Charles Huntziger, Pierre Laval, Charles de Gaulle, etc., et les petits arrangements avec le père Fouettard allemand... (128)
Tandis que la « drôle de guerre » suivait son cours depuis le début du mois de septembre 1939, au tout début du mois de mars 1940, la mission parlementaire menée par le député Pierre Taittinger découvrait l’état dans lequel se trouvait le front placé sous l’autorité du général Huntziger… Les soulignés sont dans la version initiale...
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« L’organisation défensive de la région de Montmédy apparaît redoutable. Il y a là des ouvrages à construction ancienne (1935) doublés par des ouvrages de confection récente, véritable prolongement de la ligne Maginot du type « Lorraine ». Mais l’impression satisfaisante cesse à l’arrivée à Sedan. Dans cette région, on compte beaucoup sur la forêt des Ardennes et sur la Meuse pour protéger Sedan, donnant peut-être à ces obstacles naturels une importance exagérée. Les organisations défensives sont, dans ce secteur, rudimentaires, pour ne pas dire embryonnaires.
Sur la route venant de Bouillon, en Belgique, à Sedan, comme sur les autres points d’accès, la défense consiste en « maisons-fortes » dont la résistance ne serait que de courte durée. Les réseaux de fil de fer qui ont été placés, les destructions envisagées et la résistance des maisons-fortes ne peuvent pas procurer un temps d’arrêt supérieur à une heure. Ce laps de temps serait tout juste suffisant à donner l’alerte en cas d’attaque inattendue. Les Allemands ont montré, en 1914, qu’ils étaient passés maîtres dans l’art d’utiliser le couvert des bois et nous pourrions avoir, de ce côté, un jour prochain, une surprise suivie d’amères déconvenues. Nos ennemis évitant le point solide de Montmédy pourraient se laisser « couler » en direction de Sedan, point particulièrement faible de notre système défensif. » (pages 359-360)
Et plus loin…
« Pour qu’une résistance ait lieu sur la rive sud de la Meuse, il y a beaucoup à faire. Peu d’efforts à accomplir pour la zone du général Rochard (18e Corps), mais un travail poussé avec énergie et le maximum de moyens matériels est à envisager pour le secteur du général Grandsart. Avant d’entrer dans le détail, signalons que la plupart des troupes visitées sont des régiments de formation B, que la D.C.A. est à peu près inexistante, que l’aviation pour l’ensemble de l’armée est réduite à un appareil d’observation et à quelques appareils de chasse. L’aviation allemande se promène, en ce secteur, en liberté, photographie les moindres mouvements de terre et se réfugie en Belgique, terre d’asile, à la première apparition de nos chasseurs. » (page 360)
Que sera-t-il advenu de ce document… plus ou moins accablant ? Une note établie par les éditeurs des Événements survenus, etc., nous le dit. Une fois éliminées les références techniques, elle peut être résumée ainsi :
« Le rapport de M. Taittinger a été adressé par Édouard Daladier, président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de la Guerre (cabinet militaire), au général Gamelin, le 21 mars 1940, avec la mention « Pour information et suite à donner ». Le général Gamelin l’a adressé au général Georges, le 1er avril 1940, avec la mention « Pour éléments de réponse ». Le général Georges l’a transmis au général Huntziger, « en communication », le 3 avril 1940. » (page 359)
Il n’y avait décidément pas le feu !… Voici maintenant la conclusion de la réponse du général Huntziger, principal intéressé, puisqu’il commandait lui-même sur le terrain… et que c’était bien lui qui était mis en cause par le rapport Taittinger :
« J’estime qu’il n’y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan, qui ainsi qu’il est demandé, se poursuit, sous la direction du général commandant le Xe Corps d’armée, avec énergie et avec tous les moyens en matériel et en personnel qui peuvent être mis en œuvre. » (page 362)
Tournons-nous maintenant vers les souvenirs laissés par Heinz Guderian, le général allemand qui devait réaliser la désormais célèbre « percée de Sedan »….
« Au printemps 1940, les Allemands avaient une idée précise de la répartition des forces ennemies et de l’état des fortifications. Nous savions que la ligne Maginot, entre Montmédy et Sedan, passait d’un niveau de fortification très élevé à un niveau plus faible. » (page 86 de l’original allemand : Heinz Guderian, Erinnerungen eines Soldaten, Kurt Vowinkel Verlag 1960. Traduction deepl.com)
« Nous connaissions et respections les Français depuis la Première Guerre mondiale comme des soldats courageux et tenaces, qui avaient défendu leur pays avec une énergie inébranlable. Nous ne doutions pas qu’ils conserveraient la même attitude. En ce qui concerne le haut commandement, nous avions été surpris que l’occasion propice à une attaque, à l’automne 1939, n’ait pas été saisie, alors que l’essentiel de l’armée allemande, en particulier l’ensemble des forces blindées, était immobilisé en Pologne. Les raisons de cette retenue n’étaient pas identifiables à l’époque. On ne pouvait qu’émettre des hypothèses. Quoi qu’il en soit, la prudence du haut commandement nous étonnait et laissait penser que l’on espérait peut-être, de l’autre côté, éviter d’une manière ou d’une autre les hostilités. L’attitude relativement passive des Français pendant l’hiver 1939-1940 nous amenait à conclure que la volonté de mener cette guerre n’était pas très forte du côté français. » (Idem, page 87)
« Tout cela permettait de conclure qu’une offensive ciblée et menée de manière surprenante, avec d’importantes forces blindées passant par Sedan en direction d’Amiens et de l’Atlantique, ne pouvait que frapper le flanc exposé de l’ennemi alors en marche vers la Belgique, que l’ennemi ne disposait que de réserves insuffisantes pour faire face à une telle offensive, que celle-ci avait donc de grandes chances de réussir et qu’en tirant immédiatement parti des premiers succès, elle pourrait conduire à l’encerclement de l’ensemble des forces principales ennemies qui s’étaient avancées en Belgique. » (Idem, page 87)
Certainement, l’affaire de Sedan n’aura pas laissé une très jolie réputation au général Huntziger, mais nous allons voir bientôt la retentissante récompense qu’elle devait lui mériter, quelques semaines plus tard, de la part du sous-secrétaire d’État à la Guerre… un certain : Charles de Gaulle…
Mais, auparavant, nous devons faire un petit détour par cette autre assemblée parlementaire qu’est le Sénat… Pour l’occasion, il se sera réuni en Comité secret (14 et 15 mars 1940). Nous nous rendons, tout d’abord, à la première de ces deux séances… Pierre Laval y est occupé à prononcer une sorte de sauve-qui-peut...
