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Cloud computing

 

Accros à la compétition pour la meilleure rentabilité financière, les entreprises ont tendance à recourir à une créativité débordante, notamment en matière de maitrise des coûts.

L’optimisation de la charge salariale se heurtant, parfois, à certaines limites, la dernière trouvaille, l’externalisation des services internes, se soustrait à ce genre de contrainte, tout en conduisant aux mêmes effets à la fin.

Ce qui est valable pour le secteur privé, l’est également pour le secteur public, ou ce qui en reste. Ainsi, ces transferts de compétences, notamment dans le domaine informatique, pour des motifs économiques et de rentabilité, risquent bien souvent de reléguer les considérations sécuritaires et de souveraineté au second plan. C’est vrai autant dans le domaine de la santé que dans celui des transports ou de la défense.

Ainsi, pour la toute petite histoire, dans le but de préserver sa souveraineté, le peuple suisse vient d’autoriser son gouvernement, de procéder à l’achat d’une série d’avions de chasse pour la somme de 6 milliards CHF, engins bourrés de composantes électroniques et de software made in USA, peu importe le fabricant, sans doute pour se prémunir contre une invasion russe ou, Dieu nous en garde, une frappe aérienne du Parti communiste chinois.

Dans sa clairvoyance, le peuple suisse décide, contrairement aux peuples d’autres nations, au moins quinze fois par année. Il ne peut donc s’en prendre qu’à lui-même quant à la gestion de la chose publique par son gouvernement, même celle, aléatoire certes, de la crise sanitaire qui sévit.

Le peuple allemand de son côté n’a pas ce privilège. Il n’a d’autre choix que de laisser faire, à tort et à travers, ses élus à lui. Ainsi, son Ministre des affaires étrangères, Heiko Maas, peut sans autre « tweeter » que, je cite : « Le monde (l’Allemage (?)) a besoin des Etats-Unis en tant que pouvoir protecteur, garantissant la stabilité de l’ordre mondial ».

Il ne croyait pas si bien dire, car, à l’abri de la cohue médiatique du COVID, son collègue, le chef du Département des transports et des réseaux numériques, Andreas Scheuer, le politicien le plus impopulaire de la nation, vient de confier la gestion informatique de l’infrastructure ferroviaire de « Deutsche Bahn », par ailleurs une société anonyme à 100% en mains des pouvoirs publics, une astuce néolibérale en vue d’une privatisation, aux conglomérats américains « Amazon AWS » et « Microsoft ». (Handelsblatt 28.10.2020)

Le centre de calcul de Berlin-Mahlsdorf avec ses 8'000 serveurs informatiques internes cessera donc ses activités au profit de l’externalisation, ou « outsourcing », la location de capacités informatiques à des mega centres de données, contrôlés via internet par « Amazon Web Services Inc. » et « Microsoft ». Cela concerne le service de réservation, mais également l’actionnement et la surveillance en temps réel de 28'000 aiguillages, ainsi que tout le système de signalisation. 

Sans aller trop dans les détails, le « cloud computing » ou « informatique en nuage » est un ensemble de services informatiques (application, plateforme, infrastructure) accessibles via internet, depuis n’importe quel dispositif, n’importe où dans le monde, à n’importe quelle heure. L’avantage principal de ce genre de service est, comment en pourrait-il être autrement, son faible coût. Plutôt que d’entretenir de couteux centres de calculs, les entreprises préfèrent acheter, à la carte, des capacités de stockage à des prestataires externes, qui eux entretiennent ces mega centres de traitement de données pour leurs clients. 

Quand, pour des considérations de coûts, les entreprises privées font appel à ce genre de service c’est une chose, quand il s’agit d’une entité publique, c’en est une autre.

