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Accueil du site > Tribune Libre > « Cagoulards » : l’heure du choix...

« Cagoulards » : l’heure du choix...

Le 10 mai 1940 l'Allemagne viole la neutralité : des Pays-Bas - du Luxembourg - de la Belgique afin de contourner la ligne Maginot et concentrer ses forces sur les Ardennes (Fall Gelb, plan jaune). Le B2 du colonel Rivet a alerté le commandement des forces armées et le ministre de la Guerre de l'imminence de l'attaque allemande ; il n'a pas été entendu... Juin 40 c'est l'exode, huit millions de civils sont sur les routes sous la mitraille de l'aviation allemande, 90.000 enfants perdus sont confiés à la Croix rouge. Le 18 juin, le général de Gaule lance son appel, le 22, le gouvernement français signe l'armistice, l'armée se refuse à capituler. Les « Cagoulards » emprisonnés ont été libérés, certains de rejoindre la France Libre, créer des mouvements de résistance intérieurs, d'autres de servir le régime de Vichy, voire se mettre à la botte de l'occupant... Tous ces jeunes gens pensent-ils alors que les années à venir, quelle que soit la voie choisie, allaient être lourdes de conséquences ? Ont-ils été « victimes » des circonstances d'alors, de la propagande ou de chimères ?

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Au début du conflit, le poids de la droite dans la résistance contre l'envahisseur reste prépondérant. L'obédience « Cagoularde » pense pouvoir exercer, à la fois, une influence sur le régime de Vichy et résister aux nazis. La Cagoule est une organisation d'individus de caractères différents : monarchistes, laïcs, Chrétiens et de revanchards qui exècrent, selon : la République, le bolchevisme, la franc-maçonnerie, la perfide Albion, les Juifs, le pan germanisme. Gabriel Jeantet résume l’ambiguïté de la situation qu'il perçoit : «  rien à faire avec les fritz. Je choisis le Maréchal et la révolution nationale ».

Les faisceaux d'action nationale populaire qui ont succédé au CSAR sont dissous au mois de mars 1939. Six mois plus tard le Mouvement Social Révolutionnaire pour la Révolution nationale animé par Eugène Deloncle, Jacques Corrèze et Eugène Schueller prend la relève. Son programme stipule : « Nous voulons construire la nouvelle Europe en coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste et toutes les autres nations européennes, libérées comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie. (…) Créer une économie socialiste (…) qui assure une juste distribution des produits en faisant augmenter les salaires en même temps que la production ».

Au mois de septembre 1940, le ministre de l’Intérieur Peyrouton porte le Centre d'Information et d’Étude dirigé par François Méténier (François Mitterrand sera présent à ses obsèques en 1956) sur les fonds baptismaux. Les Groupes de Protection fondés au mois de décembre par Groussard sont rattachés au CIE. Groussard anime en parallèle le réseau de Résistance « Gilbert ». Ces patriotes opposés à la collaboration surveillent les agissements de l'occupant. Le 14 décembre, Marcel Déat est arrêté à Paris et Pierre Laval à Vichy le 15, ils sont rapidement libérés sur ordre d'Hitler, le Groupe de Protection marseillais dirigé par Darnand est dissout le 20 décembre.

Le MSR et le RNP de Marcel Déat (SFIO), un proche de Pierre Laval, fusionnent le 5 février 1941, mais chacun conserve son autonomie de direction. Filiol va devenir le secrétaire général du MSR et en diriger la Légion Sociale Révolutionnaire. Tous les chefs de la LSR s'attribuent des grades militaires... Filiol, ancien sous-officier est « colonel ». La LSR est composée de : la Section d’Action Rapide, une quarantaine de membres en uniforme, encasernés, appointés par le parti et mobilisables à tout moment - la Section d’Intervention Différée, ses militants viennent en appui à la SAR - la Section de protection chargée de la protection rapprochée des chefs - la Section de prévention est en charge du contre-espionnage - la Brigade des Recherches (renseignement) du parti est dirigée par Raymond Hérard alias « Monsieur André » qui recrute ses agents parmi les anciens militants de l'OSARN et ex-policiers. Grassement rémunérés, ils sont chargés d’obtenir des informations sur tout ce qui se passe à Paris ou à Vichy, à se livrer à l'entrisme (infiltration) des autres partis et à enquêter sur les milieux hostiles (résistants, communistes, Francs-maçons, juifs). Chaque semaine, Monsieur Paul rédige un bulletin de situation et d'’information destiné aux responsables du parti qui ont pour habitude de se réunir tous les vendredis au restaurant Garnier, place du Havre à Paris.

