Casser le droit !
Quand le con sert des intérêts divergents !

Le Landerneau local de cette cité ligérienne bruisse d'une affaire qui fait grand bruit, amplifiée à la fois par le mur des enceintes du Zénith local et par les polémiques qui déchirent la communauté de la place. Un artiste renommé, mis en examen pour un grand nombre d'accusations de viols et agressions sexuelles, entend malgré tout afficher sa trombine en tête d'affiche durant une tournée qui met à mal les grands principes, la morale et le droit. Il convient désormais de prendre parti, d'avoir une position tranchée afin de s'exprimers dans un brouhaha inaudible qui n'honore en rien la démocratie.
Les bonnes âmes s'indignent que le maire n'intervienne pas pour interdire la tenue de deux concerts qui enflamment les esprits de ceux qui ont encore un sens moral et provoquent l'habituelle affluence de ceux pour qui rien ne passe au-dessus de leur bon plaisir. Qu'un individu soumis à des accusations lourdes, multiples et sans aucun doute fondées puisse se produire en public dans une vaste salle municipale, donne des hauts le cœur à qui place la dignité humaine au-dessus de tout !
Pourtant, la question n'est pas simple à trancher et mérite d'autres interrogations. Faut-il enrichir ce personnage sans foi ni loi en se ruant comme le feront les 13 800 spectateurs qui s'agglutineront dans les gradins, une pince à linge fichée sur le nez, indifférents à l’opprobre publique et à un mouvement d'opinion qui a déjà donné sa sentence ? Faut-il par ailleurs, interdire ses deux spectacles par un décret municipal et l'enrichir pareillement par le versement d'une forte indemnisation ?
Que les censeurs autant outragés qu'en quête d'existence, n'évoquent pas les conséquences de leur demande d'annulation n'est pas digne des fonctions publiques qu'ils entendent exercer. Ils font fi dans pareil cas d'un principe de droit qu'on nomme la présomption d’innocence, un point qui dans pareille situation met à mal les grands principes du vivre ensemble. Mettre sous le feu des projecteurs celui dont le comportement supposé engendre indignation et colère n'est pas digne des valeurs de notre société. Lui permettre d'empocher la mise avec de l'argent public sans même avoir effectué son concert, pose un autre dilemme.
Si indignation il y a, elle doit tout d'abord concerner ceux qui tirent les marrons de ce feu diabolique. Le tourneur et ses comparses savent parfaitement ce qu'ils font, profitant de la publicité de l'affaire. Car dans ce milieu, tout ce qui choque, tout ce qui fait scandale, gonfle les bénéfices. Ces professionnels du spectacle n'ont que faire du risque potentiel encouru par leurs collaboratrices avec cette bête de scène et de coulisses.
Notre colère doit ensuite se tourner vers cette foule indifférente aux accusations qui par sa présence dans la salle donnera quitus à leur idole, pardonnant tout, effaçant l'ardoise et les lourds nuages qui pèsent sur sa merveilleuse personne. Parmi cette masse honteuse, il y a nos voisins, nos amis éventuellement et c'est vers eux que doit s'exercer notre légitime courroux. Signer une pétition n'engage pas à grand-chose, affirmer à ces spectateurs d'un soir qu'eux aussi touchent à l'ignominie est beaucoup plus délicat.
Curieusement les responsables politiques qui s'en prennent à l'échevin oublient que ce sont des électeurs putatifs qui donnent à cet événement ô combien discutable, un éclat qui ne devrait pas avoir dans une société porteuse de valeurs humaines. Mais dire leur fait aux personnes dénuées de principes, de sens civique et de respect de la femme se réunissant dans une masse qui insulte les principes fondateurs de notre vivre ensemble, serait prendre un bien trop grand risque.
Créer la polémique, passer dans les journaux, se poser en défenseur de la veuve et de l'orphelin est bien plus profitable pour leur image que de réfléchir à ce qui se joue dans ce cas de figure, sur la complexité de dire conjointement le droit et la morale. Il est vrai que dans une nation où un casier judiciaire vierge n'est pas exigé pour tenir une fonction officielle, on peut fermer les yeux sur cette détestable étoile tombée dans un trou noir.

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