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Accueil du site > Tribune Libre > Cahuzac, Chypre et Cie

Cahuzac, Chypre et Cie

La période est chaude qui va du Grand mensonge de Cahuzac au déballage « offshore leaks » en passant par Chypre du Paradis (fiscal) à l'enfer (social). Mais, tout en pensant à ceux qui paient ou vont payer les pots cassés, la période a quelque chose de réjouissant dans l'étalage de turpitudes, soupçonnées mais inconnues du citoyen de base, qui s'étalent aujourd'hui sur la place publique.

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Laiki Bank UK http://www.flickr.com/photos/jaggers/8590196594/
de Trowbridge Estate http://www.flickr.com/photos/jaggers/

I

Ainsi publier le patrimoine des élus en début et en fin de mandat et, pourquoi pas en cours de mandat, transformerait le citoyen en voyeur et jetterait la suspicion sur tous les élus. Pour éviter suspicion et voyeurisme, les parlementaires sont prêts à se convertir au voile pudique pour tous.
Ne dévoilant rien, les élus étaient-ils au dessus de tout soupçon ? On aurait pu espérer que les Parlementaires démocrates, profitant de l'occasion, étendent l'obligation de transparence bien au delà des seuls parlementaires ou même des seuls élus.

Ainsi, de façon tout aussi inattendue, de nombreux parlementaires sont devenus de fermes adeptes de la doctrine sarkozienne, « travailler plus pour gagner plus » et défendent le cumul des mandats. Mais ils reçoivent un salaire plein pour leur mandat parlementaire auquel ils ne se consacrent pas à plein temps. Ils devraient déposer une proposition de loi pour que tous les travailleurs à temps partiel reçoivent aussi un salaire de temps plein.

Certains pensent « travailler plus pour travailler mieux » et affirment que cumuler les mandats ou pratiquer une autre profession permet d'être plus efficace dans le travail législatif. Façon peu élégante de suggérer que ceux qui se consacrent à plein temps à leur rôle de député ou de sénateur ne peuvent le faire correctement.

De plus, interdire certaine ou tout autre activité professionnelle diminuerait la représentativité socioprofessionnelle des parlementaires... certainement pas des catégories déjà absentes à l'Assemblée nationale : pas d'ouvrier, 1 employé, 1 artisan.

Championne du cumul des mandats et du taux de parlementaires exerçant simultanément une autre profession, la France doit avoir le meilleur Parlement du monde. Oublions les suspicions de conflit d'intérêt.

Le travail de représentant du peuple, de législateur, est assez important pour que les parlementaires s'y consacrent à plein temps, ce qui diminuerait, peut-être, l'absentéisme parlementaire et leur permettrait, dans le temps éventuellement libre, de faire acte pédagogique et démocratique en se consacrant davantage aux électeurs en dehors des périodes électorales.

Si l'affaire Cahuzac aboutissait à limiter le cumul des mandats, leur renouvellement perpétuel dans le temps et l'exercice d'une autre profession en cours de mandat, peut-être faudrait-il dire, « Merci M. Cahuzac  ».

Dans le cas contraire, les minauderies effarouchées des décideurs qui renâclent devant l'obstacle, auront démontré que le corporatisme, ici parlementaire, est un grand obstacle aux réformes en France.

 

II

La crise chypriote aura des répercussions sur la population de l'île, au niveau de l'emploi, des revenus... ce qui est souvent mis en avant actuellement pour critiquer les solutions choisies. Quelles qu'elles soient, la population en sera la victime collatérale. Certains s'en aperçoivent aujourd'hui. Mais les critères du traité de Maastricht, des agences de notation, de la troïka... ne concernent jamais le taux de chômage, le niveau de vie, le nombre de pauvres ou les inégalités dans un pays. La souffrance des peuples qui peut être la conséquence de la souffrance des banques ou de leur prospérité ou des politiques gouvernementales, n'entre pas en ligne de compte.

Plusieurs mesures, inattendues, préconisées par la troïka, ont particulièrement retenu l'attention, même si des doutes subsistent quant au redressement de la situation de Chypre.

Que le taux d'imposition des sociétés passe de 10% à 12,5%, ne fait qu'aligner la fiscalité de Chypre sur le moins disant fiscal, l'Irlande, et n'égratigne même pas le dumping fiscal au sein de la zone euro.

Que quelques milliards d'euros soient prélevés sur les comptes supérieurs à 100 000 euros ne fera pas pleurer dans les chaumières même si cela n'a été possible que parce que ces comptes appartiennent essentiellement à des exilés fiscaux russes. Il reste à espérer que ce bon exemple sera suivi quand les oligarques n'auront pas comme marqueur d'être russes. Et que la prochaine fois, les actionnaires seront aussi sollicités, plutôt que les contribuables.