Le 12 juin, la France est divisée en zone occupée (nord de la Loire), zone libre séparées par la ligne de démarcation, et zone interdite (nord-est). Le 15, le MSR organise un congrès au Palais de la Mutualité. Eugène Schueller appelle à : « une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement » qui ne peut « être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands personnages ». Dans La Révolution de l’économie parue aux éditions Denoël. Il y a écrit notamment : « la cause essentielle du désastre économique c’est le salaire au temps (..) le système qui consiste à payer les travailleurs à l’heure sans qu’intervienne dans l’estimation de leur rétribution la notion capitale du produit de leur travail. la seule solution au problème qui m’est apparue a été dans la proportionnalité du salaire à la production même de l’entreprise, c’est à dire dans la transformation du salaire au temps en salaire au produit  ».

Les Vichystes anti-nazis rêvent encore d'une armée clandestine. L'attaque allemande contre l'URSS (opération Barberousse) le 22 juin, incite le Parti communiste français à entrer dans la Résistance. Le 1er juillet, le CIE laisse place au Service des Sociétés Secrètes dont la compétence s'étend à tous les adversaires de Vichy. Le 8 juillet, Jacques Doriot (maire communiste de Saint-Denis), Deloncle (MSR), Déat (RNP) Pierre Costantini (la Ligue française) et Schueller fondent la Légion des volontaires français contre le bolchévisme ; président d’honneur, Deloncle. Le 25 juillet près de 10.000 personnes sont venues au « Vél-d’hiv » pour y écouter les orateurs de la LVF.

Marx Dormoy est assassiné le 26 juillet au Relais de l'Empereur de Montélimar où il était assigné à résidence. Une bombe a été placée sous son lit par une ancienne actrice. Le Service d’Ordre Légionnaire (prémisse de la Milice qui sera créée en 43) en zone nord est créé au mois d'août par Joseph Darnand ; Jean Bassompierre en prend la direction et en rédige le programme. Le 27 août on célèbre la remise du drapeau au premier contingent de la LVF. Les légionnaires ont prêté serment d’allégeance au führer, cette unité est Intégrée au 638° régiment d'infanterie (unité dans laquelle a servi Hitler pendant la Première Guerre) de la Wehrmacht. Claude Colette, un ancien militant des Croix-de-Feu, tire à cinq reprises, Laval est atteint de deux balles, une à l'épaule et une autre au poumon gauche, Déat par une balle dans l'abdomen. Claude Colette sera déporté en Allemagne et survivra à la fin de la guerre. Pour les autorités, le véritable instigateur ne peut être que Deloncle, proche de l'amiral François Darlan qui a rejoint Alger et adversaire de Laval.

Au mois d'octobre 41, la bande côtière et littorale s'étendant de la Belgique à l'Espagne est déclarée zone interdite. Une ordonnance du mois de novembre 1940 en a expulsé les 30.000 étrangers qui y résidaient. Dans la nuit du 3 octobre, des hommes du MSR déposent des charges explosives fournies par les SS contre sept synagogues parisiennes. Les dégâts sont peu importants, mais les explosions ont occasionné plusieurs blessés dont deux soldats allemands. Aucune suite n'est donnée à l'affaire. Pour l'Association secrète de spoliation des biens juifs et maçonniques : « Le Juif destructeur de tout ordre établi, étranger à toutes les croyances comme à tous les territoires, a apporté partout en France la corruption. Le Franc-maçon a puissamment aidé le juif dans cette œuvre exerçant partout une dictature odieuse ». La personnalité d'Eugène Schueller résume l’ambiguïté de l'époque. En véritable caméléon, il collabore avec Vichy et la presse collaborationnistes tout en protégeant ses employés juifs et en finançant la Résistance.