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6547698g/f1.image.zoom
« Nous voyons toujours l’Allemagne prendre les initiatives, et les succès enregistrés l’ont été, jusqu’à présent, à son profit ou au profit des Soviets. Et l’on assiste à ce spectacle humain, naturel, que les faibles, les neutres, les petites puissances sont attirés vers ces nations qui paraissent fortes comme par un aimant. Quel peuple demain, quelle petite nation, demain, osera lier son sort au destin de nos armes ? Je cherche, je n’en vois pas. » (page 5)
Prenons la question des finances publiques…
« Alors, nous sommes dans la guerre. Il faut la gagner ; il faut la gagner vite parce que cette guerre a ce caractère étrange qu’elle dévore les richesses à une cadence accélérée. Quand nous sommes entrés dans la guerre, notre pays avait déjà 550 milliards de dettes : État, départements, communes ou chemins de fer. Aujourd’hui, chaque jour qui passe détruit un milliard du patrimoine français. Si la guerre se prolonge, les conséquences sociales risquent d’être redoutables. » (page 5)
Posons le problème militaire de l’action offensive :
« Nous sommes devant un mur : le mur Siegfried. Personne ne songe, j’imagine, à faire casser des têtes de soldats sur le béton armé, ce qui risquerait d’être sans profit et fort coûteux. » (page 5)
S’il s’agit d’isoler l’Allemagne économiquement…
« Il y a le blocus. Mais, messieurs, qu’est-ce que le blocus ? Ce devrait être un cercle qui entoure le pays assiégé. Mais ce n’est même pas un demi-cercle. Le blocus se fait de notre côté ; je ne dis pas qu’une porte soit largement ouverte de l’autre ; ce sont des immensités qui s’offrent pour le ravitaillement de l’Allemagne : la Russie, les Balkans, les neutres dont les importations, on nous l’a dit dans les statistiques, ont augmenté d’au moins vingt pour cent depuis la guerre, l’Amérique même ! Je me suis laissé dire que de San Francisco des bateaux partent chargés de cuivre, d’essence spéciale pour les avions. Par Vladivostok on remonte jusqu’en Allemagne. » (page 5)
Ensuite, Pierre Laval en vient tout doucement à la solution qu’il préfère ne pas énoncer lui-même, comptant bien ne pas en prendre toute la responsabilité...
« Mais, messieurs, puisque nous avons vu la situation comme elle est et puisque nous constatons que, dans les conditions actuelles, nous ne pouvons pas faire avancer, alors je voudrais faire avec vous un retour sur le passé. Quand on n’est pas assez fort tout seul, on essaie de s’entendre avec les autres. » (page 6)
Où donc se trouve le véritable adversaire, selon lui ?…
« J’ai donné des renseignements ; j’ai été trop abondant dans mes explications. Laissez-moi cependant dire un mot de la Russie. » (page 12)
Faisons un pas de plus… tout en nous réservant la possibilité d’en faire deux en arrière, au cas où…
« Sommes-nous en fait – je ne dis pas en droit – en guerre avec le pays qui ravitaille l’Allemagne, qui est son allié ? Non. Je ne vous dis pas de vous mettre en guerre avec les Soviets parce que je n’ai pas vos dossiers et que je suis prudent. » (page 12)
Mais quand le sénateur Bahaud-Lacroze le met décidément au pied du mur… (« Qu’est-ce qu’il faut faire ? »), Pierre Laval se défausse d’une bien étrange façon...
« Qu’est-ce qu’il faut faire ? Si vous étiez M. Lebrun et que vous me chargiez de diriger les affaires de la France, j’aurais avec vous une conversation à ce sujet. » (page 12)
C’est, alors, Camille Ferrand qui se jette à l’eau…
« Si vous avez perdu toute chance de dissocier l’alliance de la Russie avec l’Allemagne, il faut, je crois, prendre une attitude nette envers la première, car en effet, celle-ci reçoit par Vladivostok et la mer Noire un ravitaillement que vous pourriez empêcher. » (page 14)
Peut-être la séance secrète du lendemain nous en dira-t-elle davantage… sur les solidarités cachées qui ont ouvert la voie aux facilités d’accès à ce qui devait devenir cette percée de Sedan, qui allait couper la tête de l’armée française et précipiter la chute magistrale de notre beau pays.
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine CUNY
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