Christa Koenen, Directrice des systèmes d’information CIO de « Deutsche Bahn » se veut rassurante. « Bien-sûr, nous avons mis l’accent sur la sécurité et la protection des données et, bien entendu, toutes les données sont cryptées et nous seuls avons la capacité de les décrypter. » (Nous, les suisses, nous en savons des choses au sujet du cryptage et du décryptage #cryptoleaks #CIA #BND ndlr). « En outre, cette externalisation des services informatiques fait partie d’un processus, décidé en 2016 déjà. »

Seulement, il n’est pas anodin que des conglomérats privés aient accès au système de commande d’une infrastructure aussi vitale que le réseau ferroviaire d’une nation qui transporte quotidiennement 7,15 millions de voyageurs et dont 4'240 trains de marchandise transportent chaque jour des centaines de millier de tonnes de marchandises.

Le site web allemand « Nachdenkseiten » a épluché le rapport annuel de 250 pages de l’année 2017 et a trouvé du piquant, caché sous le flot d’un langage fleuri. « La stratégie de digitalisation fut intensément discuté dans le cadre d’une « séance de stratégie spéciale », notamment le sujet des « projets de participation ». A part le fait que le ressort « Technologie et Qualité » ait perdu le terme « qualité » et fut renommé en « Digitalisation & Technologie », pas un mot au sujet d’une externalisation des services informatiques, ni dans la rubrique « Rapport général de gestion » ni dans une de ses sous-rubriques « aiguillage digital, participations et partenariats ou modèle d’affaires réseaux ».

En cherchant bien, on trouve, finalement, sous la rubrique « Participations & Divers » : la phrase sibylline « Après un appel d’offres public, la société « Penta Berlin GmbH » a obtenu le mandat pour le rachat du centre de calcul de « Berlin Mahlsdort », effectif au 1er janvier 2018. Le centre sera géré pendant trois ans par « DB Systel ». De pair avec la vente ira la migration des applications « Deutsche Bahn » vers un système « cloud computing » prometteur qui sera géré par « DB Systel » et exploité par « Amazon Webservices ». (Nachdenkseiten 30.10.2020)

Frau Krone regrette que « les prestataires allemands et européens soient restés les mains vides lors de l’appel d’offre public, mais à cette époque les solutions européennes présentaient des lacunes fonctionnelles importantes, et, à ce stade de l’évolution technologique j’estime que c’est encore le cas à ce jour. Il n’est toutefois pas exclu que nous ne changions de prestataire à l’avenir. » Ben voyons. 


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17 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 novembre 2020 10:03

    Les règles du Monopoly sont conçues de telle sorte qu’un joueur « honnête » n’a aucune chance gagner. Les vainqueurs possibles sont les plus malins, ceux qui ont de la chance et ceux qui savent « négocier » avec les autres joueurs en leur faisant croire qu’ils peuvent reconstituer leur trésorerie en sacrifiant leur patrimoine.

    Mais ceux qui gagnent à tous les coups, de toutes façons, ce sont les tricheurs qui n’arrêtent pas d’inventer des nouvelles règles.


    • Philippe Huysmans, Complotologue Philippe Huysmans 9 novembre 2020 10:15

      @Séraphin Lampion

      Les règles du Monopoly sont conçues de telle sorte qu’un joueur « honnête » n’a aucune chance gagner

      Tu as parfaitement raison, j’en ai d’ailleurs la parfaite illustration. Au début des années ’90 quand j’ai dû intégrer l’armée pour mon service militaire, au programme des tests pour les candidats officiers de réserve dont je faisais partie se trouvait un jeu que nous devions jouer par groupe de 5 ou 6.

      C’était une sorte de « monopoly » dans lequel nous devions, sous supervision de l’examinateur (un psychologue) acheter des propriétés et vendre, négocier, échanger... mais (et le mais était gros).

      Il y avait des contraintes énormes : bien sûr nous n’avions qu’une somme réduite à notre disposition, ensuite, nous ne devions en aucun cas par exemple nous retrouver à acheter un bâtiment qui serait situé à côté d’une centrale nucléaire ou d’une décharge de polluants...