Le mois de juin 42 voit l'instauration du Service du Travail Obligatoire, de nombreux jeunes gens préfèrent rejoindre les maquis. Le 16 juillet, 8.000 policiers et gendarmes français arrêtent sur ordre de René Bousquet, le Secrétaire général de la police, 13.000 Juifs pour les remettre aux Allemands (rafle du Vel d'hiv). Les Français de confession juive ont été dénaturalisés au mois d'octobre 40, parmi ceux-ci d'anciens combattants de la Grande Guerre loyaux à la France. Les 8-10 novembre marquent le débarquement allié en Afrique du nord (opération Torch). Il s'ensuit l'invasion de la zone sud. Le 19, Hitler ordonne l'opération « Lilas », la prise des bâtiments de guerre français dans le port de Toulon. Le 27, l'Amiral Laborde donne l'ordre du sabordage de la flotte.

La victoire soviétique de Stalingrad 42-43 marque un tournant décisif. Les cagoulards et les déçus de Vichy vont se rapprocher. Jacques Corrèze, le fils adoptif de Deloncle, de retour du front de l'Est, entre en contact avec la Résistance, et Eugène Deloncle en contact avec des officiers antinazis de l'Abwehr. l'Amiral Canaris lui fait délivrer un Ausweis (laisser-passer) pour se rendre en Espagne et de proposer aux représentants alliés une « paix de compromis ». La péninsule ibérique grouille d'espions allemands. Le double-jeu de Canaris qui a été dénoncé par un agent surpris pour un vol pour lequel il avait refusé d'intervenir, est dévoilé. Le 7 janvier 1944, des Gestapistes pénètrent dans l'appartement parisien d’Eugène Deloncle, surpris au saut du lit, il est fauché par une rafale, pistolet à la main. L’assassinat de Deloncle convainc beaucoup d'anciens Cagoulards d'entrer en résistance. Le 18 février, Himmler, le créateur des waffen SS succède à Canaris à la tête de l'Abwehr (SR militaire). Canaris sera condamné pour haute trahison puis exécuté le 9 avril 1945.

Mohamed el-Maadi, nationaliste algérien membre de la Cagoule, du MSR, du RNP dont il en animait le comité nord-africain, et l'Hauptsturmführer Henri Lafont évadé du bagne de Cayenne, de son vrai nom Henri Louis Chamberlain, patron de la Gestapo parisienne, fondent la Légion nord-africaine le 28 janvier 44. Pierre Bonny, ancien inspecteur principal révoqué de la Sûreté en janvier 1935 qui a rejoint la Carlingue (Gestapo rue de Lauriston) en 41, est détaché à Tulles auprès de la brigade dite les « Bicots ». Cette unité responsable de nombreux massacres dans le sud-ouest a été équipée en armes et véhicules par Joseph Joanovici, un ferrailleur illettré qui a fait fortune dans la vente de métaux aux Allemands. Interpelé le 8 novembre en possession d'une carte de la Gestapo, il révèle les planques de Lafont et Bonny qui seront fusillés le 26 et 27 décembre au Fort de Montrouge. « Si les gars d'en face m'avaient proposé quelque chose, je l'aurais fait. Il n'y a pas de doute. Et je n'aurais pas fait de cadeaux aux fritz. (...) C'est à cela que tient le destin d'un homme, un petit hasard, une histoire d'aiguillage, ou alors c'est la fatalité » (Lafont).