La troïka exige aussi une réduction de moitié de la taille du secteur bancaire, hypertrophié, par rapport au PIB mais n'en fait pas une norme européenne qui pourrait gêner d'autres États de la zone.

La société de Nikos Anastasiadis, le président chypriote, juriste de métier, s'occuperait des intérêts du monde russe des affaires. Cela expliquerait sa volonté de voir tous les dépôts bancaires imposés de façon à limiter les prélèvements à 9% pour ceux supérieurs à 100 000 euros. Du danger pour les politiques d'exercer une autre profession qui risque de faire oublier et l'intérêt général et l'intérêt des électeurs...

 

III

Parallèlement à ces « incidents locaux », les documents publiés par le Consortium international de journalistes d'investigation et ses 2,5 millions de fichiers montrent que paradis fiscaux et optimisation fiscale sont des sports internationaux.

Favorisée par la mondialisation financière et économique, cette fuite fiscale ferait échapper entre un tiers et un cinquième de l'argent mondial à l'impôt (Libération 15/04/13), au moment où les besoins des États deviennent de plus en plus importants dans cette période de crise.

Les États-Unis ont commencé à réagir avec la loi Facta qui impose aux banques des pays étrangers de dévoiler les comptes non déclarés de leurs clients sous peine de perdre l’accès au marché des États-Unis. Cette loi inspire les gouvernements de l'UE qui se proposent, à l’initiative de l'Allemagne, la France, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne, « d'échanger entre eux, puis avec les autres pays européens y compris le Luxembourg, les mêmes informations fiscales que celles exigées par les États-Unis au titre de la loi Facta ».

A Washington, les 20 plus importantes économies de la planète , en présence exceptionnelle de la Suisse, ont décidé à l'unanimité d'organiser « l'échange automatique d'information » (Le Figaro 20/04/13).

 

Bien sûr, il ne faut pas se faire trop d'illusions mais le moment est favorable pour une avancée. En sachant que dans le jeu du gendarme et du voleur, le voleur a toujours un temps d'avance.


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8 réactions à cet article    


  • Aldous Aldous 22 avril 2013 10:36

    Michel Barnier a annoncé dans le Sueddeutsche Zeitung la préparation d’une loi visant à generaliser dans l’UE la taxation des depots des particuliers comme à Chypre.


    il a juste estimé qu’il y avait eu une « mauvaise appréciation de l’impact d’une taxe sur les dépôts inférieurs à 100.000 euros » dans les banques chypriotes.

    Pour ces bureaucrates fous ce n’est ni l’atteinte à la propriété privée, ni l’aspect aléatoire, arbitraire et non équitable de ce mode de taxation qui pose problème.

    En effet entre un père de famille nombreuse qui a toutes ses économies à la banque pour financer l’venir de ses enfants et le multi milliardaire célibataire blindé d’actions et de propriétés mais qui ne conserve pas de liquidités sur son compte, c’est le premier qui sera le plus lourdement taxé.

    Sociologiquement, c’est la classe moyenne qui est dépouillée pour sauver les banquiers. Ou est l’équité ?





    • bigglop bigglop 23 avril 2013 18:56

      Comme l’explique fort bien Olivier Delamarche, ’’il faut que le mouton se tienne tranquille pour se faire tondre’’. Ne croyez pas que vos dépôts sont protégés, même en dessous de 100 K € et ce qui est prétendument ’’garanti par l’état’’ financera le casino des banques.
      Je pense que la prochaine étape sera la lancement d’un grand emprunt national de ’’solidarité’’, garanti, suivi par la tonte des dépôts et de l’épargne restante.

      Alors, profitez-en, dépensez-le, faites-vous plaisir avant la grande braderie.
      Pour ceux qui souhaitent revenir à la terre, à l’autarcie, vous serez taxés, surtaxé sur le foncier et le bâti.....


    • alinea Alinea 22 avril 2013 10:59

      Il ne faut peut-être pas trop compter sur une transparence qui se déplacerait à la vitesse de la lumière entre le paradis des riches et l’enfer des peuples... en ce qui concerne l’argent de la drogue et de tout trafic ! Il resterait les footballeurs et les vedettes de cinéma... mais les autres ? Les gains mirifiques au noir, non plus.. ; alors ? Quel dirigeant au monde se privera de cette manne ? L’argent des banques elles-mêmes, est-il bien blanc ?
      De leur point de vue, quelle autre solution ? smiley


      • Francis, agnotologue JL 22 avril 2013 11:07

        Les richissimes craignent un défaut généralisé sur les dettes souveraines, et essaient par tous les moyens de nous piquer notre pognon avant que cela n’arrive.


        • BA 22 avril 2013 13:36

          Lundi 22 avril 2013 : chiffres de la dette publique pour le quatrième trimestre 2012.

           

          La dette publique de plusieurs Etats européens atteint des sommes inimaginables.