      Les contraintes étaient si nombreuses qu’il était impossible de gagner... Sauf si UNE seule personne prenait le lead et écrabouillait (ou embrouillait) toutes les autres.

      J’ai compris cela en 5 minutes, puis j’ai demandé à tout le monde de m’écouter et je leur ai dit "c’est un jeu de con, je propose qu’on prenne tous une tare (une mauvaise affaire) et une bonne, c’est le meilleur résultat qu’on puisse faire en tant que groupe.

      L’examinateur n’avait jamais vu ça, il en est resté un peu baba. Je m’en souviens, il portait le même nom que moi : Huysmans.


    • HELIOS HELIOS 9 novembre 2020 17:08

      @nono le simplet

      ... c’est comme cela que j’ai eu 20/20 à (presque) tous les « jeux »... j’étais comme P Huysmans !

      Evidement, c’etait plus ancien (je n’ai pas le même age) et les « chefs » avaient fait l’erreur de nous faire visiter le « centre » d’examen, en détail, pour se vanter des nouveaux materiels « electrotechniques » (computer a l’époque)...

      J’ai tout de suite compris comment fonctionnait tout cela et « tromper » les differentes cartes de choix fut un jeu d’enfant... je me suis quand même planté sur une, je n’avais pas bien lu....

      J’ai donc choisi mon affectation...


    • Aristide Aristide 9 novembre 2020 10:23

      Ainsi, ces transferts de compétences, notamment dans le domaine informatique, pour des motifs économiques et de rentabilité, risquent bien souvent de reléguer les considérations sécuritaires et de souveraineté au second plan.


      On peut effectivement regretter la vision ancienne d’une informatique maîtrisée en interne. Mais c’est un leurre, les avancées technologiques aussi bien dans l’infrastructure que dans le domaine du logiciel sont telles que cette souveraineté n’est qu’un objectif inatteignable. Sur la sécurité, je ne suis pas sur que le niveau global soit supérieur quand elle est gérée en interne.

      Si on ne peut que constater cette évolution vers l’externalisation, il est vrai que les offres nationales ou même européennes ne font pas encore le poids face aux AWS d’Amazon et Azure de Microsoft.

      Pour ce qui est des compétences, là aussi je ne suis pas sur que cette externalisation soit porteuse de baisse des compétences en interne, au contraire même, l’utilisation de ces « infrastructures matérielles et logicielles » ouvrent de nombreuses possibilités qui auparavant étaient inaccessibles et obligent à l’acquisition de nouvelles compétences.


      • pemile pemile 9 novembre 2020 12:06

        @Aristide « Sur la sécurité, je ne suis pas sur que le niveau global soit supérieur quand elle est gérée en interne. »

        En interne, pas au niveau de l’entreprise, mais au niveau de la nation, si.

        Etre dépendant de ressources CPU et disques situés à des milliers de kilomètres, hors territoire, offre bien plus d’angles d’attaques.

        Un dizaine de câbles sous marin transatlantiques détruits et tous nos systèmes sont à l’arrêt ?


      • Philippe Huysmans, Complotologue Philippe Huysmans 9 novembre 2020 12:09

        @pemile

        Un dizaine de câbles sous marin transatlantiques détruits et tous nos systèmes sont à l’arrêt ?

        C’est toi qui va y aller avec ta pinpince monseigneur, pipile ? À 5.000 mètres de profondeur ? Va falloir bien prendre ta respiration, hein, promis ?

        Réfléchis deux secondes avant de raconter n’importe quoi.


      • pemile pemile 9 novembre 2020 12:17

        @Philippe Huysmans « Réfléchis deux secondes avant de raconter n’importe quoi. »

        Ne te force pas à paraitre plus con ou ignare que tu n’es ?


      • Philippe Huysmans, Complotologue Philippe Huysmans 9 novembre 2020 12:19

        @pemile

        Ne te force pas à paraitre plus con ou ignare que tu n’es ?

        Je signale juste « en passant » que seule des grandes puissances militaires auraient le moyen de couper de tels câbles à cette profondeur et que ce serait de facto un acte de guerre.

