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Comment convaincre les Maliens et les Maliennes de s’exploiter les uns les autres ?

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Placées sous la direction de monsieur Jean François Guay, les Initiatives intégrées pour la croissance économique au Mali (IICEM) – sous-système de l’USAID qui répand la charité états-unienne un peu partout dans le monde – auront donc réussi – selon ce qu’en dit le site abtassociates.com qui en supervisait les réalisations – «  à exploiter le vaste potentiel agricole du Mali  », et cela malgré – ou peut-être à cause de – la « crise politique  » manifestée par le «  coup d’État de 2012 et la prise de contrôle par les rebelles du nord du Mali  ». 

En fait de lutte contre la pauvreté, il s’agit de convertir le Mali à cette doctrine qu’il ne faut pas hésiter à ranger immédiatement sous la bannière plus générale de l’exploitation de l’être humain par l’être humain :
« Réduire les coûts, augmenter les bénéfices »

Voici donc le cri de guerre lancé par abt associates qui se réjouit de pouvoir nous fournir le détail des… «  principales réalisations de l’IICEM  » que dirige M. Guay.

Cela commence par une « augmentation de la productivité des cultures », ce qui veut dire qu’avec autant de terre et autant de travail, ou un travail effectué différemment, davantage de produits agricoles peuvent être obtenus, le coût de chacun étant moindre… Certes, dans un État socialiste, il reviendrait aux travailleurs de décider ce qu’ils font du travail épargné, tandis qu’ils auraient aussi à décider des recherches à mener pour faire mieux encore techniquement. Ici, l’explication que abt associates avance nous permet de comprendre ce qui est réellement visé :
« Augmentation du rendement de plus de 56 pour cent pour les producteurs de mil / sorgho – une chaîne de valeur clé pour nourrir l’avenir.  » 

Il ne faut pas confondre le « producteur  » et le collectif de travail qu’il dirige. Pour le premier, la « valeur », c’est le prix auquel il va pouvoir vendre ce qui sort de son entreprise agricole, déduction faite des coûts subis – dont la rémunération des travailleuses et des travailleurs qu’il emploie. S’il produit désormais davantage, pour un coût d’ensemble relativement inchangé, il pourra augmenter son profit d’entrepreneur tout en ayant la possibilité de rendre à ses clients une partie de ce qui lui vient en plus : il baissera son prix de vente, attaquant ainsi les autres producteurs qui lui feraient concurrence…

Nous avons donc ici le premier anneau de la « chaîne de valeur » qui s’établira jusqu’au consommateur final, à travers une série d’intermédiaires qui se soucient eux aussi d’accroître la part qui leur reviendra sur la somme totale versée par celui-ci.

Voici, par exemple, la deuxième « réalisation de l’IICEM » : « Des récoltes sécurisées  : 158 nouveaux entrepôts ont aidé les agriculteurs à maintenir la qualité des récoltes et à faciliter les ventes groupées aux grossistes pour un meilleur rendement. »

Ici, les propriétaires d’entrepôts prennent leur part dans le prix final pour l’aide qu’ils apportent à la conservation et au regroupement des produits qui peuvent être ainsi vendus dans des quantités que seuls d’importants intermédiaires peuvent prendre en charge mais pour un prix à l’unité moins élevé… Nous le voyons, le prix est donc, ici aussi, l’arbitre déterminant…

Dans chacune des circonstances de fonctionnement de la chaîne de valeur, c’est-à-dire pour chaque anneau de celle-ci, il faut disposer de travailleurs et de travailleuses qui vont devoir se plier à ce que l’on attend d’eux, et pour un salaire qui, à tout instant, se mesure sur le profit qu’il laissera aux différents propriétaires des capitaux qui ont à intervenir pour financer chaque activité spécialisée.

Prenons la troisième « réalisation de l’IICEM » : « Renforcement des marchés agricoles  : plus de la moitié des ventes de cultures de 2013 ont été vendues dans le cadre de 222 contrats de vente officiels, soit une augmentation de 93% par rapport à l’année précédente. »

Nous le voyons : c’est directement la pompe à argent qui est activée par le biais du marché où doit régner le principe de l’offre et de la demande entre des produits qui sont mis en concurrence parce qu’à travers eux, ce qu’il s’agit de mettre en concurrence, ce sont les divers corps de métiers qui ont eu à intervenir à un endroit où à un autre de la chaîne de production (travail) sur laquelle la chaîne de valeur (argent) vient se greffer.

Quatrième « réalisation de l’IICEM » : « Meilleur accès au financement : 3 300 agriculteurs ont reçu un financement bancaire en 2013, dont un quart de femmes. » 

Bien sûr, ce financement n’a rien de gratuit. Pour l’obtenir – et tout au long de la période où il s’agira d’en réaliser le remboursement -, la surveillance est étroite. Et elle s’appuiera sur un système de comparaison avec d’autres entreprises du même type qui servira, d’une façon ou d’une autre, à imposer des critères de production et d’intégration dans la chaîne de valeur qui ne seront pas sans conséquence sur les systèmes de travail, sur les qualifications, sur les salaires, etc. C’est à cet endroit de la chaîne que le capitalisme trouve sa véritable console de commande…

Cinquième « réalisation de l’IICEM » : « Innovation tirée par le marché : les contrats de vente et le financement bancaire ont été une première pour la chaîne de valeur du mil / sorgho au Mali, avec 140 contrats de vente et 103 prêts en 2013. » 

Nous apprenons que la greffe du contrôle par l’argent placé au cœur du système de l’offre et de la demande aura été réussie, au Mali pour le mil /sorgho : que ce soit au moment des paiements comptants (marché) ou des paiements différés (banque). Les producteurs (propriétaires des moyens de production) et le personnel (les collectifs de travail) qu’ils emploient va devoir apprendre à vivre sous la coupe du taux profit dont les banques font valoir la loi en dernier ressort.

Sixième « réalisation de l’IICEM » : « Stimulation des investissements du secteur privé : plus de 9,5 millions de dollars d’investissements privés ont été mobilisés dans les chaînes de valeur cibles. »

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C’est donc bien le capitalisme américain qui s’est glissé dans l’économie malienne, et pour y faire falloir l’ensemble du système d’exploitation de l’être humain par l’être humain dont il est le prophète, le juge et, éventuellement, la trique.

Septième « réalisation de l’IICEM » : « Soutien de nouvelles infrastructures : 29 nouveaux barrages et 48 canaux d’irrigation réhabilités ont aidé à améliorer plus de 8700 acres de terres agricoles. »

Nous voici revenus vers cette autre branche des activités de M. Guay… C’est celle qu’il partage avec son petit camarade, canadien tout comme lui, Gino Pelletier, Président Directeur Général de Forex Afrique… qui agit à l’intersection du secteur public et du secteur privé pour faire valoir ce dernier… Ici, les investissements sont bien plus importants… et c’est ce qui ne peut manquer d’intéresser par-dessus tout ces deux messieurs dont nous savons qu’à travers cette société-là, ils visent l’ensemble de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest…

NB. La suite immédiate est accessible ici :
https://unefrancearefaire.com/2020/02/18/comment-faire-croire-au-peuple-malien-que-son-bonheur-passe-par-les-banques/


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1 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 25 avril 16:34

    Comment convaincre les Maliens et les Maliennes de s’exploiter les uns les autres ?

    Faut les faire venir en France , il y en déjà pas mal d’ailleurs ….

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