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Chez Arkéa, les bons comptes font les bons amis ?

De nombreuses personnalités, dont les entrepreneurs Guillaume Gibault (Le Slip français), Edouard Dumortier (AlloVoisins) ou encore Sébastien Le Corfec (Web West Valley), soutiennent le projet d'indépendance d'Arkéa. Ont-ils seulement conscience de ce que cela signifie et de ce qu’ils endossent ?

 

Jean-Pierre Denis peut se targuer d'avoir frappé un grand coup. Mais à quel prix ? En obtenant des administrateurs des caisses locales du Crédit Mutuel Arkéa (CMA) qu'ils se prononcent en faveur de son indépendance, il y a quelques semaines, le patron français, qui affole depuis quelque temps le petit monde mutualiste tricolore, a tourné le dos aux nombreuses personnes l'avertissant du risque que représente la sécession du groupe breton.

De la Banque centrale européenne – qui a un droit de regard en matière de surveillance prudentielle au sein de l'Union européenne (UE) – à la Banque de France, en passant par la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) et l'ensemble des syndicats, tous ont averti l'homme d'affaires que la filiale, une fois désarrimée du groupe, ne pourrait plus bénéficier du statut mutualiste et se verrait contrainte d'effectuer des coupes sèches dans son budget.

 

Petits arrangements entre amis

Peu importe, pour Jean-Pierre Denis, qui porte le projet d'indépendance depuis de nombreuses années. Et n'est d'ailleurs pas le seul à croire en sa réussite. Dans son sillage, selon le CMA lui-même, 450 personnalités en faveur de la sécession du groupe breton, parmi lesquelles de nombreux entrepreneurs... qui entretiennent des liens financiers avec Arkéa. A la volée, les plus notables se nomment Guillaume Gibault, Edouard Dumortier ou encore Sébastien Le Corfec ; qu'ils soient dans le business du sous-vêtement, de la location de matériel entre particuliers ou du digital, ces dirigeants soutiennent M. Denis dans son entreprise. En raison de leur relation financière ?

Non, si l'on en croit leurs déclarations. « Arkéa est de loin la banque la plus proche des entrepreneurs qui comprend nos problématiques, nos besoins de financements spécifiques », déclare par exemple Guillaume Gibault, patron du Slip français. «  Arkéa est l'une des banques qui conjuguent le mieux les notions d'entrepreneuriat, d'innovation et de sens du client. C'est un allié de choix pour l'entrepreneur  », vante de son côté Edouard Dumortier, dirigeant d'AlloVoisins. Quant à Sébastien Le Corfec, co-fondateur de Web West Valley, il estime que « sans Arkéa, sans ses dirigeants, [...] sans ses multiples filiales et ses différentes participations... Je peux vous affirmer que le paysage breton et numérique français ne serait pas le même ».

Impossible, pourtant, de ne pas rapprocher ces déclarations d'amour aux liens étroits entre le CMA et ces marques – ainsi que leurs patrons. Ronan Le Moal, le directeur général du groupe mutualiste breton, ne s'est-il pas associé à Sébastien Le Corfec pour fonder sa structure d'accélération, dotée d'une enveloppe d'investissements rondelette de 35 millions d'euros ? N'a-t-il pas cofondé AlloVoisins en 2013, lui dégotant quelque 2,5 millions d'euros trois ans plus tard pour son développement à l'international ? Quant au Slip français, l'entreprise a pu bénéficier d'un investissement de Céline Lazorthes, « héroïne de la Frenc Tech » selon Les Echos, fondatrice de Leetchi, qu'elle a vendu à... Arkéa.

 

Des pressions de la direction

Une question, dès lors, demeure : les 450 soutiens de Jean-Pierre Denis – au premier rang desquels les trois entrepreneurs cités – connaissent-ils réellement les tenants et aboutissants du projet de ce dernier ? Ou lui ont-ils au contraire accordé un blanc seing sans véritable information ? Car, pour rappel, au-delà des multiples avis défavorables balayés d'un revers de manche par l'homme d'affaires, la sécession d'Arkéa, si elle est effective – un nouveau vote doit avoir lieu en novembre prochain –, conservera une part d'ombre et d'inavouable. Début avril, alors qu'une grande manifestation doit avoir lieu à Paris pour soutenir le projet d'indépendance, les syndicats ont dénoncé les pressions exercées par la direction. Dont le but est clair : forcer les salariés à s'y rendre.

« L'heure est grave » affirmait même la CFDT, appelant « solennellement l'ensemble des parties à revenir à la raison et au dialogue pour construire le cadre d'un développement pérenne du CMA au sein de la CNCM. » Les syndicats de dénoncer également « un climat anxiogène et parfois délétère », pointant du doigt « la stratégie […] redoutable » des dirigeants d'Arkéa. « Il ne s'agit plus d'informer mais de mobiliser et de convaincre du bien-fondé de la version officielle par tous les moyens, y compris les plus contestables » affirmaient-ils fin avril. Quant à la manifestation du 17 mai prochain, « c'est une manifestation patronale. Donc le lien de subordination est là. […] Nous avons demandé à ce qu'il n'y ait aucune intimidation ou pression pour y participer. »

Les patrons qui appuient l'indépendance d'Arkéa n'en ont peut-être pas conscience, mais les salariés sont bel et bien pris dans un étau. Avec, d'un côté, la direction qui les pousse à se ranger de son côté et, de l'autre, l'assurance de voir de nombreux emplois menacés si la sécession a lieu. Les syndicats, d'ailleurs, se sont rendus au ministère du Travail, il y a quelques jours, pour alerter Murielle Pénicaud sur ce risque. Que Jean-Pierre Denis est visiblement prêt à courir. Ses 450 soutiens également ? Ce serait un paradoxe navrant. Ces derniers – notamment AlloVoisins – ne surfent-ils pas sur les valeurs d'entraide et de partage pour développer leur business ?


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1 réactions à cet article    


  • Spartacus Spartacus 15 mai 12:41

    Un beau texte éloquant de la peur du changement, la peur de perdre un petit confort routinier, les terrorisés de la modification des habitudes..... 


    Tout le syndicalisme Français en quelques lignes...
    Syndrome de la France sclérosée...

    ARKEA a créé Fortunéo, leechhy et semble bien plus dynamique et sur des secteurs d’avenir que le Credit Mutuel auquel il est rattaché...
    Y’a plus a craindre dans la tête que dans la réalité..........

    Triste France des peureux et frileux....
    Triste France des perdants qui ne veut jamais rien risquer..




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ylefebvre

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