Le 18 août 45, le maréchal Philippe Pétain, héros de Verdun, est condamné à mort. Sa peine ayant été commuée en réclusion à perpétuité, il est assigné à résidence sur l'île d'Yeux (Vendée). Le procès de la Cagoule s'ouvre le 11 octobre 1948 devant les Assises de la Seine : 50 accusés présents - 60 avocats - 400 témoins - seize prévenus sont décédés - quatorze sont en fuite ou disparus. Lors de la 38e audience, le 27 novembre, le président Leroux lit les réponses aux 262 questions posées puis les sentences sont prononcées : 11 acquittements - une condamnation aux travaux forcés à perpétuité - une à 20 ans et une à 5 ans - des emprisonnements de 2 à 10 ans - des emprisonnements avec sursis allant de 4 mois à 2 ans. Jean Filliol réfugié en Espagne est condamné à mort par contumace. François Duclos (colonel Saint-Jacques) revenu d'Argentine pour son procès est acquitté. Eugène Schueller est reconnu résistant et se voit décerner la Croix de Guerre, la rosette de la Résistance ainsi que la Croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Le Maréchal Pétain décède le 23 juillet 1951. Sa dépouille est inhumée dans le cimetière communal de l’île d'Yeux, le caveau tournant le dos aux autres monuments funéraires en signe d'indignité nationale. Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1973, six hommes exhument la bière du maréchal avec l'intention de la déposer à l'ossuaire de Douaumont. Le cercueil est découvert trois jours plus tard recouvert d'un drapeau tricolore dans un garage de Saint-Ouen (93). L'estafette qui a servi au transport du corps a été louée dans une agence de Puteaux par une certaine madame Boche... Mai 1974, VGE est élu président de la République, le délit de profanation de sépulture est couvert par l'amnistie présidentielle. La tombe la plus visitée du petit cimetière est aussi la plus souillée... A propos, savez-vous que l'on recense plus de 200 cimetières ou monuments aux morts allemands et près d'un million de chleuhs inhumés en France ? Quand le gouvernement demandera-t-il à l’État allemand de venir les récupérer ? Nos défunts, nos agriculteurs, nos urbanistes et la population ont besoin d'espace vital. Jus est ars boni et aequi.

 

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3 réactions à cet article    


  • pierre 31 mars 18:57

    Il a disparu et c’est très bien comme cela.


    • @Aita Pea Pea

      Ta bouche j’aimerais bien te la fermer , avec mes pompes.


      Ton déambulateur n’est plus en panne ? T’as débouché le gicleur ? Tu devrais essayer un réglage carburant moins riche en pisse. Ok ça augmente la compression mais ça use le bouzin plus vite et ça incommode les piétons.


    • Cazeaux Cazeaux 1er avril 00:06

      Piètre étalage d’informations mal digérées puisées dans un manuel scolaire Mallet et Isaac. Même le nom du soi-disant grand patriote officiant devant un micro à Londres est mal orthographié...Tout y est mélangé, l’illustration pas même en rapport avec le titre de l’article et porteuse d’une haineuse et fausse information.

      La police dirigée par Darnand, qui fut honoré du titre d’artisan de la victoire en 1919 avec Clemenceau et Foch, en raison de ses nombreux exploits dont celui qui a permis de repousser l’ultime offensive allemande de juillet 1918, était strictement française, dépendant de Pierre Laval. Quant à la Milice, prenant la suite du SOL, c’était un mouvement politique voué à soutenir la Révolution nationale du régime de Vichy. Il a fallu un an de tractations avec les Allemands et combien de miliciens tués pour qu’une fraction de ses membres soit armée : les Francs Gardes. L’action principale des « simples » miliciens consista à venir en aide aux victimes des bombardements anglais extrêmement meurtriers et dévastateurs.

      Enfin conclure pour continuer à traiter les Allemands de Chleus, quel bel esprit européen cela révèle-t-il ! Darnand dans son testament aux miliciens a appelé à la réconciliation entre Français ainsi qu’à l’unité européenne. 

      Si l’auteur conserve autant de haine pour nos tudesques (le mot Deutschland signifie la terre des tudesques) de voisins qu’il s’en prenne au grand général de Londres, qui a achevé en 58 l’amnistie des SS condamnés pour leur participation au massacre d’Oradour sur Glane ainsi qu’en janvier 63, les deux plus hauts chefs de la police allemande, Oberg et Knochen...avant de faire fusiller deux mois plus tard, Bastien-Thiry dont l’attentat manqué n’avait pas fait ne serait-ce qu’un blessé...Oberg et Knochen sont morts libres et dans leurs lits en Allemagne alors que toutes les forces répressives, Gestapo, SS, SD,Gestapo française etc. dépendaient d’eux.

      PS : Jean Bassompierre, officier des chasseurs alpins comme Darnand, s’est glorieusement distingué durant la campagne des Alpes en mai-juin 40 en faisant sauter par ses seuls moyens individuels toute une forteresse qui était sur le point d’être prise par les Italiens.

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