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Cette « souveraineté » proposée par Jean Moulin au peuple français en 1943, et dont aujourd’hui celui-ci se fiche comme de l’an 40

En février 1943, Jean Moulin, venu à Londres, avait contraint Charles de Gaulle à faire figurer l’adverbe « souverainement » dans le texte fondateur de ce qui s’appelait à ce moment-là : le Conseil de la Résistance.

En 1956, à la page 445 du tome des « Mémoires de guerre » dans lequel le Général prétend donner ce même texte, on rencontre une phrase curieusement « trouée » : 
« Afin que le Conseil de la résistance ait le prestige et l’efficacité nécessaires, ses membres devront avoir été investis de la confiance des groupements qu’ils représentent et pouvoir statuer … sur l’heure au nom de leurs mandants. »

La « correction » perpétrée par l’Ogre est intervenue quelques années après la disparition du petit Poucet. Elle a donc été mûrement réfléchie, méditée, voire ruminée. Etait-ce une façon détournée d’authentifier rétrospectivement ce qui s’était produit le 21 juin 1943 à Caluire ? Une façon d’ajouter, à la trahison qui donna la mort à Jean Moulin, la forfaiture qui prétendait réduire à trois points de suspension l’essentiel de ce que celui-ci a déposé dans le patrimoine politique des enfants de France d’après la seconde guerre mondiale ?…

S’agissait-il, plus prosaïquement, de se remettre, après coup, d’une discussion où le petit Poucet avait réussi à imposer « souverainement » à un Ogre qui ne pouvait ignorer qu’à laisser faire, du futur C.N.R., l’organe souverain du temps de la Libération, il ne lui resterait plus à lui, De Gaulle, qu’un rôle second, ou même tout à fait secondaire ?…

Quoi qu’il en soit, la discussion a certainement été assez rude, et l’âpreté s’en laisse deviner à lire l’Ogre qui s’étonne de voir son interlocuteur « devenu impressionnant de conviction et d’autorité  ». (page 91 du même ouvrage)

C’est l’endroit de rappeler que, dans la note rédigée fin 1942 – début 1943, Jean Moulin avait écrit à propos de la future autorité souveraine : 
« Il ne saurait y avoir de place dans ledit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions révolutionnaires qui s’imposent.  »

À quoi s’ajoute le ton dont, rentré en France, il usera dans son message adressé à De Gaulle le 7 mai 1943 (20 jours avant la première réunion du C.N.R. – souverain en gestation – dont il sera le président). En vrac : 
« Si j’insiste sur l’attitude de l’O.C.M. [Organisation Civile et Militaire], c’est moins pour dénoncer ses méthodes, bien connues ici, que pour noter combien vos services ont agi avec légèreté en essayant de faire de cet organisme l’élément principal de la Résistance en Z.N. [Zone Nord] auquel devaient se subordonner les autres formations  » ; 
« Une fois de plus je suis amené à appeler votre attention sur le danger qu’il y a à faire régler par une mission d’un mois ou deux des problèmes complexes demandant une longue habitude du milieu  » ; 
« Il est absolument nécessaire d’envoyer des missions en France ; mais ces missions ne peuvent être que de deux ordres : missions permanentes pour un travail précis ou missions d’information et de contrôle. Quelle que soit la qualité des gens envoyés, les missions d’organisation qui ne comportent pas la permanence ne peuvent donner de bons résultats. »

Voilà qui est bien ferme pour un petit Poucet. Ne peut-on pas penser que, du point de vue de l’Ogre et depuis un certain temps déjà, une sorte de fatal compte à rebours avait commencé ?…

Nous voici donc en présence d’un petit Poucet qui a décidément le verbe haut. Ce qui laisse à penser qu’à Londres, en face de lui, il est fort probable que l’Ogre n’en menait pas large… le temps de lui voir le dos tourné… le temps pour Klaus Barbie de s’acoquiner, directement ou indirectement, avec une balance suffisamment précise pour aider à mitonner le bon petit guet-apens du 21 juin 1943 qui allait couper la tête pensante du futur organe souverain en anéantissant celui qui, depuis le 27 mai précédent, en était le président en exercice…

Mais on admettra qu’un seul petit caillou blanc, fût-ce même un rocher, ne peut suffire à tracer, derrière le petit Poucet, la voie où s’engagerait le peuple souverain. De plus, le tour de passe passe réussi par l’Ogre fait naître le soupçon que, peut-être, le mot disparu, trop énorme pour être vrai, n’avait été qu’un rêve, une illusion, voire la conséquence d’un délire momentané chez un homme usé par les angoisses et les fatigues de la résistance sur le sol français…

Certes, Jean Moulin avait été, au temps du Front Populaire, chef de cabinet du ministre de l’Air, Pierre Cot. Certes, cela lui avait valu d’être épinglé par L’Action Française du 26 août 1936 pour l’aide apportée aux républicains espagnols dans leur lutte contre le putsch du général Franco :
« Nous savons qu’on s’affaire beaucoup en ce moment dans les hangars Bloch de Villacoublay pour mettre au point les deux Bloch 200 destinés au Frente Popular. L’affaire, préparée par M. Moulinl’un des hommes de Pierre Cot, se poursuit en dépit des belles déclarations de neutralité. »

Mais, en 1943, Pierre Cot était réfugié aux Etats-Unis.

