaire et projet d'augmentation du nombre maximal d'ogives.
· Inde et Pakistan : développement de nouveaux missiles et autres vecteurs nucléaires ; leurs arsenaux continuent également d'évoluer.
· Corée du Nord : elle poursuit ouvertement l'expansion de son arsenal et développe de nouveaux missiles.
· Israël : le pays ne reconnaît pas officiellement posséder l'arme nucléaire, mais le SIPRI estime qu'il modernise également son arsenal.
Ainsi, la course au nucléaire est repartie de plus belle et la logique de désarmement qui avait suivi la guerre froide semble donc bel et bien s'essouffler. Tout cela n’est pas bon signe…
La France pas en reste
De cette fuite en avant de production guerrière. Le 2 mars 2026, Macron annonce à l’Île Longue : une augmentation du nombre de têtes nucléaires ; la construction du futur sous-marin nucléaire de troisième génération, dont le premier s'appellera L'Invincible et doit naviguer en 2036 ; la poursuite de la modernisation des missiles nucléaires ; le lancement d'un programme de missiles stratégiques hypersoniques destinés notamment au futur porte-avions. Concernant cette unité, le France Libre, sa construction a commencé. Il sera à propulsion nucléaire et doit entrer en service vers 2038.
Une estimation à la louche de cette frénésie peut être chiffrée à au moins 30 milliards… il est vrai pour un pays endetté à hauteur de 3600 milliards cela ne représente qu’une paille.
Une précision utile : 30 milliards est même plutôt prudent, puisque les deux seuls programmes, porte-avions (10,2 Md€) + sous-marin (11,5 Md€), représentent déjà 21,7 milliards d'euros, avant d'ajouter les batteries de missiles et les autres éléments de modernisation.
Menaces verbales
Depuis quelques années, certaines puissances nucléaires, par le biais de leurs dirigeants, ont utilisé la référence à l'arme nucléaire pour dissuader, intimider ou exercer une pression politique.
Vladimir Poutine a évoqué la capacité nucléaire russe depuis l'invasion de l'Ukraine, notamment pour dissuader une intervention directe occidentale. En 2022, il déclare que ceux qui chercheraient à intervenir devraient savoir que « la réponse de la Russie sera immédiate ». Kim Jong-un a déclaré que les armes nucléaires étaient destinées à empêcher une attaque contre le pays. Washington utilise la dissuasion nucléaire et sa capacité de représailles, explicitement destinée à décourager une attaque contre son territoire ou ses alliés.
Macron, jamais en reste concernant son rôle de « chef de guerre », déclarait : « Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État, si puissant soit-il, ne pourrait s'y soustraire ; et aucun, si vaste soit-il, ne s'en remettrait. » Et toujours dans la surenchère : il se veut le protecteur de toute l’Europe en affirmant que les intérêts vitaux de la France ne se limitent pas nécessairement aux frontières françaises, évoquant notamment la sécurité des partenaires européens. Un détail à mentionner dont il doit prendre en compte.
Le traité de Moscou du 12 septembre 1990 appelé 2+4. Qui permet à la France de placer l'Allemagne sous la protection de sa propre dissuasion nucléaire si elle le veut, mais qui interdit à l'Allemagne réunifiée de fabriquer, de posséder ou de contrôler des armes nucléaires. Donc, protection oui, posséder non !
Il propose donc le projet de dissuasion avancée qui préconise une étanchéité totale du commandement : la souveraineté exclusive par la planification, le déploiement opérationnel et la décision ultime d'engager le feu nucléaire reste de la compétence unique et solitaire du président de la République française.
Le président français tellement se veut un major player dans la cour des grands… qu’il peut être comparé à une fable de ce brave La Fontaine :
Le crapaud et le bœuf
Emmanuel Macron aimerait imposer le leadership militaire de la France en Europe, en profitant du désengagement progressif des États-Unis. Voici une petite synthèse brute de la situation, sans artifice :
L'ambition de Macron (Le "bœuf")
Prendre la place des USA : Face au risque d'un retrait de la protection nucléaire américaine (OTAN), Macron veut faire de la France le nouveau bouclier de l'Europe.
Le moteur franco-allemand : Il tente d'arrimer l'Allemagne à la vision française pour s'assurer le rôle de leader stratégique du continent.
Les limites de la réalité (Le "crapaud")
Une taille insuffisante : L'arsenal français (environ 290 têtes nucléaires) reste minuscule face à la Russie (plus de 5 500) ou aux États-Unis. La France n'a pas les moyens financiers ou militaires de remplacer seule le parapluie américain.
Les doutes allemands : L'Allemagne préfère certainement la fiabilité du bouclier et l'achat de matériel de défense aux États-Unis ?
Toutes ces manœuvres semblent à mon humble avis se projeter plus loin, comme par exemple, le remplacement de von der Leyen à la tête de la commission européenne… pourquoi pas ?
Ce qui est effrayant c’est que les mots : bombe atomique, conflit nucléaire sont entrés dans le langage de tous les jours par le biais de déclarations de politiciens, de journalistes, même d’intellectuels, comme François Géré qui écrivait en 2025 « La dissuasion nucléaire n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique. » Il y a comme une préparation des esprits au pire, au nihilisme total !
Ce qui rendrait cette apocalypse nucléaire comme une option parmi tant d’autres, en perdant de vue que pousser une première fois le bouton, entraînera une escalade, dont cet arsenal a les moyens de faire disparaître de la surface de la planète toute sorte de vie.
Et comme je suis persuadé que nous sommes dirigés par des fous, rejouant à chaque acte le docteur Follamour…
À Dieu vogue la galère… No Future !
Georges ZETER/ septembre 2026
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[i] SIPRI signifie : Stockholm International Peace Research Institute. C’est un institut de recherche indépendant suédois, créé en 1966, spécialisé notamment dans : les armes nucléaires et les arsenaux militaires ; les dépenses militaires ; les transferts d’armes ; les conflits et la sécurité internationale ; le désarmement et le contrôle des armements.
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