           

          La dette publique de plusieurs Etats européens est devenue hors de contrôle.

           

          L’Union Européenne, la BCE et le FMI ont échoué dans leurs soi-disant « plans de sauvetage ».

           

          Tous les « plans de sauvetage » sont un échec total.

           

          En Europe, plus personne ne contrôle quoi que ce soit.

           

          1-  Médaille d’or : la Grèce. Dette publique de 303,918 milliards d’euros, soit 156,9 % du PIB.

           

          Le premier défaut de paiement de la Grèce avait effacé 107 milliards d’euros de dettes. Mais depuis, la dette publique continue à augmenter, à augmenter encore, à augmenter toujours. La Grèce va de nouveau se déclarer en défaut de paiement.

           

          2- Médaille d’argent : l’Italie. Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1988,658 milliards d’euros, soit 127 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son incompétence.

           

          3- Médaille de bronze : le Portugal. Dette publique de 204,485 milliards d’euros, soit 123,6 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sauvetage » a échoué. La dette publique du Portugal continue à augmenter.

           

          4- Irlande : dette publique de 192,461 milliards d’euros, soit 117,6 % du PIB. Là encore, le soi-disant « plan de sauvetage » a échoué. La dette publique de l’Irlande continue à augmenter.

           

          5- Belgique : dette publique de 375,389 milliards d’euros, soit 99,6 % du PIB.

           

          6- France : dette publique de 1833,810 milliards d’euros, soit 90,2 % du PIB.

           

          7- Royaume-Uni : dette publique de 1387,436 milliards de livres sterling, soit 90 % du PIB.

           

          8- Chypre : dette publique de 15,350 milliards d’euros, soit 85,8 % du PIB.

           

          9- Espagne : dette publique de 883,873 milliards d’euros, soit 84,2 % du PIB.

           

          10- Allemagne : dette publique de 2166,278 milliards d’euros, soit 81,9 % du PIB.

           

          http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22042013-AP/FR/2-22042013-AP-FR.PDF


          • Ruut Ruut 23 avril 2013 06:44

            Ce n’est pas le bon moment pour faire des économies.
            Notre monnaie ne valant rien réellement.


            • mortelune mortelune 23 avril 2013 08:03

              La transparence sert-elle à quelque chose puisque ce qui n’est pas déclaré (et ne le sera jamais) est caché ?


              Les États-Unis ont commencé à réagir avec la loi Facta qui impose aux banques des pays étrangers de dévoiler les comptes non déclarés de leurs clients« 

              Cette loi est un foutage de gueule totale puisque les banques des pays étrangers qui sont spécialisées pour jouer à cache cache avec le fisc ne sont pas présentent aux USA ni même dans les états de l’UE. Elles ne déclareront donc que les ’petits déposants’ qui voulaient faire comme les grands. 
              Et puis les lois étasuniennes sont-elles réellement appliquées sur les gros comptes ou sur les banques elles-mêmes ?

              une vidéo à couper le souffle :
              Elizabeth Warren : »que faut-il faire pour fermer une institution financière

              • BA 23 avril 2013 10:52

                Mardi 23 avril 2013 :

                 

                Ainsi les trois premières banques françaises capitaliseraient à elles seules plus des deux tiers des titres STEP avec un total de 190 milliards d’euros d’encours. BNP en serait le plus important détenteur avec 44,5 milliards d’euros d’obligations. Société Générale et Dexia en détiendraient pour 35 milliards d’euros chacune, Crédit Agricole 27 milliards d’euros, Crédit Mutuel 25 milliards et Natixis 21 milliards.

                 

                On sait que la BCE avait fait état, sans jamais révéler son nom, du fait qu’une grande banque française était au bord de la faillite en raison de sa trop forte exposition au risque. Outre-Rhin, on pense qu’en acceptant de faire entrer ces titres dans la catégorie des titres éligibles au refinancement de l’Eurosystème, la BCE a donné à la France, et aux autres pays dont le système bancaire montre certaines faiblesses, la possibilité de stabiliser leurs propres banques sans que l’Allemagne ne puisse s’y opposer en attendant la mise en place de l’union bancaire. En attendant de voir plus clair dans cette affaire, on peut déjà constater que les banques françaises ont entre les mains des titres dont personne ne connaît la valeur réelle.

                 

                Romain Renier.

                 

                http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130422trib000760997/la-bce-aurait-elle-perdu-le-controle-de-la-creation-monetaire-en-zone-euro-.html

                 

                « On sait que la BCE avait fait état, sans jamais révéler son nom, du fait qu’une grande banque française était au bord de la faillite en raison de sa trop forte exposition au risque. »

                 

                C’est laquelle ?

                 

                Quelle grande banque française est au bord de la faillite ?

                 

                Vous le saurez dans le prochain épisode.

                 

                (Quel suspens ! Mais quel suspens !)

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