On remarquera encore que la première réunion du Conseil National de la Résistance a eu lieu au numéro 48 de la rue du Four à Paris, c’est-à-dire chez des amis personnels de Pierre Cot, les époux Corbin. On remarquera de plus que, comme Jean Moulin, les deux secrétaires du C.N.R., Pierre Meunier et Robert Chambeiron, étaient issus du cabinet ministériel de Pierre Cot. Mais Pierre Cot, en 1943, était si loin du sol de France…

(N.B. Pour en savoir beaucoup plus, il suffira de se reporter à l’ouvrage : Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange : "Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ?” Éditions Paroles Vives, 1994.)


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5 réactions à cet article    


  • lloreen 10 juillet 16:43

    Le 18 juin 2015, un collectif de français a crée le conseil national de transition de France, un outil juridique reconnu par le droit international pour permettre à ses concitoyens de reprendre leur pouvoir et retrouver leur souveraineté.
    Sans doute n’ont-ils pas choisi a date au hasard...
     https://www.conseilnational.fr/

    Le moment est en effet crucial pour le pays, qui vit en dictature depuis le coup d’état du 5 décembre 2016.
    https://www.youtube.com/watch?v=WIZJRcyYMx4

    Or, dans un pays sans constitution aucune élection n’est possible...Par conséquent, les résultats des présidentielles sont nuls et non avenus et pour l’heure, le CNTF est le seul organe légitime de la France.


    • devphil devphil 11 juillet 08:02

      Tiens revoilà des articles anti De Gaulle de cuny , ça faisait longtemps qu’il n’avait pas craché sur De Gaulle

      Article de caniveau


      • rogal 11 juillet 08:10

        Des hypothèses, à prendre en compte, certes, qui se transmutent d’elles-mêmes en faits
        Pas convaincant.


        • chantecler chantecler 11 juillet 08:34

          Unir les différents mouvements résistants sous l’autorité de De Gaulle était une gageure .
          Tant les dirigeants de ces mouvements étaient issus de mouvements idéologiques différents pour ne pas dire incompatibles , opposés .
          Entre action française , front populaire et communistes entre autres .
          Quant à réclamer des discussions plus poussées pour affiner le projet ...
          Certains chefs jouaient leur avenir politique d’après guerre de façon évidente .
          Et surtout la traque de la gestapo rendait ses réunions extrêmement périlleuses : certains réseaux tombaient comme des mouches , à cause des délations ou d’imprudences : certains résistants étaient un peu trop bavards , par exemple entre camarades ayant rejoint Londres et d’autres rapatriés en France qui avaient rejoint Vichy et avaient prêté serment à P. Pétain qui pouvaient se retrouver , se cotoyer ,se faire des confidences ou espéraient convaincre de se rallier à PDG ou PP .
          Il y avait aussi le problème des émetteurs radios qui se faisaient repérer de plus en plus facilement et dont les agents pris étaient systématiquement torturés .
          Impossible de résumer en quelques mots la Résistance , ses adversaires , tous ses aspects et ses drames .
          Mais les avis sont bienvenus .


          • BA 11 juillet 17:36

            Le Royaume-Uni va quitter l’Union européenne.


            A propos de ce Brexit, la Commission européenne a évalué à 60 milliards d’euros la somme que le Royaume-Uni devra payer à l’Union européenne.


            La réponse du ministre des Affaires étrangères Brian Johnson est claire : « ils peuvent toujours courir ! »


            Mardi 11 juillet 2017 :


            Brexit : l’UE peut "toujours courir" pour sa facture, selon Johnson.


            Les responsables européens peuvent « toujours courir » pour que Londres paye la facture du Brexit, évaluée à plusieurs dizaines de milliards d’euros, a lancé mardi le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson devant le Parlement.

            "Les sommes qu’ils (les responsables européens : NDLR) proposent de réclamer à ce pays me semblent exorbitantes, et je pense que « ils peuvent toujours courir » est une expression tout à fait appropriée", a ajouté Boris Johnson, héros de la campagne en faveur du Brexit.

            Aucun chiffre officiel concernant le règlement financier des engagements de Londres envers l’Union européenne n’a été publié, mais un haut responsable européen avait indiqué à l’AFP en avril que la Commission européenne l’avait évalué entre 55 et 60 milliards d’euros.


            https://www.romandie.com/news/Brexit-l-UE-peut-toujours-courir-pour-sa-facture-selon-Johnson_RP/813983.rom


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