        Et en parlant de con...


      • pemile pemile 9 novembre 2020 12:47

        @Philippe Huysmans « Je signale juste « en passant » que seule des grandes puissances militaires auraient le moyen de couper de tels câbles »

        Ben non.

        « que ce serait de facto un acte de guerre. »

        Ben oui, cela facilite une guerre asymétrique.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 novembre 2020 13:09

        @pemile

        Salut. De mémoire une vieille lecture (Science et vie ? ) d’il y a trentaine parlait d’un cas avéré en Méditerranée De mémoire câble téléphonique.


      • gardiole 9 novembre 2020 11:24

        J’ai entendu un journaliste suisse expliquer qu’un avion de chasse traverse son pays dans sa plus grande dimension en 6 minutes. D’autre part, la Suisse est entourée de pays membres de l’OTAN. Aucun appareil ennemi ne pourrait l’atteindre, sauf s’il est d’un de ces pays. Mais alors, la Suisse ne ferait pas le poids.


        • Philippe Huysmans, Complotologue Philippe Huysmans 9 novembre 2020 11:40

          @gardiole

          Mais alors, la Suisse ne ferait pas le poids

          C’est zouli, les navion, mais le problème n’est pas là du tout. Au-delà d’une maîtrise du ciel, pour contrôler le pays, vous avez besoin d’en contrôler l’espace, ce qu’on appelle « boots on the ground », et c’est là que ça devient plus que coton.

          De fait même Adolf n’a pas essayé tant il était conscient qu’il risquait de se prendre une rouste.


        • nono le simplet nono le simplet 9 novembre 2020 13:55

          @Philippe Huysmans
          De fait même Adolf n’a pas essayé tant il était conscient qu’il risquait de se prendre une rouste.

          t’es aussi poilant en historien qu’en statisticien smiley


        • HELIOS HELIOS 9 novembre 2020 17:21

          .. cela dit, perdre la souveraineté sur des structures clefs(vitales) d’un pays devrait être puni comme une haute trahison.

          Outre le fait d’externaliser des données publiques (les lignes de trains, horaires, materiels etc les voyageurs, on s’en fiche) cela est largement suffisant pour exclure toutes autres candidatures dans l’utilisation et l’évolutions des systemes ferroviaires Suisses.

          Le risque sur l’évolutivité, les futurs redimensionnement, les fournisseurs, les conditions de dégradation des services en cas de crise... et on touche là la limite de la démocratie directe quand on ne garde pas aux commandes d’un pays les personnes qui une vision nationale et responsable de leur pays.


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 9 novembre 2020 17:48

            @HELIOS
            C’est du réseau ferroviaire allemand dont il est question, celui de Deutsche Bahn. 


          • titi 10 novembre 2020 03:57

            @L’auteur

            Le métier de la Deutsche Bahn, c’est de faire rouler des trains.

            Pas de faire fonctionner des serveurs.

            Il est donc tout à fait logique que ce soit externalisé, comme le sont sans doute déjà le ménage dans les bureaux, ou la restauration dans les trains.


            • HELIOS HELIOS 11 novembre 2020 01:21

              @titi

              je pense que vous confondez les serveurs et le contenu des serveurs.
              Les serveurs sont des outils et le savoir faire appartient a compagnie ferroviaire. 
              Or, on ne peut pas séparer les uns des autres donc il faut que la compagnie ne se sépare pas de son savoir faire et de son activité en louant des serveurs dans le cadre national au moins, ou mieux, possède ses propres serveurs.

              et je vais même pousser le vice de mon propos en vous indiquant que les entreprises publiques ou non et même les états, qui veulent (doivent) conserver leur souveraineté ont développé et utilisent des serveurs possedants leur propre OS, au minimum dérivés de systemes existant ou carrement nouveaux.... même l’Iran apres la Russie, la Chine ou les version d’Amazon, Google et le DoD américain...

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